{"id":1525,"date":"2021-04-16T20:29:31","date_gmt":"2021-04-16T18:29:31","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1525"},"modified":"2024-07-29T15:23:46","modified_gmt":"2024-07-29T13:23:46","slug":"enthymeme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/enthymeme\/","title":{"rendered":"Enthym\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff00ff; font-size: 18pt;\"><strong>ENTHYM\u00c8ME<\/strong><\/span><\/p>\n<table style=\"border-collapse: collapse; width: 100%;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong>En tant que forme d&rsquo;inf\u00e9rence utilis\u00e9e en rh\u00e9torique, l&rsquo;enthym\u00e8me est d\u00e9fini comme : 1. La contrepartie rh\u00e9torique du syllogisme logique. 2. Un syllogisme dont les pr\u00e9misses et le mode d&rsquo;inf\u00e9rence sont seulement vraisemblables. 3. Un syllogisme admettant l&rsquo;ellipse d&rsquo;une pr\u00e9misse \u00e9vidente ;\u00a0 4. \u00e9tablissant ainsi un lien avec l&rsquo;auditoire ; 5. particuli\u00e8rement efficace dans les formules conclusives.<\/strong><\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul style=\"list-style-type: disc;\">\n<li><span style=\"font-size: 10pt;\">Grec \u1f10\u03bd\u03b8\u03cd\u03bc\u03b7\u03bc\u03b1, <em>enth\u00fam\u00eama<\/em> \u00ab1. Pens\u00e9e, r\u00e9flexion ; 2. Invention, particuli\u00e8rement stratag\u00e8me de guerre ; 3. Raison, raisonnement, motif, conseil\u00bb (Bailly [1901], \u1f10\u03bd\u03b8\u03cd\u03bc\u03b7\u03bc\u03b1)\u201d. <\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Le sens g\u00e9n\u00e9ral de \u201cpens\u00e9e, r\u00e9flexion\u201d reste vivant dans toute la rh\u00e9torique ancienne : \u00ab toute pens\u00e9e [peut] \u00e0 bon droit recevoir le nom d\u2019enthym\u00e8me \u00bb (Cic\u00e9ron, <em>Top<\/em>., XIII, 55\u00a0; p.84)\u00a0; Quintilien signale l\u2019acception \u00ab tout ce qui est con\u00e7u dans l\u2019esprit \u00bb, pour la mettre de c\u00f4t\u00e9 (<em>I. O.<\/em>, V, 10, 1 ; p. 127).<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Nous ne tenterons pas de mettre la terminologie classique en accord avec elle-m\u00eame dans les usages qu&rsquo;elle fait des termes de <em>syllogisme<\/em>, <em>enthym\u00e8me<\/em> et <em>\u00e9pich\u00e9r\u00e8me <\/em>(Reyes Coria 1997 [1]) .<br \/>\n\u2014 L&rsquo;opposition essentielle est entre les modes de traitement du vrai (syllogisme) vs du probable (\u00e9pich\u00e9r\u00e8me, enthym\u00e8me)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">V\u00e9rit\u00e9 des <strong>pr\u00e9misses<\/strong>\u00a0 (syllogisme) vs leur probabilit\u00e9 (\u00e9pich\u00e9r\u00e8me, enthym\u00e8me)<br \/>\nValidit\u00e9 des <strong>modes d&rsquo;inf\u00e9rence<\/strong> (syllogisme) vs leur probabilit\u00e9 (\u00e9pich\u00e9r\u00e8me, enthym\u00e8me) : r\u00e8gles syllogistiques vs topoi. NB: Un mode de d\u00e9duction probable appliqu\u00e9 \u00e0 des donn\u00e9es vraies produit une conclusion seulement probable.<\/p>\n<p>\u2014 Enthym\u00e8me et \u00e9pich\u00e9r\u00e8me s&rsquo;opposent au syllogisme en ce qu&rsquo;ils prennent en compte les conditions de communication.<br \/>\n\u2014 L&rsquo;\u00e9pich\u00e9r\u00e8me se diff\u00e9rencie du syllogisme par son exigence de preuves de second niveau ; non seulement les pr\u00e9misses font preuves, mais elles sont elles-m\u00eames prouv\u00e9es.