{"id":1013,"date":"2021-04-14T21:42:20","date_gmt":"2021-04-14T19:42:20","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?page_id=1013"},"modified":"2024-11-01T10:24:12","modified_gmt":"2024-11-01T09:24:12","slug":"ad-hominem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ad-hominem\/","title":{"rendered":"Ad hominem"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000080;\">Argumentation <span style=\"font-size: 10pt; color: #000080;\">AD HOMINEM<\/span><\/span><\/h1>\n<p>L\u2019argumentation ad hominem attaque l\u2019opposant en mettant en \u00e9vidence ses contradictions.<\/p>\n<p>Dans son acception premi\u00e8re, la r\u00e9futation <em>ad hominem<\/em> (lat. <em>homo<\/em>, \u201c\u00eatre humain\u201d) repose sur la mise en \u00e9vidence <span style=\"background-color: #ffff99;\">d&rsquo;un d\u00e9faut de<a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/coherence\/\"> coh\u00e9rence<\/a> de la part d&rsquo;une personne<\/span>, entre ses dires, entre ses dires et ses croyances ou ses comportements.<\/p>\n<p>L&rsquo;argumentation <em>ad hominem <\/em>permet au locuteur d\u2019intervenir sur le mode du <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/roles-proposant-opposant-tiers-2\/\">tiers<\/a>, sans s\u2019engager sur le fond, en se pr\u00e9sentant non pas comme un opposant, mais comme un interlocuteur de bonne volont\u00e9 qui cherche \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tiquette <em>ad hominem<\/em> est couramment utilis\u00e9e au sens d&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/attaque-perso\/\">attaque personnelle<\/a>, <em>ad personam,<\/em> \u00a0 pour d\u00e9signer diff\u00e9rentes formes de d\u00e9nigrement cherchant \u00e0 disqualifier l\u2019adversaire sans traiter ses arguments et sans lien avec la question d\u00e9battue.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">1. <em>Ad hominem<\/em> comme auto-contradiction et inconsistance<\/span><\/h2>\n<p>Dans la <em>Rh\u00e9torique<\/em>, Aristote d\u00e9finit un lieu r\u00e9futatif fond\u00e9 sur les \u00ab\u00a0incoh\u00e9rences \u00bb que l&rsquo;on peut \u00ab extraire des lieux, des dates, des actions ou des discours \u00bb (1400a15 ; Chiron p. 397) ; V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/coherence\/\">Coh\u00e9rence<\/a>. La mise en contradiction <em>ad hominem<\/em> s&rsquo;applique non seulement aux dires et aux croyances, mais aussi aux comportements et actions de la personne qu&rsquo;elle vise.<\/p>\n<p>L&rsquo;argumentation <em>ad hominem<\/em> est d\u00e9finie, sous ce nom, par Locke ; elle consiste \u00e0<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">presser un homme par les cons\u00e9quences qui d\u00e9coulent de ses propres principes, ou de ce qu\u2019il accorde lui-m\u00eame. C\u2019est un argument d\u00e9j\u00e0 connu sous le titre d\u2019argument <em>ad hominem<\/em>. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">([1690], p. 573)<\/span><\/p>\n<p>Selon cette d\u00e9finition, l&rsquo;argumentation ad hominem met l&rsquo;opposant en contradiction. Elle rejoint la r\u00e9futation <em><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ex-concessis\/\">ex concessis<\/a>.<br \/>\n<\/em>Locke rejette cette forme d\u2019argumentation comme fallacieuse, dans la mesure o\u00f9 elle se limite \u00e0 prendre en compte les croyances d\u2019un individu particulier et ne dit rien de la v\u00e9rit\u00e9 absolue de la th\u00e8se en d\u00e9bat. Elle ne produit aucune connaissance substantielle sur le monde, <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/typologies-2\/\">V. Typologies (I).