{"id":15672,"date":"2026-04-11T15:27:54","date_gmt":"2026-04-11T13:27:54","guid":{"rendered":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=15672"},"modified":"2026-04-11T15:36:41","modified_gmt":"2026-04-11T13:36:41","slug":"emo-pathos-preuve-emotion-v2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/emo-pathos-preuve-emotion-v2\/","title":{"rendered":"\u00c9MO\u2013 PREUVE \u2013 PATHOS \u2013 \u00c9MOTION \u2013V2"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>LE PATHOS, <em>OU<\/em> LA PREUVE PAR L\u2019\u00c9MOTION<\/strong><\/span><\/h1>\n<p>Ce module rappelle l\u2019importance du concept rh\u00e9torique de pathos, qui fonde le premier traitement syst\u00e9matique de l\u2019\u00e9motion en discours.<\/p>\n<p>Dans la tradition de la <em>Rh\u00e9torique<\/em> d\u2019Aristote, le pathos est constitu\u00e9 d\u2019un ensemble de couples d\u2019<strong>\u00e9motions oppos\u00e9es<\/strong>. Cette structuration inscrit de fa\u00e7on d\u00e9cisive l\u2019analyse des \u00e9motions rh\u00e9toriques dans une structure Discours\/ Contre-discours: si l\u2019un met en col\u00e8re, l\u2019autre calme; si l\u2019un en appelle \u00e0 l\u2019indignation, l\u2019autre en appelle \u00e0 la piti\u00e9.<\/p>\n<p>Les traditions grecque et latine proposent\u00a0 \u00e9galement des <strong>listes<\/strong> d\u2019\u00e9motions rh\u00e9toriques que l\u2019on peut rapprocher des passions \u00e9l\u00e9mentaires ou complexes des philosophes, comme des \u00e9motions de base des psychologues.<\/p>\n<h1><strong><span style=\"color: #ff6600;\">1. <a style=\"color: #ff6600;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logos-pathos-ethos-fr\/\">LOGOS, PATHOS, \u00c9THOS <\/a>:<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff6600;\">PRIMAT DE L\u2019<a style=\"color: #ff6600;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00c9THOS<\/a> et du <\/span><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathos-preuve\/\"><span style=\"color: #ff6600;\">PATHOS<\/span><\/a><br \/>\n<\/strong><\/h1>\n<h2><strong> <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logos-pathos-ethos-fr\/\"><span style=\"color: #0000ff;\">Logos, Pathos, \u00c9thos\u00a0<\/span><\/a><br \/>\n<\/strong>Les th\u00e9ories logico-normatives de l\u2019argumentationtren focalisent sur les objets du d\u00e9bat:<br \/>\nd\u00e9finition et cat\u00e9gorisation (arguments a pari, a contrario, etc); sur les relations causales, logiques ou analogiques qui lient les objets en discours; sur leurs environnements mat\u00e9riels et les indices circonstanciels.<br \/>\nLes th\u00e9ories rh\u00e9toriques de l\u2019argumentation ench\u00e2ssent en outre les objets dans leurs contextes interpersonnels et \u00e9motionnels (*)-. La th\u00e9orie classique consid\u00e8re que la gestion<br \/>\nstrat\u00e9gique des \u00e9motions est essentielle dans l\u2019orientation globale du discours vers la<br \/>\npersuasion et l\u2019action.<br \/>\n(*) <em>La rh\u00e9torique introduit le fait de juger dans les crit\u00e8res du jugement<\/em><\/h2>\n<p>Dans son application aux discours sociaux, la rh\u00e9torique est en effet une technique du discours visant \u00e0 d\u00e9clencher une action: faire penser, faire dire, faire \u00e9prouver et, finalement, faire faire.