{"id":1807,"date":"2021-04-18T11:10:30","date_gmt":"2021-04-18T09:10:30","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1807"},"modified":"2024-11-07T09:42:01","modified_gmt":"2024-11-07T08:42:01","slug":"mepris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/mepris\/","title":{"rendered":"M\u00e9pris, Arg. du \u2013"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Arg. du M\u00c9PRIS<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;argument du m\u00e9pris <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/maximisation\/\">minimise<\/a> l&rsquo;argument de l&rsquo;adversaire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ignorer totalement. Si l&rsquo;argument m\u00e9pris\u00e9 se d\u00e9nonce, et du m\u00eame coup, d\u00e9nonce celui qui l&rsquo;utilise, alors, pourquoi ne pas contribuer \u00e0 sa diffusion pour discr\u00e9diter le groupe des opposants ? Mais rien n&rsquo;est moins partag\u00e9 que l&rsquo;\u00e9vidence.<\/p>\n<h1><span style=\"font-size: 14pt; color: #0000ff;\">1. Le coup du m\u00e9pris<\/span><\/h1>\n<p>Les formes standard de r\u00e9futation reposent sur l\u2019examen de la teneur du discours rejet\u00e9, ou sur des consid\u00e9rations plus ou moins pertinentes li\u00e9es \u00e0 la personne qui le tient. M\u00eame dans ce dernier cas, le rejet est fond\u00e9 sur quelque motif, aussi faible soit-il.<br \/>\nLa rh\u00e9torique ancienne d\u00e9finit <strong>l&rsquo;<em>apodioxis<\/em> <\/strong>comme le rejet d&rsquo;un argument d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0enfantin\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9videmment absurde, pratiquement nul\u00a0\u00bb (Dupriez 1984, <em>Apodioxis<\/em>\u00a0; Molini\u00e9 1992, <em>Apodioxis<\/em>) ; V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/maximisation\/\">Minimisation<\/a>. C\u2019est ce que dit l\u2019expression \u201c<em>sans commentaire<\/em>\u201d, par laquelle on se dispense de toute r\u00e9futation argument\u00e9e, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathetique-arg\/\">Path\u00e9tique<\/a><strong>. <\/strong>Elle correspond \u00e0 la lettre au sens du mot grec <em>apodioxis<\/em> \u201cexpulsion\u201d (Bailly, [apodioxeis]\u00a0; l&rsquo;argument de l&rsquo;opposant est \u201c\u00e9ject\u00e9\u201d.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;argument du m\u00e9pris<\/em>, qu&rsquo;il vaudrait mieux appeler <em>coup du m\u00e9pris<\/em>, r\u00e9pond au discours de l&rsquo;opposant par une r\u00e9plique \u00e0 la limite de la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/refutation\/\">r\u00e9futation<\/a> et de la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/destruction\/\">destruction<\/a>. Le locuteur refuse de contre-argumenter en d\u00e9clarant que l&rsquo;argumentation propos\u00e9e s&rsquo;auto-r\u00e9fute ; que sa mauvaise qualit\u00e9 suffit \u00e0 la d\u00e9truire. C&rsquo;est la r\u00e9action de l\u2019oncle Toby, \u00ab\u00a0sifflant une demi-douzaine de mesures de Lillabullero\u00a0\u00bb, <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ab-ad-ex\/\">V. <em>Ab<\/em> \u2014, <em>ad<\/em> \u2014, <em>ex<\/em> \u2014.<\/a><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Tes arguments sont insuffisants, mis\u00e9rables, minables.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Je ne ferai pas \u00e0 votre expos\u00e9 l\u2019honneur d\u2019une r\u00e9futation.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Ce que vous dites n\u2019est m\u00eame pas faux.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Je ne me charge point de r\u00e9pondre aux pauvret\u00e9s verbeuses, si plaisantes quelquefois par le non-sens, mais si m\u00e9prisables par l&rsquo;intention, que de petites femmes et de petits hommes d\u00e9bitent ridiculement sur l&rsquo;\u00e9pouvantable mot d&rsquo;<em>\u00e9galit\u00e9<\/em>. Ces malveillantes pu\u00e9rilit\u00e9s n&rsquo;auront qu&rsquo;un temps, et ce temps pass\u00e9, un \u00e9crivain serait bien honteux d&rsquo;avoir employ\u00e9 sa plume \u00e0 r\u00e9futer de pitoyables radotages, qui \u00e9tonneraient alors ceux-m\u00eames qui s&rsquo;en honorent aujourd&rsquo;hui et leur feraient dire avec d\u00e9dain\u00a0: <em>Mais cet auteur nous prend donc pour des imb\u00e9ciles\u00a0!<br \/>\n<\/em>Emmanuel Siey\u00e8s, <em>Qu&rsquo;est-ce que le Tiers \u00c9tat\u00a0?<\/em> 1789.<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>En fran\u00e7ais le mot <strong><em>argutie<\/em><\/strong> \u00ab subtilit\u00e9 de langage, raison sp\u00e9cieuse qui dissimule l&rsquo;absence r\u00e9elle d&rsquo;arguments <span style=\"background-color: #ffff99;\">s\u00e9rieux<\/span> \u00bb (Larousse)\u00a0 d\u00e9signe pr\u00e9cis\u00e9ment un tel argument m\u00e9prisable.