{"id":1863,"date":"2021-04-18T18:55:30","date_gmt":"2021-04-18T16:55:30","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1863"},"modified":"2024-11-12T18:24:42","modified_gmt":"2024-11-12T17:24:42","slug":"ornement-argument","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ornement-argument\/","title":{"rendered":"Ornement &#8211; Argument"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>ORNEMENT vs ARGUMENT<\/strong><\/span><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On oppose \u00e0 un discours <strong><em>argumentatif <\/em><\/strong>id\u00e9alement sans sujet ni figure, le\u00a0 discours orn\u00e9, figur\u00e9, ou <strong><em>rh\u00e9torique <\/em><\/strong>dont les Belles-Lettres sont l&rsquo;expression par excellence ; Locke (1690)\u00a0 prononce contre la rh\u00e9torique, \u00ab puissant instrument d&rsquo;erreur et de fourberie \u00bb, un jugement sans appel, mais qui \u00e9quivaut \u00e0 un rejet du langage naturel.<\/p>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\">L\u2019opposition entre une\u00a0 <em>rh\u00e9torique des arguments<\/em> et une <em>rh\u00e9torique des <a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/figures\/\">figures<\/a><\/em>\u00a0<\/span> est une survivance et une exacerbation de la distinction entre les deux moments fondamentaux de la rh\u00e9torique ancienne, l\u2019invention, la mise au point des arguments et leur expression. Cette rupture entre <em>inventio <\/em>et <em>elocutio <\/em>est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9e \u00e0 <strong>Ramus<\/strong> <span class=\"ILfuVd\" lang=\"fr\"><span class=\"hgKElc\">(1515-1572 ; voir Ong, 1958)<\/span><\/span>, <span style=\"background-color: #ffff99;\">pour qui seules l\u2019<em>elocutio <\/em>et l\u2019<em>actio <\/em>rel\u00e8veraient du langage rh\u00e9torique\u00a0; l\u2019<em>inventio<\/em>, la <em>dispositio <\/em>et la <em>memoria <\/em>devraient \u00eatre r\u00e9affect\u00e9es, en toute ind\u00e9pendance, \u00e0 la pens\u00e9e, nous dirions \u00e0 la cognition.<\/span> Cette opposition, devenue populaire, entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un discours orn\u00e9, figur\u00e9, ou <em>rh\u00e9torique <\/em>dont les Belles-Lettres sont par excellence l&rsquo;expression, et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, un discours <em>argumentatif <\/em>qui serait id\u00e9alement sans sujet ni figure, a \u00e9t\u00e9 fortement r\u00e9affirm\u00e9e par Locke, dans la perspective moderne d\u2019un discours visant \u00e0 la pr\u00e9servation et au d\u00e9veloppement de la v\u00e9rit\u00e9 et du savoir. Le discours <em>patient<\/em> de la <em>raison<\/em> rejette le discours <em>agent<\/em> du <em>plaisir<\/em>.<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">1. La rh\u00e9torique massivement fallacieuse<\/span><\/h2>\n<p>Socrate, principalement dans le <em>Gorgias <\/em>et le <em>Ph\u00e8dre <\/em>de Platon, rejette, au nom de la <em><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vrai-veridique\/\">v\u00e9rit\u00e9<\/a> de l\u2019\u00eatre<\/em>, l\u2019entreprise de la rh\u00e9torique, comme art de construire du <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vrai-vs-probable\/\"><em>vraisemblable <\/em><\/a><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/persuasion\/\">persuasif<\/a>, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/probable-vraisemblable\/\">Probable<\/a>. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, cette critique multis\u00e9culaire a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par une nouvelle vague de critiques condamnant le discours rh\u00e9torique <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/fallacieux-i-les-mots\/\">fallacieux<\/a> au nom de la v\u00e9rit\u00e9 scientifique. La rh\u00e9torique est reconstruite comme un discours dont l\u2019ornementation dissimule la fausset\u00e9 et la tromperie, un discours de passion, un peu pervers, un peu magique.<\/p>\n<p>L<span style=\"background-color: #ffff99;\">es figures et les tropes sont d\u00e9finis dans le cadre de l\u2019<em>ornatus<\/em>, puis, par synecdoque, l\u2019<em>elocutio <\/em>est assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019<em>ornatus<\/em>, et finalement la rh\u00e9torique elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019<em>elocutio<\/em>.