<br \/>\nC\u2019est l\u2019action accomplie qui fournit l\u2019ultime crit\u00e8re de la persuasion r\u00e9ussie, qu\u2019on r\u00e9duirait ind\u00fbment \u00e0 un simple \u00e9tat mental, \u00e0 une \u201cadh\u00e9sion de l\u2019esprit\u201d (Perelman &amp; Olbrechts Tyteca). On ne peut pas dire que le juge rh\u00e9torique a \u00e9t\u00e9 persuad\u00e9 s\u2019il ne se prononce pas en faveur de la partie qui l\u2019a convaincu.2<\/p>\n<p><strong>Preuves rh\u00e9toriques<\/strong><br \/>\nPour atteindre ces buts \u2013 non seulement faire croire, mais aussi orienter la volont\u00e9 et d\u00e9terminer l\u2019action \u2013 la technique rh\u00e9torique exploite t<strong>rois types de moyens ou d\u2019instruments, qu\u2019on appelle parfois \u201cpreuves\u201d (pistis)<\/strong>. Le cat\u00e9chisme rh\u00e9torique3 nous apprend ainsi que la persuasion compl\u00e8te est obtenue par la conjonction de trois op\u00e9rations discursives: le discours doit enseigner, plaire, toucher (<em>docere, delectare, movere<\/em>). Il doit<\/p>\n<p><strong>1<\/strong> L\u2019argumentation a pari transf\u00e8re \u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019un genre ce qui est dit d\u2019une autre esp\u00e8ce du m\u00eame genre ; selon l\u2019argumention a contrario, si quelque chose est affirm\u00e9 des \u00eatres appartenant \u00e0 une certaine cat\u00e9gorie, le contraire est affirm\u00e9 des \u00eatres n\u2019appartenant pas \u00e0 cette cat\u00e9gorie.<br \/>\n<strong>2<\/strong> R\u00e9ponse attribu\u00e9e \u00e0 un parlementaire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, s\u2019adressant \u00e0 quelqu\u2019un qui avait entrepris de le convaincre: \u201c<em>Vous pouvez tout \u00e0 fait changer mon opinion, mais vous ne changerez pas mon vote<\/em>\u201d. Cette r\u00e9ponse exprime bien cette diff\u00e9rence entre les d\u00e9terminants de la repr\u00e9sentation et ceux de l\u2019acte.<br \/>\n<strong>3<\/strong> Il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur la mise en ritournelle des concepts rh\u00e9toriques, et sur l\u2019obstacle \u00e9pist\u00e9mologique que constitue l\u2019effet d\u2019\u00e9vidence ainsi obtenu \u00e0 bon march\u00e9.<\/p>\n<p>d\u2019abord <strong>enseigner par le logos<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire informer (raconter, narrer) et argumenter; cet enseignement emprunte la voie intellectuelle vers la persuasion, celle que tracent les preuves objectives.<br \/>\nMais information et argumentation sont, d\u2019une part, menac\u00e9es par l\u2019ennui, et d\u2019autre part, ne suffisent pas \u00e0 d\u00e9clencher le passage \u00e0 l\u2019acte; il ne suffit pas de <strong>voir<\/strong> ce qu\u2019il faut faire, il faut encore <strong>vouloir<\/strong> le faire, <strong>et s\u2019y mettre<\/strong>. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de fournir aux auditeurs des indices p\u00e9riph\u00e9riques de v\u00e9rit\u00e9: ce sera la fonction des preuves li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9thos (\u201caie confiance\u2026\u201d) et des stimuli \u00e9motionnels quasi physiques, qui constituent le pathos.<br \/>\nTels sont en gros les termes dans lesquels la rh\u00e9torique s\u2019auto-repr\u00e9sente. Philosophes et psychologues auraient beaucoup \u00e0 dire sur la th\u00e9orie de l\u2019esprit et de l\u2019action sur laquelle s\u2019appuie cette description.<\/p>\n<p>Par opposition aux <em><strong>preuves dites \u201clogiques<\/strong><\/em><strong>\u201d<\/strong> (preuves objectales), on parle parfois de <em><strong>preuves subjectives<\/strong><\/em> pour d\u00e9signer les moyens de pression et d\u2019orientation \u00e9thotiques4 et path\u00e9tiques.<br \/>\nSeules les preuves logiques m\u00e9ritent ce nom de preuve, car, d\u2019une part, elles seules r\u00e9pondent \u00e0 la <strong>condition de propositionalit\u00e9<\/strong> (elles s\u2019appuient sur dans des propositions\u00a0 examinable ind\u00e9pendamment de la conclusion qu\u2019elles soutiennent).