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">1. L\u2019enthym\u00e8me, contrepartie rh\u00e9torique du syllogisme<\/span><\/h2>\n<p>Dans la syst\u00e9matique aristot\u00e9licienne, la preuve est obtenue par <em>inf\u00e9rence<\/em>, qu\u2019elle soit <em>scientifique <\/em>(<em>logique<\/em>), <em>dialectique<\/em>, ou <em>rh\u00e9torique<\/em>. Aristote consid\u00e8re que les exigences du discours rh\u00e9torique ne sont pas compatibles avec l\u2019exercice de l\u2019inf\u00e9rence scientifique, <em>d\u00e9duction syllogistique<\/em> et <em>induction<\/em>, celles-ci doivent \u00eatre transpos\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">J\u2019appelle <em>enthym\u00e8me <\/em>le syllogisme rh\u00e9torique, et <em>exemple <\/em>l\u2019induction rh\u00e9torique. (<em>Rh\u00e9t<\/em>., I, 2, 1356b5 ; trad. Chiron, p. 128)<\/span><\/p>\n<p>Le <em>syllogisme <\/em>(inf\u00e9rence scientifique) et <em>l\u2019enthym\u00e8me <\/em>(inf\u00e9rence rh\u00e9torique) sont d\u00e9finis de mani\u00e8re strictement parall\u00e8le, comme des discours o\u00f9,<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">de l\u2019existence de certaines choses, il r\u00e9sulte \u2013 \u00e0 cause d\u2019elles \u2013 une chose diff\u00e9rente et distincte d\u2019elles, du seul fait que ces choses-l\u00e0 existent, soit de mani\u00e8re universelle, soit en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u00e0 [en logique] un syllogisme, et ici [en rh\u00e9torique] un enthym\u00e8me.\u00a0 (<em>Rh\u00e9t<\/em>., I, 2, 1356b15 ; trad. Chiron, p. 129)<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence du syllogisme, tir\u00e9 de propositions <em>vraies<\/em>, l\u2019enthym\u00e8me est tir\u00e9 \u00ab des vraisemblances et des signes \u00bb (<em>Rh\u00e9t.<\/em>, I, 2, 1357a30 ; Chiron, p. 133) ; V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/typologies-i-anciennes\/\">Typologies Anciennes<\/a>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">L\u2019enthym\u00e8me est \u00ab le corps de la persuasion \u00bb, \u00ab la d\u00e9monstration rh\u00e9torique \u00bb (<em>Rh\u00e9t.<\/em>, I, 1, 11354a15 ; Chiron, p. 115 ; I, 1, 1355a5 ; p. 119). Il porte sur <em>le fond <\/em>du d\u00e9bat, \u00ab le fait \u00bb (<em>Rh\u00e9t.<\/em>, I, 1, 1354a25 ; Chiron, p. 116), sur <em>la cause <\/em>elle-m\u00eame, en opposition aux moyens discursifs fond\u00e9s sur les \u00e9motions ou la pr\u00e9sence du locuteur dans son discours, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/emotion\/\">\u00c9motion<\/a> ; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathos-preuve\/\">Pathos<\/a> ; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00c9thos<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>On parle dans le m\u00eame sens de <em>syllogisme oratoire<\/em>, de <em>syllogisme rh\u00e9torique <\/em>ou de <em>syllogisme imparfait <\/em>; ces appellations r\u00e9f\u00e8rent toutes le rh\u00e9torique au syllogistique.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\"><strong>Le parall\u00e9lisme science \/ dialectique \/ rh\u00e9torique<br \/>\net la relation de l&rsquo;enthym\u00e8me \u00e0 la preuve<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Le parall\u00e9lisme science \/ dialectique \/ rh\u00e9torique est probl\u00e9matique. Si l\u2019on admet cette opposition, on entre dans un quadrillage notionnel tr\u00e8s incommode et empiriquement inad\u00e9quat. D\u2019une part, on doit prendre en charge la distinction entre les trois types de raisonnements et de syllogismes (scientifique, dialectique, rh\u00e9torique), et la coupure entre le <em>cat\u00e9gorique <\/em>scientifique, le <em>persuasif <\/em>rh\u00e9torique, et le <em>probable <\/em>dialectique, et faire comme si le discours concret ne connaissait ni le syllogisme cat\u00e9gorique, ni le probable, et n\u2019atteignait jamais la