{"id":1172,"date":"2021-04-15T10:41:07","date_gmt":"2021-04-15T08:41:07","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?page_id=1172"},"modified":"2024-10-18T11:25:35","modified_gmt":"2024-10-18T09:25:35","slug":"concession","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/concession\/","title":{"rendered":"Concession"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000080;\">CONCESSION<\/span><\/h1>\n<table style=\"border-collapse: collapse; width: 100%;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><span style=\"font-size: 10pt; color: #000080;\">Dans une n\u00e9gociation d&rsquo;affaires ou d&rsquo;id\u00e9es, par la concession, le locuteur <span style=\"background-color: #ffff99;\">abandonne certaines positions ou renonce \u00e0 certaines pr\u00e9tentions<\/span> pour faciliter l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un <span style=\"background-color: #ffff99;\">accord pr\u00e9servant suffisamment ses int\u00e9r\u00eats, qu&rsquo;ils soient <\/span>raisonnables ou non.<br \/>\nEn grammaire, par la concession le locuteur reconna\u00eet la position adverse, tout en r\u00e9affirmant son propre point de vue dans son int\u00e9gralit\u00e9.<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2><span style=\"background-position: 0% 0%; background-repeat: repeat; background-attachment: scroll; background-image: none; background-size: auto; background-origin: padding-box; background-clip: border-box;\"><span style=\"font-size: 12pt; color: #0000ff;\">1. Concession substantielle<\/span><\/span><span style=\"background: #FFFF99;\"><br \/>\n<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"background: #FFFF99;\">La concession est un moment essentiel de la <strong>n\u00e9gociation<\/strong><\/span>, entendue comme discussion sur un diff\u00e9rend ouvert et tendant \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un accord, raisonnable ou non, mais <strong>consenti<\/strong> par les partenaires.<br \/>\nLa concession est l&rsquo;expression d&rsquo;un rapport de force en \u00e9volution. Le locuteur c\u00e8de jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point \u00e0 certaines demandes de son partenaire . Il renonce \u00e0 certaines de ses exigences mat\u00e9rielles, ou accorde des points controvers\u00e9s.<br \/>\nDu point de vue strat\u00e9gique, la concession est un recul en bon ordre, peut-\u00eatre dans l&rsquo;espoir que le partenaire de n\u00e9gociation fera de m\u00eame sur un autre point.<br \/>\nDans le cadre d&rsquo;une situation argumentative courante, par la concession les parties ajustent leurs opinions et leurs int\u00e9r\u00eats concrets et contradictoires, chacun pr\u00e9servant ce qu&rsquo;il peut et sacrifiant le reste.<\/p>\n<p>Dans l\u2019interaction, la concession appara\u00eet comme un pas fait vers l\u2019adversaire ; elle est constitutive d\u2019un <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00e9thos<\/a> positif (ouverture, \u00e9coute de l\u2019autre). La concession peut cependant \u00eatre ironique, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/epitrope\/\">\u00c9pitrope<\/a>.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff; font-size: 12pt;\">2. La concession comme acte de discours<\/span><\/h2>\n<p>En grammaire, les constructions concessives monologiques articulent un discours <em>assum\u00e9<\/em> <strong>D<sub>1<\/sub>\u00a0<\/strong>et un discours <em>conc\u00e9d\u00e9<\/em> <strong>D<sub>2<\/sub><\/strong>\u00a0d\u2019orientations argumentatives oppos\u00e9es tout en ayant pour orientation globale celle du second membre <strong>D<sub>1<\/sub><\/strong><strong>\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Bien que<\/em> <strong>D<\/strong><strong>2, D1<br \/>\n<\/strong><em>Certes<\/em> <strong>D<\/strong><strong>2<\/strong>, <em>mais<\/em> <em>n\u00e9anmoins<\/em> <strong>D<\/strong><strong>1<br \/>\n<\/strong><em>J\u2019admets, je comprends<\/em> <strong>D<\/strong><strong>2,<\/strong> <em>mais je maintiens<\/em> <strong>D<\/strong><strong>1<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><strong>D<\/strong><strong><sub>1<\/sub><\/strong><strong>\u00a0<\/strong>r\u00e9affirme la position du locuteur,\u00a0<strong>D<sub>2<\/sub>\u00a0<\/strong>reprend ou reformule le discours d\u2019un opposant r\u00e9el, ou \u00e9voque par <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/prolepse\/\"><em>prolepse<\/em><\/a> le discours d\u2019un opposant fictif\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">L1\u00a0: \u2014\u00a0<em>Les relations sociales sont extr\u00eamement tendues dans l\u2019entreprise, nous devons n\u00e9anmoins continuer les restructurations d\u2019effectifs.