<\/a><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">III. D\u00e8s-l\u00e0 qu&rsquo;un homme m&rsquo;a fait voir que j&rsquo;ai tort, il ne s&rsquo;ensuit pas qu&rsquo;il ait raison lui-m\u00eame. (Id. p. 574).<\/p>\n<p>Son effet imm\u00e9diat est de mettre la personne vis\u00e9e sur la d\u00e9fensive, comme le montre l&rsquo;usage du verbe \u201cpresser\u201d (<em>to press<\/em>). Cet <span style=\"background-color: #ffff99;\"><em>embarras<\/em><\/span> est un \u00e9tat \u00e9motionnel et cognitif typiquement attribu\u00e9 \u00e0 celui qui se voit opposer une r\u00e9futation,<span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/doute\/\"> V. Doute<\/a>. <\/span>Ces sentiments n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec les \u00e9motions violentes associ\u00e9es \u00e0 <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/attaque-perso\/\">l&rsquo;attaque personnelle,<\/a> <em>ad personam<\/em>, dite en anglais \u201c<em>abusive ad <\/em>hominem\u201d, (ang. <em>abusive<\/em>, \u201cgrossier, injurieux\u201d).<\/p>\n<p>Leibniz note \u00e0 propos de cette d\u00e9finition que \u00ab l\u2019argument <em>ad hominem <\/em>a cet effet qu\u2019il montre que l\u2019une ou l\u2019autre assertion est fausse, et que l\u2019adversaire s\u2019est tromp\u00e9, de quelque mani\u00e8re qu\u2019on le prenne \u00bb (Leibniz [1765]<em>, <\/em>p. 437) ; il reconna\u00eet ainsi l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9pist\u00e9mique de cette forme d\u2019argumentation dans le cadre d\u2019une discussion tendant \u00e0 clarifier les positions et les connaissances.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. Mise en contradiction directe des dires<\/span><\/h2>\n<p>On a une r\u00e9plique <em>ad hominem <\/em>dans le cas suivant :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Proposant : \u2014 <strong>P<\/strong> \/ Je propose de <strong>P<br \/>\n<\/strong>Opposant : \u2014 Avant, vous avez dit \u201c <strong>non-P<\/strong>\u201d \/ vous vous \u00eates oppos\u00e9 \u00e0 <strong>P<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Question : <em>La dur\u00e9e du mandat pr\u00e9sidentiel, actuellement de sept ans, doit-elle \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 cinq ans ?<br \/>\n<\/em>Proposant (ancien pr\u00e9sident) : <em>Je suis pour une r\u00e9duction \u00e0 cinq ans.<br \/>\n<\/em>Opposant : <em>Mais dans une d\u00e9claration ant\u00e9rieure, alors que vous \u00e9tiez pr\u00e9sident vous-m\u00eame, vous avez soutenu que la dur\u00e9e actuelle \u00e9tait n\u00e9cessaire au bon fonctionnement de nos institutions. Vous devriez clarifier vos positions.<\/em><\/span><\/p>\n<p>En monologue, la structure de l\u2019argument est celle de l\u2019affichage de la contradiction \u201c<em>Il dit \u00e0 la fois <\/em><strong>A<\/strong><em> et <\/em><strong>Z,<\/strong><em> qui ne sont pas compatibles<\/em>\u201d. Dans les deux cas, le nerf de l\u2019argument repose sur la citation. Le proposant n\u2019a pas forc\u00e9ment dit <strong>non P <\/strong>mais plut\u00f4t <strong>Q <\/strong>que l\u2019opposant paraphrase, reformule ou r\u00e9interpr\u00e8te comme <strong>non P<\/strong>. Dans le langage ordinaire, la notion de <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/contraires-termes\/\"><em>contraire<\/em><\/a> est floue, et <span style=\"background-color: #ffff99;\">la mise en contradiction proc\u00e8de toujours d\u2019un <em>montage <\/em>par l\u2019opposant des paroles de l&rsquo;interlocuteur.