<\/p>\n<h1><span style=\"font-size: 14pt; color: #0000ff;\"><strong>2. Argument <em>ad lapidem <\/em>(anglais, <em>argument by dismissal<\/em>)<em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/h1>\n<p>Cette man\u0153uvre, parfois d\u00e9sign\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tiquette latine, <em>ad lapidem<\/em> (de <em>lapis<\/em>, \u201cpierre\u201d), qui fait allusion \u00e0 un bon mot de Samuel Johnson (1709-1784). Selon la philosophie spiritualiste de Berkeley il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objets mat\u00e9riels dans le monde, mais seulement des esprits et des id\u00e9es dans ces esprits. On raconte que le Dr. Johnson, \u00e0 qui on demandait son avis sur cette th\u00e8se, r\u00e9pondit en donnant un coup de pied \u00e0 une grosse pierre en disant \u201c<em>C&rsquo;est comme \u00e7a que je la r\u00e9fute\u00a0!<\/em>\u201d (d&rsquo;apr\u00e8s Wikipedia, <em>Ad lapidem<\/em>). On prouve l&rsquo;existence de la pierre en lui donnant un coup de pied (en tr\u00e9buchant\u00a0?), et comme le dit Engels, \u00ab <em>la preuve du pudding, c&rsquo;est qu&rsquo;on le mange\u00a0<\/em>\u00bb. L&rsquo;\u00e9vidence se passe d&rsquo;arguments, et on ne s&rsquo;abaisserait en la justifiant. Mais l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;un n&rsquo;est pas forc\u00e9ment l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;autre.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff; font-size: 14pt;\"><strong>3. De l&rsquo;insignifiance \u00e0 l&rsquo;autor\u00e9futation <\/strong><\/span><\/h2>\n<p>L\u2019opposant qui choisit de m\u00e9priser l&rsquo;argument de l&rsquo;adversaire peut \u00eatre de parfaite bonne foi, mais il peut s&rsquo;engager dans des situations paradoxales. Il suffirait d\u2019entendre ce que dit tel parti extr\u00e9miste pour en \u00eatre scandalis\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">On devrait donner la parole plus souvent \u00e0 Untel, plus il parlera, moins il aura de voix.<\/span><\/p>\n<p>Autrement dit, puisque le discours de l&rsquo;adversaire, s&rsquo;autod\u00e9truit, il faut qu&rsquo;il se diffuse. Cette strat\u00e9gie, inspir\u00e9e davantage par la confiance en soi du locuteur que par l&rsquo;\u00e9vidence des choses, a ses dangers.<br \/>\n\u00c0 la limite, il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 diffuser la parole de l&rsquo;adversaire pour la r\u00e9futer. Le m\u00e9canisme touche \u00e0 celui de l\u2019ironie : c\u2019est le cas extraordinaire que rapporte Wayne Booth, \u00e0 propos de manifestations ayant eu lieu dans son universit\u00e9, o\u00f9 s\u2019affrontaient deux groupes d\u2019\u00e9tudiants :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u00c0 un moment, les choses ont si mal tourn\u00e9 que chacune des deux parties s\u2019est retrouv\u00e9e en train de dupliquer les attaques de l\u2019autre et de les diffuser par milliers de copies, sans commentaires. Chacun estimait que la rh\u00e9torique de l\u2019autre \u00e9tait devenue si absurde qu\u2019elle se d\u00e9non\u00e7ait elle-m\u00eame [<em>as<\/em><em> if the other side\u2019s rhetoric was self-damning, so absurd had it become<\/em>]. Booth, 1974, p. 9<\/span><\/p>\n<p>L\u2019opposant ne peut pas entendre une telle forme de disqualification, qui est destin\u00e9e aux tiers. Utilis\u00e9e dans les formes particuli\u00e8rement pol\u00e9miques de l\u2019argumentation, elle exclut toute n\u00e9gociation et tout accord, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/conditions-de-discussion\/\">Conditions de discussion<\/a>.<\/p>\n<p>Du point de vue de l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00e9thos<\/a>, l\u2019\u00e9motion affich\u00e9e est de l&rsquo;ordre du <em>m\u00e9pris<\/em>\u00a0indign\u00e9. Par r\u00e9action, le locuteur pr\u00eate le flanc \u00e0 l\u2019accusation d\u2019arrogance (<em>ad superbiam<\/em>), et le jeu du m\u00e9pris se d\u00e9veloppe, le peuple m\u00e9prisant ceux qui le m\u00e9prisent, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ad-populum\/\"><em>Ad populum<\/em><\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cit\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9d. Flammarion, Paris, 1988, note p. 174-175.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arg. du M\u00c9PRIS L&rsquo;argument du m\u00e9pris minimise l&rsquo;argument de l&rsquo;adversaire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ignorer totalement. Si l&rsquo;argument m\u00e9pris\u00e9 se d\u00e9nonce, et du m\u00eame coup, d\u00e9nonce celui qui l&rsquo;utilise, alors, pourquoi ne pas contribuer \u00e0 sa diffusion pour discr\u00e9diter le groupe des opposants ? Mais rien n&rsquo;est moins partag\u00e9 que l&rsquo;\u00e9vidence. 1. Le coup du m\u00e9pris Les formes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1807","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1807","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1807"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1807\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12425,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1807\/revisions\/12425"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1807"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1807"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1807"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}