<br \/>\nD\u2019autre part, elles traitent centralement du probl\u00e8me, alors qu\u2019\u00e9thos et pathos sont des approches p\u00e9riph\u00e9riques de la question.<\/p>\n<h1><strong><span style=\"color: #ff6600;\">2. LE PATHOS, UN FAISCEAU D\u2019\u00c9MOTIONS<\/span><br \/>\n<\/strong><\/h1>\n<p>Les psychologues proposent diff\u00e9rentes listes d\u2019\u00e9motions de base, qui tournent autour de la joie, la tristesse, la peur, la col\u00e8re, la surprise et le d\u00e9go\u00fbt. En ce sens le premier d\u2019entre eux, Aristote distingue dans l\u2019Ethique \u00e0 Nicomaque une douzaine d\u2019\u00e9motions:<\/p>\n<p>j\u2019entends par \u00e9tats affectifs, l\u2019app\u00e9tit, la col\u00e8re, la crainte, l\u2019audace, l\u2019envie, la joie, l\u2019amiti\u00e9, la haine, le regret de ce qui a plu, la jalousie, la piti\u00e9, bref toutes les inclinations accompagn\u00e9es de plaisir et de peine.<br \/>\n(<em>Eth. Nic.<\/em> II, 4; trad. Tricot, p. 101).<\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition est typiquement aristot\u00e9licienne: l\u2019\u00e9motion est d\u00e9finie d\u2019abord en extension par une liste d\u2019\u00e9motions typiques, puis, en intension, par son genre (inclination) et sa diff\u00e9rence (accompagn\u00e9e de plaisir et de peine).<\/p>\n<p>Dans la <em>Rh\u00e9torique<\/em>, Aristote oppose entre elles une douzaine \u201cd\u2019\u00e9motions de base\u201d, pr\u00e9sent\u00e9es sous forme de couples d\u2019oppos\u00e9es, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019obligeance:<\/p>\n<p>col\u00e8re \/calme<br \/>\namiti\u00e9 \/ haine<br \/>\npeur \/ confiance<br \/>\nhonte \/ impudence<br \/>\nobligeance<br \/>\npiti\u00e9 \/indignation<br \/>\nenvie \/\u00e9mulation<\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de la pr\u00e9c\u00e9dente, cette liste ne mentionne pas <em>la joie<\/em> et <em>le regret<\/em>. D\u2019autres \u00e9motions comme l<em>e chagrin, la fiert\u00e9, l\u2019amour, la nostalgie<\/em>\u2026 ne figurent pas non plus dans la liste:<\/p>\n<p>Aristotle neglects, as not relevant for his purpose, a number of emotions that a more general, independently conceived treatment of the emotions would presumably give prominence to. Thus, grief, pride (of family, ownership, accomplishment), (erotic) love, joy, and yearning for an absent or loved one (Greek pothos) \u2026 The same is true even for regret, which one would think would be of special importance for an ancient orator to know about, especially in judicial contexts\u00bb (Cooper 1996, p. 251).<\/p>\n<p>Il semble difficile de trouver des \u00e9motions qui n\u2019aient pas d\u2019impact direct sur le discours public, peut-\u00eatre <em>la tristesse<\/em>? On pourrait tenter de distinguer les \u00e9motions politiques<br \/>\ndes \u00e9motions judiciaires. La honte semble r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019adversaire politique ou \u00e0 l\u2019accus\u00e9, ou aux citoyens qui ont mal agi; on imagine mal faire honte au juge, ce serait insulter le tribunal<\/p>\n<p>Les th\u00e9oriciens latins proposent des listes ouvertes de m\u00eame inspiration:<\/p>\n<p>les sentiments qu\u2019il nous importe le plus de faire na\u00eetre dans l\u2019\u00e2me des juges, ou de nos auditeurs quels qu\u2019ils soient, sont <em>l\u2019affection, la haine, la col\u00e8re, l\u2019envie, la piti\u00e9, l\u2019esp\u00e9rance, la joie, la crainte, le m\u00e9contentemen<\/em>t. (Cic\u00e9ron, De Or., II, 206; trad. Courbaud, p. 91)<\/p>\n<p>Quintilien abr\u00e8ge un peu la liste:<\/p>\n<p>le pathos tourne presque tout entier autour de l<em>a col\u00e8re, la haine, la crainte, l\u2019envie, la piti\u00e9<\/em>. (<em>Inst. Or.