{"id":1798,"date":"2021-04-18T10:57:31","date_gmt":"2021-04-18T08:57:31","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1798"},"modified":"2024-11-03T18:48:02","modified_gmt":"2024-11-03T17:48:02","slug":"logos-pathos-ethos-fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logos-pathos-ethos-fr\/","title":{"rendered":"Logos &#8211; Pathos &#8211; \u00c9thos"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>LOGOS \u2013 \u00c9THOS \u2013 PATHOS<\/strong><\/span><\/h1>\n<p>Selon l&rsquo;autorepr\u00e9sentation traditionnelle de la rh\u00e9torique argumentative, la persuasion n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9tape sur le chemin de la d\u00e9cision et de l&rsquo;action. Pour cela, elle mobilise trois moyens de pression sur son auditoire, les \u201cpreuves\u201d dites logo-iques, \u00e9thotiques et path\u00e9miques sont les trois moyens de pression possibles sur l&rsquo;auditoire ; seul le logos produit des arguments propositionnels<\/p>\n<p>Les th\u00e9ories de l&rsquo;argumentation rh\u00e9torique orient\u00e9es vers la persuasion et l&rsquo;action mettent au premier plan la construction et la gestion strat\u00e9gique des personnes, de leurs int\u00e9r\u00eats, valeurs et \u00e9motions. Sous sa forme la plus accomplie, la rh\u00e9torique se donne comme une technique du discours visant \u00e0 <strong><span style=\"background-color: #ffff99;\">d\u00e9clencher une action<\/span> <\/strong>: faire penser, faire dire, faire \u00e9prouver et, finalement, <em>faire faire<\/em>. C\u2019est l\u2019action accomplie qui fournit l\u2019ultime crit\u00e8re de la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/persuasion\/\">persuasion<\/a> r\u00e9ussie, qu\u2019on r\u00e9duirait ind\u00fbment \u00e0 un simple \u00e9tat mental, \u00e0 une \u201cadh\u00e9sion de l\u2019esprit\u201d. On ne peut pas dire que le juge rh\u00e9torique a \u00e9t\u00e9 persuad\u00e9 s\u2019il ne se prononce pas en faveur de la partie qui l\u2019a convaincu.<br \/>\nLes liens entre <span style=\"background-color: #ffff99;\">conviction et action<\/span> sont loin d&rsquo;\u00eatre clairs. On raconte qu\u2019un parlementaire de la troisi\u00e8me R\u00e9publique r\u00e9pondit \u00e0 quelqu\u2019un qui avait entrepris de le convaincre : \u201c<em>vous pouvez tout \u00e0 fait changer mon opinion, mais vous ne changerez pas mon vote<\/em>\u201d : cette boutade manifeste bien la diff\u00e9rence entre les d\u00e9terminants de la repr\u00e9sentation et ceux de l\u2019acte.<\/p>\n<p>Pour atteindre ses buts \u2013 <em>faire croire, orienter la volont\u00e9, d\u00e9terminer l\u2019action<\/em>, dans la mesure du possible \u2013 la rh\u00e9torique exploite <span style=\"background-color: #ffff99;\">trois types d&rsquo;instruments de <em>persuasion<\/em><\/span>\u00a0(Grec <em>pistis, <\/em>\u201cmoyens de pression\u201d). Ces voies vers la persuasion constituent les <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/preuves-techniques\/\">\u201c<em>preuves techniques<\/em>\u201d<\/a> qui d\u00e9finissent son domaine propre. Aristote distingue trois types de preuves techniques :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Parmi les moyens de persuasion, fournis par le moyen du discours, il y a trois esp\u00e8ces. Les uns, en effet, r\u00e9sident dans le caract\u00e8re (<em>\u00e8thos<\/em>) de celui qui parle, les autres dans telle ou telle dispositions (<em>diatheinai p\u00f4s<\/em>), les autres dans le discours (<em>logos<\/em>) lui-m\u00eame, par le fait qu&rsquo;il d\u00e9montre ou para\u00eet d\u00e9montrer. (<em>Rh\u00e9t<\/em>., I, 2, 1356a1; Chiron, p. 126)<\/span><\/p>\n<p>Les preuves \u201c<em>logo-iques<\/em>\u201d sont de type discursif et para-discursif, les preuves <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\"><em>\u00e9thotiques<\/em><\/a> et <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathos-preuve\/\"><em>path\u00e9miques<\/em><\/a> mobilisent en outre toutes les ressources\u00a0 de la s\u00e9miotique du corps. La mise en parall\u00e8le \u201c\u00e9thos, pathos, logos\u201d pousse \u00e0 assimiler les trois types de preuves, ce qui am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9finir la preuve rh\u00e9torique, l&rsquo;argument (<em>pistis<\/em>), comme <strong><span style=\"background-color: #ffff99;\"><em>tout moyen de pression, verbal ou paraverbal,<\/em> <\/span><\/strong>capable d&rsquo;induire une croyance et d&rsquo;amener \u00e0 une action. Le discours rh\u00e9torique est d\u00e9fini par ses effets perlocutoires (attach\u00e9e aux effets non linguistiques de la parole).<br \/>\nCette apparente unit\u00e9 fonctionnelle masque <span style=\"background-color: #ffff99;\">la diff\u00e9rence structurelle qui oppose ces trois formes \u201cd&rsquo;arguments\u201d.