Homonymie

Deux signes sont homonymes lorsqu’ils ont le même signifiant et des signifiés totalement différents. En français le signifiant bac correspond à trois mots homonymes (1. Récipient ; 2. Bateau ; 3. Baccalauréat) et à divers acronymes (BAC, Brigade Anti-Criminelle, etc). Ces homonynes sont homographes (même graphie) et homophones. Certains homonymes sont homographes sans être homophones, par exemple, couvent, “maison d’une communauté religieuse”, et couvent, “3e personne du pluriel du verbe couver”.

1. Sophismes d’homonymie

Le dialogue de Platon, l’Euthydème, fournit un exemple de la pratique sophistique utilisant l’homonymie. Euthydème le sophiste, personnage éponyme de ce dialogue, démontre successivement les propositions contradictoires : « ce sont les savants qui apprennent » / « ce sont les ignorants qui apprennent » (Euth., V, 275c-276c ; p. 114). Les auditeurs, particulièrement le jeune Clinias, en restent tout abasourdis.

Comme l’explique Socrate, « le même mot s’applique à des gens qui sont dans des conditions opposées, à celui qui sait comme à celui qui ne sait pas » (ibid., p.111) : le maître apprend à l’élève alors que l’élève apprend du maître. Louer est lexicalement homonyme entre louer, louange et louer, location. Il l’est aussi syntaxiquement, selon la distribution des actants locataire L et propriétaire P : L loue à P comme P loue à L. Être l’hôte de, apprendre fonctionnent de la même manière.

Comme vendre / acheter, louer et apprendre sont des corrélatifs.
Apprendre et louer sont des corrélatifs homonymes.

Le sophisme n’est pas destiné à persuader du faux mais à déstabiliser les certitudes naïves : par ce choc salutaire, le public prend conscience de l’opacité et de la forme propre du langage.

2. Paralogisme d’homonymie

La fallacie d’homonymie est une fallacie d’ambiguïté, liée au discours, V. Fallacieux: Aristote. Dans la théorie du raisonnement syllogistique, un syllogisme fallacieux par homonymie n’est pas à trois mais à quatre termes, l’un des termes étant pris dans deux sens différents.

Le langage scientifique proscrit les glissements homonymiques et demande que l’on n’utilise que des termes définis de manière univoque et stabilisés dans leur signification et leur syntaxe. Dans le raisonnement naturel, le sens des termes se construit et se recompose au fil du discours, V. Objet de discours.

D’une façon générale, on a affaire à une question d’homonymie lorsqu’un terme a changé de sens d’une étape à l’autre du raisonnement, et, plus largement, de la discussion, quelle que soit la forme de ce changement de sens, par homonymie ou parce qu’il est pris dans son sens propre puis dans un sens figuré. C’est ainsi que la discussion sur le crédit à accorder à une personne peut hésiter entre la fixation du montant d’un prêt et la confiance en cette personne. On dit qu’en allemand, la discussion économique de la dette financière reste liée à la discussion de la faute morale, le même signifiant, Schuld, ayant ces deux significations.[1]

La stratégie de distinguo permet de réfuter un discours jouant sur l’homonymie.


[1] http://dictionnaire. reverso.net/allemand-francais/schuld, (20 09-2013)