<\/em><\/span><\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de la concession n\u00e9goci\u00e9e, l<span style=\"background-color: #ffff99;\">a concession langagi\u00e8re est un pur acte de langage<\/span>. Dans les termes de la th\u00e9orie polyphonique, <strong>L1 <\/strong>met en sc\u00e8ne un \u00e9nonciateur virtuel, une voix, exprimant l&rsquo;argument <strong>D<sub>2<\/sub> <\/strong>\u201c<em>les relations sociales sont extr\u00eamement tendues<\/em>\u201d, orient\u00e9 vers la conclusion \u201cle moment n&rsquo;est pas propice \u00e0 des licenciements\u201d. <strong>L1<\/strong> reconna\u00eet ainsi <em>l\u2019existence d\u2019arguments valides<\/em> allant dans un autre sens, mais il refuse <em>de conclure<\/em> sur cette base, et reprend sa propre voix pour r\u00e9affirmer sa propre ligne argumentative, celle qui est exprim\u00e9e dans <strong>D<\/strong><strong>1<\/strong>. Dans les termes de Goffman-Ducrot, le locuteur <em>anime<\/em> simplement <strong>D<sub>2<\/sub><\/strong>, alors qu&rsquo;il <em>anime et \u00e9nonce<\/em> <strong>D<sub>1<\/sub>,<\/strong> <span style=\"font-size: 10pt;\">V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/roles-proposant-opposant-tiers-2\/\">R\u00f4les<\/a>.<br \/>\n<\/span><span style=\"background-color: #ffff99;\">La concession est ici une simple <em>d\u00e9sactivation <\/em>de la force argumentative<\/span>. Le terme espagnol <em>desvirtuar <\/em>\u201cvider un argument de sa force, de son efficacit\u00e9, de sa substance\u201d caract\u00e9rise parfaitement cette op\u00e9ration. La concession langagi\u00e8re n\u2019est nullement l\u2019expression de la bonne volont\u00e9 d\u2019un n\u00e9gociateur rationnel, mais le phagocytage et la castration des arguments de l\u2019opposant.<\/p>\n<p>En rationalisant la concession langagi\u00e8re, on peut la combiner avec la concession n\u00e9goci\u00e9e. On dira alors que si l\u2019on conc\u00e8de au sens langagier, c\u2019est parce qu\u2019on s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 une pes\u00e9e des arguments propres et de ceux de l\u2019opposant. Mais, comme le langage a la propri\u00e9t\u00e9 de donner pour vrai ce qu\u2019il signifie, <em>l<span style=\"background-color: #ffff99;\">a concession langagi\u00e8re <\/span><\/em><span style=\"background-color: #ffff99;\">produit automatiquement un effet de <em>concession n\u00e9goci\u00e9e<\/em>, que ce soit ou non le cas.<\/span><\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt; color: #0000ff;\">3. Concession et dialectique binaire<\/span><\/h2>\n<p>Les notions de <em>n\u00e9gociation<\/em> et de <em>concession<\/em> n&rsquo;ont pas de place dans les jeux logiques et dialectiques qui radicalisent la contradiction et ne connaissent que deux r\u00e9gimes, l&rsquo;acceptation ou le refus.<br \/>\nLe jeu dialectique est binaire. Soit le Questionneur parvient \u00e0 pousser le R\u00e9pondant \u00e0 la contradiction, et il a gagn\u00e9, soit il n&rsquo;y parvient pas et c&rsquo;est le Questionneur qui l&#8217;emporte. Cette fa\u00e7on de faire est parfaitement accord\u00e9e aux buts de la dialectique aristot\u00e9licienne, l&rsquo;\u00e9tablissement de d\u00e9finitions permettant le raisonnement syllogistique.<br \/>\nDans une conception pragma-dialectique de la discussion d&rsquo;une opinion, si l&rsquo;opinion attaqu\u00e9e n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue de fa\u00e7on concluante, le d\u00e9fendeur doit \u00a0la retirer, et si elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue de fa\u00e7on concluante, c&rsquo;est l&rsquo;attaquant qui doit retirer ses doutes, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/regle\/\">R\u00e8gles<\/a>, \u00a72.3. En l&rsquo;absence d&rsquo;instance tierce d\u00e9cisionnelle, les partenaires risquent de diverger sur le caract\u00e8re <em>concluant<\/em> des arguments de leur adversaire, ou tout simplement sur ce qu&rsquo;est une conclusion d\u00e9fendue \u201cau del\u00e0 de tout doute raisonnable\u201d.<br \/>\nL&rsquo;exclusivisme binaire de la dialectique aristot\u00e9licienne n&rsquo;est pas transposable dans le domaine de l&rsquo;argumentation traitant des affaires humaines, qui se m\u00e8ne sous le r\u00e9gime de la concession. La concession suppose que la position de l&rsquo;autre est reconnue et valid\u00e9e j<em>usqu&rsquo;\u00e0 un certain poin<\/em>t et qu&rsquo;elle est d\u00e9fendue\/attaqu\u00e9e de mani\u00e8re <em>plus ou moins<\/em> concluante.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CONCESSION Dans une n\u00e9gociation d&rsquo;affaires ou d&rsquo;id\u00e9es, par la concession, le locuteur abandonne certaines positions ou renonce \u00e0 certaines pr\u00e9tentions pour faciliter l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un accord pr\u00e9servant suffisamment ses int\u00e9r\u00eats, qu&rsquo;ils soient raisonnables ou non. 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