<\/span> Comme la construction de la personne (\u00e9thos), l&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion (pathos) diffuse sur tout le discours, alors que les preuves li\u00e9es au logos par exemple,\u00a0 l&rsquo;argument par les cons\u00e9quences ont n\u00e9cessairement une forme verbale.<\/p>\n<p>Cic\u00e9ron assigne trois buts \u00e0 l\u2019orateur : prouver, plaire, \u00e9mouvoir (<em>probare, conciliare, movere<\/em>) <u>(<\/u><em>De l\u2019or<\/em>., II, XXVII, 115 et note ; p. 53). <em>Prouver <\/em>rel\u00e8ve du logos ; <em>conciliare<\/em>, traduit par \u201cplaire\u201d, de l\u2019\u00e9thos, et <em>\u00e9mouvoir<\/em>, du pathos.<br \/>\nLe discours doit d\u2019abord enseigner par le <em>logos<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire <em>informer <\/em>(raconter, narrer) et <em>argumenter, <\/em>V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/invention\/\"><em>Invention<\/em><\/a><em>.<\/em> Cet enseignement emprunte la voie intellectuelle vers la persuasion, celle de la preuve et de la d\u00e9duction. <span style=\"background-color: #ffff99;\">Mais information et argumentation sont, d\u2019une part, <strong>menac\u00e9es par <em>l\u2019ennui <\/em>et <em>l\u2019incompr\u00e9hension<\/em>,<\/strong><\/span> il faut donc, donner aux auditeurs des indices <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/indirect-arg\/\">indirects<\/a> (mais en pratique d\u00e9cisifs) de v\u00e9rit\u00e9 : c&rsquo;est la fonction de l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\"><em>\u00e9tho<\/em><em>s<\/em><\/a>\u00a0(\u201c<em>tu ne comprends rien, mais tu peux me faire confiance\u2026<\/em>\u201d). D\u2019autre part, elles ne suffisent pas \u00e0 <strong>d\u00e9clencher le \u201cpassage \u00e0 l\u2019acte\u201d,<\/strong> d\u2019o\u00f9 le recours au <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/5306-2\/\"><em>pathos<\/em><\/a>. Il ne suffit pas de voir le bien, il faut encore le vouloir ; les <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/emotion\/\">stimuli \u00e9motionnels<\/a> quasi physiques, qui constituent le <em>pathos<\/em> sont les d\u00e9terminants de la volont\u00e9.<\/p>\n<p>La preuve logo-iques est consid\u00e9r\u00e9e sinon comme objective, du moins la seule des trois pouvant servir de preuve au sens propre du terme. En effet, elle remplit, au moins partiellement, <strong><span style=\"background-color: #ffff99;\">la condition propositionnelle du raisonnement<\/span> <\/strong>\u2014 \u00eatre formul\u00e9 dans un \u00e9nonc\u00e9 <em>identifiable<\/em>, pouvant \u00eatre <em>\u00e9valu\u00e9<\/em> plus ou moins ind\u00e9pendamment de la conclusion qu&rsquo;il soutient \u2014, ce qui la rend ouvert \u00e0 la <em>r\u00e9futation<\/em>. En contraste, les preuves path\u00e9miques et \u00e9thotiques sont diffuses, et exprim\u00e9es par le biais des canaux signifiants non verbaux, et sont donc <span style=\"background-color: #ffff99;\">difficilement accessibles \u00e0 la r\u00e9futation verbale<\/span>. Ceci explique peut-\u00eatre pourquoi les\u00a0 textes classiques insistent sur la sup\u00e9riorit\u00e9 pratique des preuves \u00e9thotiques et path\u00e9miques sur les preuves logo-iques, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/persuasion\/\">Persuasion<\/a>.<\/p>\n<p>Afin de construire des repr\u00e9sentations <span style=\"background-color: #ffff99;\"><em>objectives<\/em><\/span> du monde, <span style=\"background-color: #ffff99;\">les th\u00e9ories de l&rsquo;argumentation orient\u00e9es vers la construction des connaissances<\/span> focalisent <em>sur les objets du d\u00e9bat<\/em> : (d\u00e9finitions et cat\u00e9gorisations ; environnements des faits ; indices probables et n\u00e9cessaires\u00a0; r\u00e9seaux causaux et analogiques, etc.), et <em>sur la fonction repr\u00e9sentationnell<\/em>e du langage et du discours (d\u00e9finitions bien construites et univoques, \u00e9nonc\u00e9s sans ambigu\u00eft\u00e9, etc.). En termes rh\u00e9toriques, il s&rsquo;agit d&rsquo;aligner le logos \u201ctechnique\u201d sur le logos \u201cnon technique\u201d, en d&rsquo;autres termes, de <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/subjectivite\/\">d\u00e9subjectiviser<\/a> le logos.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LOGOS \u2013 \u00c9THOS \u2013 PATHOS Selon l&rsquo;autorepr\u00e9sentation traditionnelle de la rh\u00e9torique argumentative, la persuasion n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9tape sur le chemin de la d\u00e9cision et de l&rsquo;action. 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