certitude, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/probable-vraisemblable\/\">Probable<\/a>\u00a0; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vrai-vs-probable\/\">Vrai<\/a>; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vrai-veridique\/\">V\u00e9ridique<\/a>. D\u2019autre part, cela am\u00e8ne \u00e0 corseter la rh\u00e9torique argumentative dans l\u2019opposition entre preuves dites <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/preuves-techniques\/\"><em>techniques<\/em><\/a>, preuves rh\u00e9toriques proprement dites, et preuves <em>non techniques<\/em>, qui, de toute \u00e9vidence, n\u2019entrent pas dans le cadre notionnel pr\u00e9c\u00e9dent. Or, tout comme le discours ordinaire, le discours judiciaire combine les deux types de preuves qui elles ne permettent pas le doute raisonnable.<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme un syllogisme incomplet mais \u00ab parfait dans l\u2019esprit \u00bb, on ne voit pas ce qui emp\u00eache l\u2019enthym\u00e8me de faire pleinement preuve (voir \u00a74). De m\u00eame, l\u2019enthym\u00e8me d\u00e9fini comme un syllogisme fond\u00e9 sur un <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/indice\/\"><em>indice<\/em><\/a>\u00a0peut faire preuve, voir \u00a73.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. L\u2019enthym\u00e8me convient \u00e0 la rh\u00e9torique<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>parce qu&rsquo;il exploite le vraisemblable<\/em><\/span><\/h2>\n<p>Dans les <em>Premiers analytiques<\/em>, Aristote d\u00e9finit l\u2019enthym\u00e8me comme<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Un syllogisme qui part de pr\u00e9misses vraisemblables ou de signes (<em>P. A.<\/em>, II, 27, 10 ; p. 323).<br \/>\nLe vraisemblable est une proposition probable : ce qu\u2019on sait arriver la plupart du temps, ou ne pas arriver. (<em>Ibid., <\/em>II, 27, 1\u00a0; p. 322).<\/span><\/p>\n<p>Par exemple \u201c<em>les parents aiment leurs enfants<\/em>\u201d exprime une pr\u00e9misse g\u00e9n\u00e9rale vraisemblable, c&rsquo;est-\u00e0-dire admise par d\u00e9faut. De cette pr\u00e9misse vraisemblable associ\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9misse factuellement vraie \u201c<em>Marie est la m\u00e8re de Pierre<\/em>\u201d, on d\u00e9duit, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;informations \u00e0 effets contraires, que \u201c<em>Marie aime Pierre<\/em>\u201d, V.<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/raisonnement-defaut\/\">Raisonnement par d\u00e9faut<\/a> ; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/invention\/\">Invention<\/a>.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\">2.1. L\u2019enthym\u00e8me <em>est fond\u00e9 sur un signe<\/em><\/span><\/h3>\n<p>Les syllogismes ayant une pr\u00e9smisse fond\u00e9e sur un signe vraisemblable tombent dans cette cat\u00e9gorie. Le mot <em>signe <\/em>a ici le sens d&rsquo;<em>indice<\/em>\u00a0; alors que le <em>signe <\/em>au sens linguistique est arbitraire par rapport au ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019il d\u00e9signe, l\u2019indice est un \u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel naturellement associ\u00e9 \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne. Un signe-indice est un fait av\u00e9r\u00e9 qui s&rsquo;exprime dans une proposition ayant pour sujet un individu comme (a) \u201c<em>cette femme a du lait<\/em>\u201d, (b) \u201c<em>cette femme est p\u00e2le<\/em>\u201d, (c) \u201c<em>Pittacus est honn\u00eate<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Les trois enthym\u00e8mes suivants sont fond\u00e9s sur ces diff\u00e9rents indices\u00a0:<\/p>\n<p><strong>1) Le signe est certain (suffisant) :<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Cette femme a enfant\u00e9, puisqu\u2019elle a du lait<\/em><\/span><\/p>\n<p>Le lien est du type <em>feu<\/em> \/ <em>fum\u00e9e<\/em> ou <em>avoir un enfant<\/em> \/ <em>avoir eu des relations sexuelles<\/em> (\u00e9poque de la conception non m\u00e9dicalis\u00e9e). Le signe d\u00e9c\u00e8le un ph\u00e9nom\u00e8ne non imm\u00e9diatement perceptible, lointain ou pass\u00e9.