<\/span><\/p>\n<p><em>La source des dires <\/em>mis en opposition est vari\u00e9e. La proposition qui est oppos\u00e9e aux dires actuels peut avoir pour source non seulement le discours de l\u2019opposant, ce qu\u2019il a plus ou moins r\u00e9ellement dit avant, mais aussi ce qu&rsquo;ont dit <span style=\"background-color: #ffff99;\">tous <em>les gens qu\u2019il ne peut pas d\u00e9savouer<\/em><\/span>, sa famille de co-\u00e9nonciateurs ou la communaut\u00e9 discursive partie prenante de ce discours : gens de son parti, de sa religion, de son \u00e9cole, etc. Dans ce cas, L&rsquo;argumentation ad hominem met en cause la coh\u00e9rence globale du camp de l&rsquo;adversaire.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">R\u00e9actions \u00e0 la r\u00e9futation <em>ad hominem<\/em> sur les dires<\/span> <\/strong><\/span><\/p>\n<p>La cible de l\u2019argument <em>ad hominem <\/em>peut choisir d\u2019assumer la contradiction ou de la r\u00e9futer ; cette r\u00e9futation peut elle-m\u00eame porter sur le fond ou sur la lettre.<\/p>\n<p><strong>(i) La contradiction est assum\u00e9e<\/strong>\u00a0: L&rsquo;argumentation <em>ad hominem <\/em>demande une personne sans contradiction. Par une man\u0153uvre classique en th\u00e9orie des <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/stase\/\">stases<\/a>, le destinataire peut choisir de revendiquer ce qu\u2019on lui reproche, et faire de la contradiction un syst\u00e8me de pens\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Moi, j\u2019assume mes contradictions. J\u2019aime la pluie et le beau temps.<\/span><\/p>\n<p><strong>(ii) La contradiction est r\u00e9solue par le sacrifice de la premi\u00e8re position\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em><span style=\"font-size: 10pt;\">J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 mon syst\u00e8me<br \/>\nLes circonstances ont chang\u00e9, il faut suivre son temps<\/span><\/em><br \/>\n<em>J\u2019ai chang\u00e9, l\u2019homme sot est celui qui ne change jamais, vous pr\u00e9f\u00e9rez les psychorigides ?<\/em><\/p>\n<p><strong>(iii)<\/strong> La contradiction est r\u00e9solue par le <strong>rejet de la formule rapport\u00e9e et du montage discursif<\/strong> sur lequel repose la mise en contradiction,<span style=\"font-size: 10pt;\"> V. <\/span><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/epouvantail\/\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Reprise<\/span><\/a><span style=\"font-size: 10pt;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Vous me faites dire ce que je n&rsquo;ai jamais dit, vous d\u00e9formez mes propos.<\/em><\/p>\n<p>Le locuteur conteste la nature et le degr\u00e9 de l&rsquo;incoh\u00e9rence qui lui est attribu\u00e9e.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">3. Mise en contradiction des <em>paroles <\/em>et des <em>croyances<\/em><\/span><\/h2>\n<p>Dans le cas pr\u00e9c\u00e9dent, l\u2019opposition est directe entre une affirmation pr\u00e9sente et une affirmation ant\u00e9rieure. Soit la question d\u2019un retrait de troupes d\u2019intervention envoy\u00e9es en Syldavie :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>L1<\/strong> :\u00a0\u00a0 \u2014\u00a0<em>Devons-nous poursuivre notre intervention en Syldavie ?<br \/>\n<\/em><strong>L2<\/strong> :\u00a0\u00a0 \u2014\u00a0<em>Non !<\/em><\/p>\n<p>Supposons en outre que ce partisan du retrait admette les donn\u00e9es <strong>A<\/strong>, <strong>B<\/strong>, et <strong>C<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>L1<\/strong>, Objection : \u2014 Mais vous admettez que <strong>(A) <\/strong>les troupes Syldaves sont mal form\u00e9es, et <strong>(B) <\/strong>que les troubles en Syldavie risquent de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 toute la r\u00e9gion. Vous conviendrez que cette extension menace notre s\u00e9curit\u00e9 <strong>(C) <\/strong>; et personne ne nie que nous devions intervenir si notre s\u00e9curit\u00e9 est menac\u00e9e. Donc, vous devez admettre que nous devons rester en Syldavie.