<\/em>, VI, 2, 20; trad. Cousin, p. 28-9).<\/p>\n<p>La liste de Cic\u00e9ron comprend cinq \u00e9motions n\u00e9gatives (<em>col\u00e8re, haine, crainte, m\u00e9contentement, envie<\/em>) et quatre \u00e9motions positives (<em>esp\u00e9rance, affection, piti\u00e9, joie<\/em>). La<br \/>\n<em>honte<\/em> et l\u2019<em>obligeance<\/em> aristot\u00e9liciennes n\u2019ont pas de correspondant direct chez Cic\u00e9ron;<br \/>\nr\u00e9ciproquement, les \u00e9motions positives <em>affection<\/em> et <em>joie<\/em> de Cic\u00e9ron n\u2019ont pas de<br \/>\ncorrespondant \u00e9vident dans la liste aristot\u00e9licienne. On pourrait admettre que les \u00e9motions<br \/>\nn\u00e9gatives repr\u00e9sentent le couple \u00e9motion positive\/n\u00e9gative: <em>(col\u00e8re\/calme<\/em> = <em>col\u00e8re<\/em>;<br \/>\n<em>haine\/amiti\u00e9<\/em> = <em>haine<\/em>; <em>indignation\/piti\u00e9<\/em> = <em>indignation<\/em>; <em>envie\/\u00e9mulatio<\/em>n = <em>envie<\/em>). Quoi qu\u2019il en<br \/>\nsoit, les divergences ne semblent pas tr\u00e8s significatives.<\/p>\n<p>Ce qui en revanche pourrait bien l\u2019\u00eatre, c\u2019est la diff\u00e9rence d\u2019approche entre une approche<br \/>\natomiste, r\u00e9ifi\u00e9e, des \u00e9motions, qui s\u2019exprime sous forme de listes d\u2019items \u00e9motionnels d\u2019une part, et d\u2019autre part une approche controversiale, langagi\u00e8re, de l\u2019\u00e9motion, o\u00f9 des discours oppos\u00e9s construisent des positions et des \u00e9motions antagonistes.<\/p>\n<h1><strong><span style=\"color: #ff6600;\">4. \u00c9THOS ET PATHOS, DEUX TYPES D\u2019AFFECTS?<\/span><br \/>\n<\/strong><\/h1>\n<div class=\"page\" title=\"Page 438\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>La pre\u0301sentation trinitaire \u201c<em>e\u0301thos, logos, pathos<\/em>\u201d se\u0301pare chacune de ces composantes, en particulier e\u0301thos et pathos.<\/p>\n<p><strong>Dimensions de l\u2019opposition \u00e9thos \/ pathos<br \/>\n<\/strong>Le tableau suivant re\u0301capitule les principales dimensions selon lesquelles la rhe\u0301torique oppose e\u0301thos et pathos. Plusieurs de ces oppositions sont discutables.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2598 alignright\" src=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-content\/uploads\/sites\/107\/2024\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2024-02-27-a\u0300-17.45.37-300x169.png\" alt=\"\" width=\"438\" height=\"251\" \/><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><strong>\u00c9thos et pathos, deux types de sentiments<\/strong><\/p>\n<p>Quintilien comprend pathos et e\u0301thos comme deux types de sentiments.<\/p>\n<p>Le [pathos] et [l\u2019ethos] participent parfois de la me\u0302me nature, sauf qu\u2019il y a entre eux <strong>une diffe\u0301rence de degre\u0301<\/strong>, le premier en plus, le second en moins ; l\u2019amour par exemple est un pathos, l\u2019affection un ethos \u00bb (<em>I. O.<\/em>, VI, 2, 12 ; p. 26).<\/p>\n<p>Or les sentiments, comme nous le savons selon l\u2019antique tradition, se re\u0301partissent en deux classes : l\u2019une est appele\u0301e par les Grecs <em><strong>pathos<\/strong><\/em>, terme que nous traduisons exactement et correctement par <strong><em>adfectus<\/em><\/strong>, l\u2019autre, <strong>e\u0301thos<\/strong>, terme pour lequel, du moins a\u0300 mon avis, le latin n\u2019a pas d\u2019e\u0301quivalent : il est rendu par <strong><em>mores<\/em><\/strong> et, de la\u0300 vient que la section de la philosophie nomme\u0301e [<em>e\u0301thique<\/em>] a e\u0301te\u0301 dite <em>moralis<\/em>.