<\/p>\n<p>2) Le signe est <strong>une condition n\u00e9cessaire faible, loin d&rsquo;\u00eatre suffisante<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Cette femme a enfant\u00e9, puisqu\u2019elle est p\u00e2le<\/em><\/span><\/p>\n<p>D&rsquo;autres causes peuvent entra\u00eener la p\u00e2leur\u00a0:\u00a0 avoir un accident de sant\u00e9, avoir pass\u00e9 la nuit \u00e0 faire la f\u00eate, avoir le teint naturellement p\u00e2le, etc. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;inf\u00e9rence n\u00e9cessite une enqu\u00eate et des savoirs sp\u00e9cialis\u00e9s.<br \/>\nSur le fond, l&rsquo;\u00e9valuation des diagnostics (a) et (b) ne rel\u00e8vent pas de la rh\u00e9torique, mais de la pratique m\u00e9dicale. Elle ne rel\u00e8ve de la rh\u00e9torique que dans la mesure o\u00f9 celle-ci entendrait opposer le diagnostic populaire au diagnostic sp\u00e9cialis\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire combattre le vrai par le plausible.<\/p>\n<p>3) Le signe est fond\u00e9 sur <strong>un trait possiblement accidentel :<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Les sages sont honn\u00eates puisque Pittacus est honn\u00eate<\/em><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;inf\u00e9rence n&rsquo;autorise que la conclusion \u201ccertains sages sont honn\u00eates\u201d. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une induction fond\u00e9e sur un seul cas, en d\u2019autres termes une induction rh\u00e9torique ou un exemple, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/generalisation\/\">G\u00e9n\u00e9ralisation<\/a>.<br \/>\nElle serait valide si elle proc\u00e9dait sur la base d&rsquo;un trait essentiel, \u201cjuge bien de toutes choses\u201d : <em>les sages jugent bien de toutes choses, puisque Pittacus juge bien de toutes choses.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\">2.2 L\u2019enthym\u00e8me <strong><em>exploite un mode de d\u00e9duction seulement vraisemblable<\/em><\/strong><\/span><\/h3>\n<p>L&rsquo;enthym\u00e8me se diff\u00e9rencie \u00e9galement du syllogisme en ce qu&rsquo;il utilise des r\u00e8gles de d\u00e9duction non universellement valides (V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/evaluation-syllogisme\/\">\u00c9valuation du syllogisme<\/a>), les topoi ou <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/type-dargumentation\/\"><em>types d&rsquo;arguments<\/em><\/a> utilis\u00e9s dans la parole courante. L&rsquo;enthym\u00e8me est un discours qui applique un topos, \u00e0 une situation argumentative concr\u00e8te.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">3. L\u2019enthym\u00e8me convient \u00e0 la rh\u00e9torique <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>parce que c&rsquo;est un syllogisme tronqu\u00e9<\/em><\/span><\/h2>\n<p>L\u2019enthym\u00e8me est \u00e9galement d\u00e9fini comme un syllogisme cat\u00e9gorique o\u00f9 est omise une pr\u00e9misse :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Les hommes sont faillibles, tu es faillible.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Tu es un homme, tu es faillible.<\/span><\/p>\n<p>Ou la conclusion :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Les hommes sont faillibles, consid\u00e8re que tu es homme !