<\/span><\/p>\n<p>Sch\u00e9matiquement, <strong>L1<\/strong> argumente <em>ex datis<\/em>\u00a0\u00e0 partir de discours tenus par <strong>L2, <\/strong>qui affirme que <strong>non P<\/strong>, ici \u201c<em>Nous devons mettre fin \u00e0 notre intervention en Syldavie<\/em>\u201d. Par ailleurs, d&rsquo;apr\u00e8s <strong>L1<\/strong>, il admet \u00e9galement que sont vraies les propositions {<strong>A<\/strong>, <strong>B<\/strong>, <strong>C<\/strong>}, qui, toujours d&rsquo;apr\u00e8s <strong>L1<\/strong>, sont plut\u00f4t orient\u00e9es vers <strong>P. <\/strong>De ces propositions et de principes de d\u00e9duction \u00e9galement admis par <strong>L2<\/strong>, <strong>L1<\/strong> conclut qu&rsquo;en fait, <strong>L2<\/strong> devrait plut\u00f4t militer <em>pour la poursuite de l&rsquo;intervention<\/em> en Syldavie, soit <strong>non-(non-P)<\/strong>. Toutefois, strictement parlant<span style=\"background-color: #ffff99;\">, il a simplement montr\u00e9 que <strong>L2<\/strong> ne pouvait pas soutenir \u00e0 la fois {<strong>A<\/strong>, <strong>B<\/strong>, <strong>C<\/strong>} et <strong>non-P<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>R\u00e9actions \u00e0 la r\u00e9futation <em>ad hominem <\/em>sur les croyances <\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ces r\u00e9actions sont les m\u00eames que celles qu&rsquo;on peut opposer \u00e0 <em>ad hominem<\/em> sur les dires. Dans la ligne de cet argument, <strong>L2<\/strong> peut renoncer \u00e0 sa premi\u00e8re position, ou bien choisir de rejeter l&rsquo;objection <em>ad hominem<\/em> en arguant que les croyances <strong>A<\/strong>, <strong>B<\/strong>, <strong>C <\/strong>ne correspondent pas \u00e0 sa position r\u00e9elle\u00a0; que <strong>A<\/strong>, <strong>B<\/strong>, <strong>C <\/strong>n&rsquo;incitent pas n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;intervention ; et qu&rsquo;en tout cas, son analyse de la situation ne se r\u00e9sume pas \u00e0 ces trois affirmations caricaturales.<br \/>\n<em>Ad hominem<\/em> fait progresser la discussion: c&rsquo;est le sens de la remarque de Leibniz cit\u00e9e au \u00a71.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">4. Mise en contradiction des <em>paroles <\/em>avec les <em>prescriptions <\/em>et les <em>pratiques<\/em><\/span><\/h2>\n<p>La contradiction peut \u00e9galement \u00eatre relev\u00e9e entre, <span style=\"background-color: #ffff99;\">d\u2019une part, ce que j\u2019exige des autres,<\/span> ce que je leur prescris ou ce que je leur interdis, et, <span style=\"background-color: #ffff99;\">d\u2019autre part, ce que je fais moi-m\u00eame<\/span>, ce vers quoi tendent mes actes. Il y a contradiction \u00e0 demander aux autres de ne pas fumer, alors que je fume moi-m\u00eame. Les actes sont suppos\u00e9s parler plus fort que les mots, et l\u2019injonction faite aux autres est syst\u00e9matiquement invalid\u00e9e si le locuteur ne s\u2019y plie pas lui-m\u00eame. Pour \u00eatre cr\u00e9dible, le conseilleur doit commencer par appliquer ses recettes et recommandations dans sa propre conduite, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/reflexivite\/\">R\u00e9flexivit\u00e9<\/a> :<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 41\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>le locuteur ne s\u2019y plie pas lui-me\u0302me. Pour e\u0302tre cre\u0301dible, le conseilleur doit commencer par appliquer ses recettes et recommandations dans sa propre conduite :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Parmi les gens de\u0301guenille\u0301s, il en est qui portent de longues robes,<br \/>\nEt qui se vantent d\u2019enseigner, en mai\u0302tres, l\u2019art de transmuer les me\u0301taux. Pourquoi donc ces gens-la\u0300 ne font-ils pas un peu d\u2019or pour eux- me\u0302mes ?