<br \/>\n[\u2026] Des e\u0301crivains plus prudents ont pre\u0301fe\u0301re\u0301 exprimer l\u2019ide\u0301e pluto\u0302t que de traduire le mot en latin. Par conse\u0301quent, ils ont rendu ceux\u2013ci par \u201c<strong>e\u0301motions vives<\/strong>\u201d et ceux-la\u0300 par \u201c<strong>e\u0301motions calmes et mesure\u0301es<\/strong>\u201d : dans une cate\u0301gorie, il s\u2019agit d\u2019un mouvement violent, dans l\u2019autre doux; enfin, les premie\u0300res commandent, les dernie\u0300res persuadent; les unes pre\u0301valent pour provoquer un trouble, les autres pour incliner a\u0300 la bienveillance.<br \/>\nCertains ajoutent que [l\u2019e\u0301thos] est un e\u0301tat continu, le [pathos] un e\u0301tat momentane\u0301. \u00bb (Quintilien, <em>I. O.<\/em>, VI, 2, 8-10 ; p. 25)<\/p>\n<p>Ces citations sont tr\u00e8s suggestives, dans la mesure o\u00f9 elles rappellent la relation humeur \/ \u00e9motion, qui s\u2019opposent selon les dimensions suivantes:<\/p>\n<p>\u2014 L\u2019\u00e9motion est un \u00e9prouv\u00e9 plus <strong>intense<\/strong> que l\u2019humeur (\u00ab\u00a0degr\u00e9\u00a0\u00bb de Quintilien)<br \/>\n\u2014 L\u2019\u00e9pisode \u00e9motionnel courant (petites \u00e9motions) est d\u2019une <strong>dur\u00e9e<\/strong> relativement br\u00e8ve.<br \/>\n\u2014 L\u2019\u00e9motion surgit en liaison avec un <strong>\u00e9v\u00e9nement<\/strong> disruptif, alors que l\u2019humeur a une origine interne <strong>ind\u00e9termin\u00e9e<\/strong>, qui la rattache \u00e0 la famille des dispositions.<br \/>\n\u2014 Il s\u2019ensuit que l\u2019humeur est plus <strong>diffuse<\/strong> que l\u2019\u00e9motion<br \/>\n\u2014 La <strong>conscience<\/strong> de l\u2019\u00e9motion est attach\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9motion, la l\u2019humeur est li\u00e9e au caract\u00e8re de l\u2019exp\u00e9rienceur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><strong><span style=\"color: #ff6600;\">5. LA CONSTRUCTION RH\u00c9TORIQUE DES \u00c9MOTIONS<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff6600;\"><em>LA M\u00c9THODE ARISTOT\u00c9LICIENNE<\/em><\/span><br \/>\n<\/strong><\/h1>\n<p>Ces listes donnent une impression de familiarit\u00e9 qui para\u00eetra suspecte au philologue: la honte, la col\u00e8re grecques sont-elles encore les n\u00f4tres? Quoi qu\u2019il en soit de ce point, il est ind\u00e9niable que le pathos est bien un complexe discursif, un trajet discursif o\u00f9 se construisent des \u00e9motions cl\u00e9s. Ce point \u00e9tant pos\u00e9, il faut voir que la <em>Rh\u00e9torique<\/em> n\u2019est pas un ouvrage de psychologie sur les \u00e9motions de base et universelles, mais bien un trait\u00e9 sur ce que le discours peut faire avec les \u00e9motions: la parole ne peut pas <em>faire tonner<\/em>, mais elle peut <em>faire peur<\/em>.<\/p>\n<p>Le Livre II de la <em>Rh\u00e9torique<\/em> d\u00e9finit les \u00e9motions \u00e0 partir de sc\u00e9narios types, activables par l\u2019orateur. Les notes suivantes ne pr\u00e9tendent pas \u00e9puiser les complexit\u00e9s du texte aristot\u00e9licien, mais elles peuvent donner une id\u00e9e des strat\u00e9gies discursives de formatage des situations par lesquelles le locuteur est capable de produire de l\u2019\u00e9motion, en la nommant ou sans la nommer.