<\/span><\/p>\n<p>La <em>Logique <\/em>de Port-Royal d\u00e9finit l\u2019enthym\u00e8me comme \u00ab un v\u00e9ritable syllogisme dans l\u2019esprit, mais imparfait dans l\u2019expression \u00bb (Arnauld et Nicole [1662], p. 226)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Quand on n\u2019exprime ainsi que deux propositions, cette sorte de raisonnement s\u2019appelle enthym\u00e8me, qui est un v\u00e9ritable syllogisme dans l\u2019esprit, parce qu\u2019il suppl\u00e9e la proposition qui n\u2019est pas exprim\u00e9e\u00a0; mais qui est imparfait dans l\u2019expression, et ne conclut qu\u2019en vertu de cette proposition sous-entendue. (<em>ibid.<\/em>, p. 180)<\/span><\/p>\n<p>Les exemples du paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent peuvent donc \u00eatre appel\u00e9s enthym\u00e8mes pour deux raisons\u00a0: d\u2019une part, parce qu\u2019ils sont fond\u00e9s sur des indices, et d\u2019autre part, parce qu\u2019ils sont des syllogismes incomplets.<br \/>\nLa d\u00e9finition de l\u2019enthym\u00e8me comme syllogisme tronqu\u00e9 n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e comme aristot\u00e9licienne : \u00ab Il n\u2019est pas de l\u2019essence de l\u2019enthym\u00e8me d\u2019\u00eatre incomplet \u00bb (Note de Tricot \u00e0 Aristote, <em>P. A<\/em>., II, 27, 10 ; p. 323). En outre, d\u2019apr\u00e8s Conley, cette conception de l\u2019enthym\u00e8me comme syllogisme tronqu\u00e9 est peu r\u00e9pandue dans la rh\u00e9torique ancienne\u00a0; il ne la retrouve que dans un passage de Quintilien (Conley 1984, p. 174).<br \/>\nCependant, \u00e0 la suite de la d\u00e9finition pr\u00e9c\u00e9dente et en commentaire des exemples, les <em>Premiers analytiques <\/em>envisagent bien le cas du syllogisme tronqu\u00e9 : \u00ab On passe sous silence la derni\u00e8re proposition [<em>Pittacus est sage<\/em>] parce qu\u2019elle est connue \u00bb (<em>ibid.<\/em>, 15\u00a0; p. 323). D\u2019autre part, on lit dans la <em>Rh\u00e9torique<\/em> que<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Si l\u2019une des propositions est connue, il n\u2019est m\u00eame pas besoin de la formuler : l\u2019auditeur la suppl\u00e9e de lui-m\u00eame. Ainsi, pour \u00e9tablir que Dorieus a re\u00e7u une couronne comme prix de sa victoire, il suffit de dire que \u201c<em>en effet il a remport\u00e9 une victoire olympique<\/em>\u201d. Le fait que la victoire aux Jeux olympiques est r\u00e9compens\u00e9e d\u2019une couronne n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre ajout\u00e9 : tout le monde le sait. (<em>Rh\u00e9t.<\/em>, I, 2, 1357a15-25 ; trad. Chiron, p. 132).<\/p>\n<p>Les raisons donn\u00e9es pour lier l\u2019enthym\u00e8me au discours syllogistique sont quelque peu paradoxales. L\u2019enthym\u00e8me comme syllogisme tronqu\u00e9 est suppos\u00e9 convenir \u00e0 la rh\u00e9torique car il serait moins p\u00e9dant que le syllogisme complet. Son utilisation suppose que la pr\u00e9misse manquante est <em>facile \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer<\/em>. Une autre raison est \u00e9galement avanc\u00e9e : on utiliserait l\u2019enthym\u00e8me parce que l\u2019auditoire ordinaire est compos\u00e9 d\u2019esprits faibles, incapables de suivre un encha\u00eenement syllogistique dans toute sa rigueur. Cette seconde justification suppose que la pr\u00e9misse manquante est <em>trop difficile \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer <\/em>: ces deux justifications sont difficilement compatibles.