Juste milieu, arg. du –

Lat. arg. ad temperentiam; temperantia, “modération, mesure”

1. Appel à la modération, appel à la radicalisation

En politique, la modération s’oppose au radicalisme ou à l’extrémisme, comme le réformisme à la révolution. L’argument de la modération privilégie la nécessité de s’en tenir à la pratique, au compromis, de tenir des positions inclusives, de changer petit à petit les choses, etc. L’appel au radicalisme se développe dans des discours qui mettent en avant l’urgence de la décision, le nécessité d’un nouveau départ, d’éviter l’enlisement, la volonté d’être fidèle à ses principes posés comme des antinomies, « la liberté ou la mort ».

Les éthos et les états émotionnels associés respectivement à la modération et au radicalisme sont nettement contrastés :

Conservateur vs révolutionnaire.
Ouvert au dialogue et au compromis vs intransigeant.
Réaliste vs idéaliste.
Calme vs exaltation.

2. Argument du juste milieu

L’argument du juste milieu justifie une mesure en montrant qu’elle ne donne satisfaction à aucune des parties en compétition. Il permet à son utilisateur de se situer dans la position du tiers responsable, V. Rôles.

Les organisations patronales m’attaquent, les syndicats ouvriers aussi, donc ma politique est juste.
Je me tiens éloigné des extrêmes.

Le christianisme a rétabli dans l’architecture, comme dans les autres arts, les véritables proportions. Nos temples, moins petits que ceux d’Athènes, et moins gigantesques que ceux de Memphis, se tiennent dans ce sage milieu où règnent le beau et le goût par excellence.
Châteaubriand, Le Génie du christianisme [1802].[1]

La position intermédiaire est valorisée : “la vertu est dans l’entre-deux” (lat. in medio jacet virtus):

Ni téméraire, ni lâche, simplement courageux.

L’argument du juste milieu est combattu par l’argument de la situation exceptionnelle qui demande des mesures radicales.

Celui qui choisit le compromis sera stigmatisé comme une personne indécise ou qui ne veut pas examiner en détail les arguments des parties, “assez de discussion, coupons la poire en deux”. Comme le montre, si l’on ose dire, le cas du jugement de Salomon, cette division n’est pas toujours possible.


[1] 3e partie, livre 1, chap. 6. Tours, Mame, 1877, p. 194-195.