<\/p>\n<p><strong>\u00a0Col\u00e8re<\/strong><br \/>\nLa col\u00e8re de <strong>A<\/strong> contre <strong>B<\/strong> peut se d\u00e9crire comme suit:<\/p>\n<p>\u2013 <strong>B<\/strong> m\u00e9prise <strong>A<\/strong> injustement; il le brime, il l\u2019outrage, il se moque de lui, il fait obstacle \u00e0 ses d\u00e9sirs, et il y prend plaisir.<br \/>\n\u2013 <strong>A<\/strong> souffre.<br \/>\n\u2013 <strong>A<\/strong> cherche \u00e0 se venger en faisant du tort \u00e0 <strong>B<\/strong>.<br \/>\n\u2013 <strong>A<\/strong> fantasme cette vengeance et en jouit.<\/p>\n<p>Selon cette description, la col\u00e8re n\u2019est pas d\u00e9finie isol\u00e9ment, comme une r\u00e9ponse brute \u00e0 la piq\u00fbre d\u2019un stimulus. Elle appara\u00eet comme la r\u00e9sultante d\u2019un script \u00e9motionnel, o\u00f9 entrent d\u2019autres \u00e9motions, comme l\u2019humiliation ou le m\u00e9pris.<br \/>\nIl s\u2019ensuit que, pour mettre <strong>A<\/strong> en col\u00e8re contre <strong>B<\/strong>, il faut construire un discours montrant \u00e0 <strong>A<\/strong> que <strong>B<\/strong> le m\u00e9prise, le brime, l\u2019outrage, etc. Une fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis en col\u00e8re sur la base de cette sch\u00e9matisation de la situation, les m\u00e9canismes de la vengeance sont suppos\u00e9s se d\u00e9clencher automatiquement. Je me mets en col\u00e8re parce que \u201c<em>je vois bien<\/em>\u201d qu\u2019on est<br \/>\ninjuste \u00e0 mon \u00e9gard, qu\u2019on me m\u00e9prise, se moque de moi. En fait, on le voit \u00e0 travers le jeu des facettes et des composantes cognitives de l\u2019\u00e9motion, qui sont construites par le discours.<\/p>\n<p>Peut-on parler ici de manipulation? Il faut d\u2019abord souligner, \u00e0 la suite de Grize, qu\u2019on ne<br \/>\nsaurait parler sans <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/schematisation\/\"><strong>sch\u00e9matiser<\/strong><\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire sans jeter un \u00e9clairage, une lumi\u00e8re sur le<br \/>\nmonde. En second lieu, si le discours peut <em>mettre en col\u00e8re<\/em>, <em>il peut aussi calmer<\/em>.<\/p>\n<p>Le discours rh\u00e9torique est double, non pas duplice: deux positions s\u2019affrontent, incarn\u00e9es dans deux personnes, tenant deux discours. En cons\u00e9quence, <strong>pour calmer A<\/strong>, on parlera contre celui qui veut le mettre en col\u00e8re en construisant une sch\u00e9matisation montrant que:<br \/>\nLe comportement de <strong>B<\/strong> n\u2019est pas m\u00e9prisant, moqueur, injurieux, outrageant; ou alors: <strong>B<\/strong> plaisantait; il a d\u00fb agir ainsi involontairement, ce n\u2019\u00e9tait pas son intention, il ne faut pas voir les choses comme \u00e7a; d\u2019ailleurs il se comporte ainsi vis-\u00e0-vis de tout le monde, de lui-m\u00eame; il se repent, il a des remords; il a \u00e9t\u00e9 puni; c\u2019\u00e9tait il y a longtemps, et la situation a bien chang\u00e9.<br \/>\nEn bref, cette trame discursive est un tissu de topo\u00ef dont l\u2019usage permet de calmer la col\u00e8re.<\/p>\n<p>Notons qu\u2019on calme quelqu\u2019un qui est en col\u00e8re, mais aussi quelqu\u2019un qui a du chagrin, qui fait une crise de honte ou de d\u00e9sespoir; calmer, c\u2019est aussi consoler (von Moos 1971).