<br \/>\nC\u2019est que tout leur art consiste a\u0300 vendre un peu d\u2019eau claire aux hommes cre\u0301dules.<br \/>\n<em>Les Alchimistes. Six Nouvelles chinoises<\/em>. [1885]<sup>1<\/sup><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 41\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Me\u0301decin, gue\u0301ris-toi toi-me\u0302me !<br \/>\nVous pre\u0301tendez apprendre aux autres a\u0300 argumenter, mais vous e\u0302tes incapable d\u2019argumenter vous-me\u0302me !<br \/>\nTu milites pour la libe\u0301ration de la femme et a\u0300 la maison tu ne fais jamais la vaisselle.<br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Il se pr\u00e9tend conseiller conjugal, et (= mais) il se dispute avec sa femme !<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\">Dans ces deux derniers exemples,,\u00a0 <em>et <\/em>est oppositif; il a la valeur de <em>mais<\/em>, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/connecteurs-argumentatifs\/\">Connecteurs argumentatifs<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>Cette forme d\u2019<em>ad hominem <\/em>correspond \u00e0 ce que Bossuet appelle argument <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/a-repugnantibus\/\"><em>a repugnantibus <\/em><\/a>: \u00abVotre conduite ne convient pas avec vos discours \u00bb ([1677], p. 140).<br \/>\nWalton parle de <em>circumstantial ad hominem <\/em>pour d\u00e9crire ces cas o\u00f9 sont mis en contradiction ce pour quoi milite la personne et ses <em>personal circumstances<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire son comportement, sa situation, sa position personnelle, <span style=\"font-size: 8pt;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/circonstances\/\">Circonstances<\/a><\/span><strong>.<\/strong> <\/span>L&rsquo;argument <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/toi-aussi\/\">\u201c<em>Toi aussi !<\/em>\u201d<\/a> utilise cette forme d\u2019<em>ad hominem<\/em>.<\/p>\n<p>La partie d\u2019<em>ad hominem <\/em>peut se d\u00e9rouler sur plusieurs coups :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Question : <em>Doit-on interdire la chasse ?<br \/>\n<\/em>Proposant : \u2014 <em>Oui. Les chasseurs tuent des animaux par plaisir !<br \/>\n<\/em>Opposant : \u2014 <em>Et vous, vous mangez bien de la viande ?<\/em><\/span><\/p>\n<p>On peut pr\u00eater au proposant l\u2019argumentation : \u201c<em>On doit interdire, supprimer la chasse. Les chasseurs tuent par plaisir. C\u2019est nul<\/em>\u201d. L&rsquo;opposant construit une argumentation <em>ad hominem <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>V<span style=\"font-size: 10pt;\">ous dites que tuer les animaux est mal. Or vous mangez de la viande, ce qui suppose que l\u2019on tue les animaux. Vous condamnez chez les chasseurs ce que vous permettez au boucher. Il y a l\u00e0 une contradiction.<\/span><\/em><\/p>\n<p>Le proposant peut r\u00e9torquer qu\u2019il y a une diff\u00e9rence d\u00e9cisive : le chasseur tue par plaisir, le boucher par n\u00e9cessit\u00e9 ; l\u2019opposant r\u00e9fute cette r\u00e9futation en arguant qu\u2019il n\u2019y a pas n\u00e9cessit\u00e9 de manger de la viande, alors qu\u2019il y a n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 se faire plaisir.