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">5. L\u2019enthym\u00e8me convient \u00e0 la rh\u00e9torique <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>parce qu&rsquo;il instaure une coop\u00e9ration avec l\u2019auditoire<\/em><\/span><\/h2>\n<p>Du point de vue de la communication argumentative, la notion d\u2019enthym\u00e8me sert \u00e0 articuler les pratiques de l\u2019implicite \u00e0 l\u2019effet de persuasion : \u00ab tous les orateurs mettent en \u0153uvre les moyens de persuasion en produisant dans la d\u00e9monstration soit des exemples soit des enthym\u00e8mes. Il n\u2019y a rien d\u2019autre en dehors de cela. \u00bb (<em>Rh\u00e9t<\/em>., I, 2, 1356b5 ; trad. Chiron, p. 128-129). Comme le note Bitzer, la forme enthym\u00e9matique est une mani\u00e8re de lier orateur et auditoire dans un processus de co-construction du sens du discours (Bitzer 1959, p. 408). En \u00ab se [bornant] \u00e0 se faire entendre \u00bb (Quintilien, <em>I. O.<\/em>, V, 14, 24 ; p. 208), l\u2019enthym\u00e8me pose l\u2019auditoire comme de <em>bons entendeurs<\/em>, et cr\u00e9e ainsi un effet \u201cbonne intelligence\u201d et de complicit\u00e9. La fusion communicationnelle contribue ainsi \u00e0 la formation d\u2019un \u00e9thos de communaut\u00e9 : \u201c <em>je suis comme vous, nous sommes ensemble<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Dans les termes de Jakobson, la formulation enthym\u00e9matique a une fonction phatique, elle maintient ouvert la ligne de communication. Elle introduit une l\u00e9g\u00e8re tension dont on suppose qu&rsquo;elle pourra maintenir l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un auditoire qui tend \u00e0 la somnolence.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">6. L\u2019enthym\u00e8me comme formule conclusive<\/span><\/h2>\n<p>Cic\u00e9ron accorde une efficacit\u00e9 sup\u00e9rieure aux enthym\u00e8mes fond\u00e9s sur les <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/contraires\/\"><em>contraires<\/em><\/a>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Quoique toute pens\u00e9e puisse \u00eatre appel\u00e9e enthym\u00e8me, comme celle qui r\u00e9sulte de l\u2019opposition des contraires semble la plus subtile, elle s\u2019est appropri\u00e9e seule le nom g\u00e9n\u00e9ral, (Cic\u00e9ron, <em>Top.<\/em>, XIII, 55\u00a0; p.84)<\/p>\n<p>Il donne pour exemple : \u00ab \u201c<em>Celle \u00e0 qui tu ne reproches rien, tu la condamnes, celle dont tu dis qu\u2019elle t\u2019a fait du bien, tu lui fais du mal !<\/em>\u201d \u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<p>Cet exemple met en jeu deux formes d\u2019opposition, d\u2019une part, celle des contraires, <em>bien<\/em> \/ <em>mal<\/em>, et \u00e0 un second niveau, une inversion des principes associ\u00e9s \u00e0 ces contraires. Selon l\u2019entendement courant, \u201c<em>quand on condamne quelqu\u2019un c\u2019est qu\u2019on a quelque chose \u00e0 lui reprocher<\/em>\u201d\u00a0et \u201c<em>le bien doit \u00eatre r\u00e9compens\u00e9<\/em>\u201d. Selon Cic\u00e9ron, le destinataire de la diatribe prend le contrepied de ces principes\u00a0; il n\u2019est pas seulement r\u00e9fut\u00e9, il est donn\u00e9 comme insens\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n[1] <span style=\"font-size: 10pt;\">Bulmaro REYES CORIA, 1997, <i>Epichirema \/ Enthymema<\/i>, M\u00e9xico, UNAM \/ Instituto de Investigaciones Filol\u00f3gicas.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENTHYM\u00c8ME En tant que forme d&rsquo;inf\u00e9rence utilis\u00e9e en rh\u00e9torique, l&rsquo;enthym\u00e8me est d\u00e9fini comme : 1. La contrepartie rh\u00e9torique du syllogisme logique. 2. Un syllogisme dont les pr\u00e9misses et le mode d&rsquo;inf\u00e9rence sont seulement vraisemblables. 3. 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