<\/p>\n<p><strong>Faire honte \/ combattre, braver la honte<\/strong><br \/>\nLe sc\u00e9nario de la honte est le suivant:<\/p>\n<p>\u2013 <strong>A<\/strong> a agi sous l\u2019emprise d\u2019un vice, il a commis des choses que sa communaut\u00e9 n\u2019accepte pas: il s\u2019est conduit comme un l\u00e2che, il n\u2019a pas rempli ses engagements, il a commis une injustice, il a fait les poches d\u2019un mort, il a copul\u00e9 dans des lieux et avec des personnes inappropri\u00e9s, il s\u2019est enivr\u00e9 et il a vomi devant ses subordonn\u00e9s; il s\u2019est montr\u00e9 vantard, flagorneur; il s\u2019est montr\u00e9 faible et a accept\u00e9 son humiliation<br \/>\n\u2013 <strong>B<\/strong> est au courant, il a tout vu.<br \/>\n\u2013 <strong>B<\/strong> est une personne importante, de r\u00e9f\u00e9rence pour <strong>A<\/strong>; <strong>A<\/strong> admire, aime <strong>B<\/strong>.<br \/>\n\u2013 <strong>A<\/strong> souffre parce qu\u2019il fantasme (ou il vit) la perte de sa r\u00e9putation devant <strong>B<\/strong>: \u00abla honte est dans les yeux\u00bb (<em>Rh\u00e9t.<\/em>,1384a35; trad. Chiron, p. 300).<\/p>\n<p>Sym\u00e9triquement, on rass\u00e9r\u00e9nera (calmera) le honteux en lui montrant que maintenant<br \/>\npersonne n\u2019a rien \u00e0 faire de sa r\u00e9putation, que sa conduite n\u2019\u00e9tait pas si r\u00e9pr\u00e9hensible, que personne ne l\u2019a vu, etc.<\/p>\n<p>L\u2019utilit\u00e9 pratique de ces remarques est \u00e9vidente: <em><strong>Les lieux sp\u00e9cifiques de la honte<\/strong><\/em> list\u00e9s ici donnent les th\u00e8mes qui devront \u00eatre amplifi\u00e9s dans le discours destin\u00e9 \u00e0 faire honte (voir \u00c9tude 1).<\/p>\n<p><strong>Gratitude, reconnaissance \/ Ingratitude<\/strong><\/p>\n<p><strong>A<\/strong> est obligeant (gentil, serviable\u2026) vis-\u00e0-vis de <strong>B<\/strong> si <strong>A<\/strong> rend gratuitement service \u00e0 <strong>B.<\/strong><br \/>\nL\u2019obligeance est proche de la charit\u00e9; c\u2019est un sentiment \u00e9minemment politique, puisqu\u2019elle cr\u00e9e ou renforce le lien social, en produisant chez <strong>B<\/strong> comme sentiment compl\u00e9mentaire, la reconnaissance, la gratitude, le sentiment d\u2019avoir une dette vis-\u00e0-vis de <strong>A<\/strong>. En retour,<\/p>\n<p>R\u00e9ciproquement,<\/p>\n<p>il est possible de d\u00e9truire l\u2019image de l\u2019obligeance et de peindre les gens sous des dehors d\u00e9sobligeants (<em>Rh\u00e9t<\/em>. 1385a35; trad. Chiron, p. 307).<\/p>\n<p>Le cas \u00e9ch\u00e9ant, on doit pouvoir rompre le sentiment de reconnaissance sans cr\u00e9er pour autant chez B un sentiment de culpabilit\u00e9, le sentiment d\u2019\u00eatre un ingrat. Pour cela, on expliquera \u00e0 <strong>B<br \/>\n\u2014 <\/strong>qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 amplement pay\u00e9 sa dette envers <strong>A<\/strong>;<br \/>\n\u2014 qu\u2019en fait <strong>A<\/strong> avait agi dans son propre int\u00e9r\u00eat, par hasard, parce qu\u2019il \u00e9tait bien oblig\u00e9.<br \/>\n\u2014 que <strong>A<\/strong> a agi pour asservir <strong>B<\/strong>.<br \/>\n\u2014 que <strong>B<\/strong> ne doit rien<strong> \u00e0 A<\/strong>; c\u2019est <strong>A<\/strong> qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u2019oblig\u00e9 de <strong>B<\/strong> et que, par ce pr\u00e9tendu service, il n\u2019a fait que s\u2019acquitter d\u2019une dette ancienne. Tout cela, le discours sait le faire.<\/p>\n<p><strong>Piti\u00e9<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>A a piti\u00e9 de B s\u2019il voit, pr\u00e8s de lui, que B est victime d\u2019un mal qu\u2019il n\u2019a pas m\u00e9rit\u00e9 et si A a<br \/>\nbien conscience de pouvoir lui-m\u00eame un jour souffrir du m\u00eame mal (d\u2019apr\u00e8s Rh\u00e9t. 1385b13; trad. Chiron, p. 309).