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #800000;\">R\u00e9actions \u00e0 la mise en contradiction des <em>paroles <\/em>avec les <em>prescriptions <\/em>et les <\/span><em><span style=\"color: #800000;\">pratiques<\/span> <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le pr\u00eacheur de vertu \u00e0 qui on fait observer que ses pratiques ne respectent pas ses conseils peut r\u00e9pondre qu\u2019il a une personnalit\u00e9 divis\u00e9e, que son exemple est en fait une preuve de la n\u00e9cessit\u00e9 de ses conseils :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Je suis p\u00e9cheur, il est vrai ;mais c\u2019est du fond de la noirceur qu\u2019on sent le mieux la n\u00e9cessit\u00e9 de la lumi\u00e8re.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">C\u2019est normal, c\u2019est toujours le cordonnier qui est le plus mal chauss\u00e9, n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;il fait de bonnes chaussures.<\/span><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, cette forme d\u2019argumentation reste redout\u00e9e des pr\u00eacheurs, qui doivent d\u2019abord \u201cpr\u00eacher d\u2019exemples\u201d. Son interlocuteur r\u00e9pliquera : \u201c<em>Ce que tu dis est sans doute juste et vrai, mais je ne veux pas l\u2019entendre de ta bouche<\/em>\u201d, <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/exemple\/\"><span style=\"font-size: 10pt;\">V. Exemple.<\/span><\/a><\/p>\n<h1><span style=\"font-size: 14pt; color: #0000ff;\">5. Mise en contradiction des <em>paroles <\/em>avec les <em>faits<\/em><\/span><\/h1>\n<p>V. <strong><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/refutation-par-les-faits\/\">R\u00e9futation par les faits<\/a><\/strong>. La mise en contradiction des paroles avec les faits actuels peut faire appel au m\u00e9canisme de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ironie\/\">ironie<\/a>.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">6. Mise en contradiction des <em>engagements <\/em>avec les <em>actes<\/em><\/span><\/h2>\n<p>Une forme particuli\u00e8re <em>d&rsquo;ad hominem<\/em> met en contradiction ce qui avait \u00e9t\u00e9 non seulement affirm\u00e9, mais promis avec ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement fait, <span style=\"font-size: 10pt;\">V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/foi-superstition\/\">Superstition<\/a><strong>\u00a0; <\/strong><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/serment\/\">Serment<\/a>.<\/span><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">7. Ad hominem et argumentation sur les croyances des interlocuteurs<\/span><\/h2>\n<p>Alors que l&rsquo;argument <em>ad hominem<\/em> traque les incoh\u00e9rences dans le discours de l&rsquo;opposant, <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/croyances-de-lauditoire\/\">l&rsquo;argument sur les croyances du partenaire<\/a> (<em>ex datis<\/em> ou <em>ex concessis<\/em>) exploite positivement le syst\u00e8me de croyances de l\u2019interlocuteur ou de l&rsquo;auditoir<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Traduites par le Marquis d\u2019Hervey-Saint-Denis. Bleu de Chine, 1999.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Argumentation AD HOMINEM L\u2019argumentation ad hominem attaque l\u2019opposant en mettant en \u00e9vidence ses contradictions. Dans son acception premi\u00e8re, la r\u00e9futation ad hominem (lat. homo, \u201c\u00eatre humain\u201d) repose sur la mise en \u00e9vidence d&rsquo;un d\u00e9faut de coh\u00e9rence de la part d&rsquo;une personne, entre ses dires, entre ses dires et ses croyances ou ses comportements. 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