<br \/>\nEn cons\u00e9quence, pour produire de la piti\u00e9 en <strong>A<\/strong>, <strong>B<\/strong> doit montrer qu\u2019il souffre, qu\u2019il ne l\u2019a pas m\u00e9rit\u00e9, etc, et amplifier toutes les facettes de sa peine.<\/p>\n<p>Selon cette analyse, la piti\u00e9 n\u2019est pas un<strong> sentiment universel<\/strong>, ceux qui n\u2019ont rien \u00e0 craindre pour eux-m\u00eames seraient insensibles \u00e0 la piti\u00e9: conform\u00e9ment \u00e0 la th\u00e9orie des caract\u00e8res, la construction correcte d\u2019une \u00e9motion d\u00e9pend d\u2019une bonne analyse de l\u2019auditoire.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement que <strong>la distance<\/strong> entre <strong>A<\/strong> et <strong>B<\/strong> soit calibr\u00e9e correctement: \u00abon n\u2019\u00e9prouve plus de piti\u00e9 quand la chose terrible est proche de soi\u00bb (id.): on a piti\u00e9 d\u2019un enfant qui souffre, on est \u00e9pouvant\u00e9 s\u2019il s\u2019agit de sa fille. La proximit\u00e9 est une notion culturelle-anthropologique, accessible au langage (voir chapitre 9, l\u2019importance de la dimension \u201cdistance\u201d dans la construction de l\u2019\u00e9motion).<br \/>\nLe travail du locuteur est de produire un sentiment de piti\u00e9 chez<strong> A<\/strong> vis-\u00e0-vis de <strong>B<\/strong>, sachant<br \/>\nque le locuteur peut \u00eatre <strong>B<\/strong> lui-m\u00eame, qui tente de s\u2019autopersuader, de justifier sa duret\u00e9,\u00a0 son ingratitude.<br \/>\nLa fortune litt\u00e9raire des discours producteurs de piti\u00e9 est immense.<\/p>\n<p><strong>En r\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de faire \u0153uvre de psychologue et de typifier les \u00e9motions dans toute leur finesse, ni de romancier, en sp\u00e9cifiant minutieusement les \u00e9motions dans leur contexte.<br \/>\nLa rh\u00e9torique s\u2019attache \u00e0 construire ou \u00e0 d\u00e9truire par le discours une pouss\u00e9e \u00e9motionnelle, dans un groupe particulier. Il ne s\u2019agit pas de dire ce que sont la col\u00e8re ou le calme, mais de voir comment on construit un discours susceptible de mettre en col\u00e8re ou de calmer. C\u2019est pourquoi le point de vue rh\u00e9torique impose d\u2019utiliser non pas des substantifs, comme nous l\u2019avons fait au paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent, mais des pr\u00e9dicats d\u2019action pour parler des \u00e9motions dans une perspective discursive:<\/p>\n<p>Mettre en col\u00e8re VS calmer<br \/>\nFaire peur \/ rassurer<br \/>\nFaire honte \/ combattre, braver, la honte<br \/>\nConstruire de la gratitude \/ prouver qu\u2019on ne doit rien<br \/>\nInspirer des sentiments d\u2019amiti\u00e9 \/ rompre les liens de l\u2019amiti\u00e9,<br \/>\nInspirer la col\u00e8re et la haine \/ ramener au calme<br \/>\nFaire piti\u00e9 \/ pousser \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence, au m\u00e9pris et \u00e0 l\u2019indignation<br \/>\nSusciter de la rivalit\u00e9, de la jalousie, de l\u2019envie \/ inspirer un d\u00e9sir<br \/>\nde saine comp\u00e9tition (\u00e9mulation)<\/p>\n<p>On est enti\u00e8rement dans le champ de l\u2019action discursive.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE PATHOS, OU LA PREUVE PAR L\u2019\u00c9MOTION Ce module rappelle l\u2019importance du concept rh\u00e9torique de pathos, qui fonde le premier traitement syst\u00e9matique de l\u2019\u00e9motion en discours. Dans la tradition de la Rh\u00e9torique d\u2019Aristote, le pathos est constitu\u00e9 d\u2019un ensemble de couples d\u2019\u00e9motions oppos\u00e9es. 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