<\/span> C\u2019est cette vision ornementale d\u2019une rh\u00e9torique du <em>fard <\/em>qu\u2019on a oppos\u00e9e au discours <em>sain et naturel <\/em>de l\u2019argumentation. Le texte suivant de Locke est une r\u00e9f\u00e9rence du discours \u201ccontre le langage orn\u00e9\u201d.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Les termes figur\u00e9s doivent \u00eatre compt\u00e9s pour un abus de langage.<br \/>\n<\/em><span style=\"background-color: #ffff99;\">Comme ce qu\u2019on appelle esprit et imagination est mieux re\u00e7u dans le monde que la connaissance r\u00e9elle et la v\u00e9rit\u00e9 toute s\u00e8che<\/span>, on aura de la peine \u00e0 regarder les termes figur\u00e9s et les allusions comme une imperfection et un v\u00e9ritable abus du langage. J\u2019avoue que dans des discours o\u00f9 nous cherchons plut\u00f4t \u00e0 plaire et \u00e0 divertir qu\u2019\u00e0 instruire et \u00e0 perfectionner le jugement, on ne peut gu\u00e8re faire passer pour une faute <span style=\"background-color: #ffff99;\">ces sortes d\u2019ornements qu\u2019on emprunte des figures<\/span>. Mais si nous voulons repr\u00e9senter les choses comme elles sont, il faut reconna\u00eetre qu\u2019except\u00e9 l\u2019ordre et la nettet\u00e9, tout l\u2019art de la rh\u00e9torique, toutes ces applications artificielles et figur\u00e9es qu\u2019on fait des mots, suivant les r\u00e8gles que l\u2019\u00e9loquence a invent\u00e9es, <span style=\"background-color: #ffff99;\">ne servent \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 insinuer de fausses id\u00e9es dans l\u2019esprit, qu\u2019\u00e0 \u00e9mouvoir les passions et \u00e0 s\u00e9duire par l\u00e0 le jugement<\/span>\u00a0; de sorte que ce sont en effet de parfaites supercheries. Et par cons\u00e9quent, l\u2019art oratoire a beau faire recevoir ou m\u00eame admirer tous ces diff\u00e9rents traits, il est hors de doute qu\u2019il faut les \u00e9viter absolument dans tous les discours qui sont destin\u00e9s \u00e0 l\u2019instruction, et l\u2019on ne peut les regarder que comme de grands d\u00e9fauts dans le langage ou la personne qui s\u2019en sert, partout o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 est int\u00e9ress\u00e9e. Il serait inutile de dire ici quels sont ces tours d\u2019\u00e9loquence, et de combien d\u2019esp\u00e8ces diff\u00e9rentes il y en a ; les livres de rh\u00e9torique dont le monde est abondamment pourvu, en informeront ceux qui l\u2019ignorent. Une seule chose que je ne puis m\u2019emp\u00eacher de remarquer, c\u2019est combien les hommes prennent peu d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la conservation et \u00e0 l\u2019avancement de la v\u00e9rit\u00e9, puisque c\u2019est \u00e0 ces arts fallacieux qu\u2019on donne le premier rang et les r\u00e9compenses. <span style=\"background-color: #ffff99;\">Il est, dis-je, bien visible que les hommes aiment beaucoup \u00e0 tromper et \u00e0 \u00eatre tromp\u00e9s, puisque la rh\u00e9torique, ce puissant instrument d\u2019erreur et de fourberie, a ses professeurs gag\u00e9s, qu\u2019elle est enseign\u00e9e publiquement, et qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9 en grande r\u00e9putation dans le monde.<\/span> Cela est si vrai, que je ne doute pas que ce que je viens de dire contre cet art, ne soit regard\u00e9 comme l\u2019effet d\u2019une extr\u00eame audace, pour ne pas dire d\u2019une brutalit\u00e9 sans exemple. <span style=\"background-color: #ffff99;\">Car l\u2019\u00e9loquence, semblable au beau sexe,<\/span> a des charmes trop puissants pour qu\u2019on puisse \u00eatre admis \u00e0 parler contre elle ; et c\u2019est en vain qu\u2019on d\u00e9couvrirait les d\u00e9fauts de certains arts d\u00e9cevants par lesquels <span style=\"background-color: #ffff99;\">les hommes prennent plaisir \u00e0 \u00eatre tromp\u00e9s. (<\/span><\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Locke [1690], p. 413)<\/span><\/p>\n<p>De Man a montr\u00e9 que l\u2019enjeu est ici le statut de la langue naturelle en science et en philosophie: \u00ab il semble parfois que <span style=\"background-color: #ffff99;\">Locke aurait souhait\u00e9 par-dessus tout pouvoir se passer [<em>forget about<\/em>] compl\u00e8tement du langage, aussi difficile que cela puisse para\u00eetre dans un essai consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019entendement<\/span> \u00bb (1972, p. 12). Cette remarque n\u2019invalide cependant pas directement la th\u00e8se de Locke, car il est possible de consid\u00e9rer que cette th\u00e8se porte sur le langage ordinaire et sur sa capacit\u00e9 \u00e0 porter les nouvelles formes math\u00e9matiques de la connaissance scientifique. De fait, depuis l\u2019\u00e9poque moderne, le langage naturel n\u2019est pas, ou n\u2019est plus, le langage dans lequel on pr\u00e9serve et d\u00e9veloppe la v\u00e9rit\u00e9 et le savoir, la science se d\u00e9veloppant dans les langages du calcul. N\u00e9anmoins, de Man souligne \u00e0 juste titre le caract\u00e8re contradictoire d\u2019une entreprise qui se proposerait d\u2019analyser le raisonnement en langue naturelle en condamnant le langage naturel.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. Contre le discours orn\u00e9<\/span><\/h2>\n<p>On peut sch\u00e9matiser comme suit le discours <em>contre les figures<\/em>, qui les assimile \u00e0 des ornements pour conclure \u00e0 leur caract\u00e8re fallacieux.<\/p>\n<p><strong>Fallacie de <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pertinence\/\"><em>pertinence<\/em><\/a> et de contradiction<br \/>\n<\/strong>Dans le discours argumentatif, toute d\u00e9coration est un divertissement, c\u2019est-\u00e0-dire un <strong><em>distracteur<\/em><\/strong>. Elle fait du locuteur un histrion (<em>ad ludicrum<\/em>), qui, pour amuser l&rsquo;auditoire (<em>ad populum<\/em>), sacrifie la r\u00e9flexion au plaisir<strong>.<br \/>\n<\/strong>En cons\u00e9quence, les figures manifestent un <strong>d\u00e9faut de pertinence<\/strong>, elles sont fallacieuses par <em>ignorance de la question<\/em>, elles mettent l&rsquo;auditeur sur une <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/fausse-piste\/\"><em>fausse piste<\/em><\/a>.<br \/>\nLes figures violent sciemment trois principes de <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/cooperation\/\">coop\u00e9ration<\/a> (Grice), elles p\u00e8chent contre les maximes de qualit\u00e9, de quantit\u00e9 et de pertinence ; pour reprendre le mot de Klinkenberg, elles sont <em>impertinentes<\/em>. Qui plus est, elles jouent avec la contradiction : la m\u00e9taphore est \u00e0 la fois vraie et fausse, coupable d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et d\u2019erreur cat\u00e9gorielle (Klinkenberg 1970, p. 129-130). Le plaisir qu\u2019on y prend est <em>malin<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Fallacies de verbiage et d\u2019\u00e9motion<br \/>\n<\/strong> Le concept classique de <em>discours figur\u00e9 <\/em>est fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e de choix possible entre deux cha\u00eenes de signifiants pour exprimer <em>la m\u00eame chose <\/em>: m\u00eame \u00eatre, m\u00eame contenu s\u00e9mantique ou m\u00eame \u00e9tat du monde. Ceci pr\u00e9suppose u<span style=\"background-color: #ffff99;\">ne surabondance des mots<\/span> par rapport aux strictes exigences de l\u2019expos\u00e9 et du d\u00e9veloppement de la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019existence de plusieurs cha\u00eenes de formes expressives \u00e9quivalentes est \u00e0 la source de la fallacie de <strong><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/verbiage\/\"><em>verbiage<\/em><\/a><\/strong>, une sorte de m\u00e9ta-fallacie qui ouvre la voie \u00e0 toutes les autres.<br \/>\nEn outre, la forme figur\u00e9e favorise syst\u00e9matiquement le <strong><em>compliqu\u00e9 <\/em><\/strong>(le rare, le recherch\u00e9&#8230;) par rapport \u00e0 la fa\u00e7on de parler ordinaire, simple et directe ; et si c\u2019est la forme <em>simple <\/em>qui est choisie, elle n\u2019est telle que par une double subtilit\u00e9 : le locuteur simple attend du simple ; le locuteur sophistiqu\u00e9 sait que cette attente sera d\u00e9\u00e7ue et attend du figur\u00e9 ; et, finalement, son attente de second niveau est elle-m\u00eame frustr\u00e9e : on lui donne du simple. <span style=\"background-color: #ffff99;\">Les attentes de l\u2019auditeur ou du lecteur sont perp\u00e9tuellement d\u00e9pass\u00e9es<\/span>. La figure ornementale est d\u00e9cal\u00e9e, elle introduit une diff\u00e9rence et une surprise ; or, par d\u00e9finition, la <strong>surprise<\/strong> suppose une perte de contr\u00f4le, elle est le prodrome d\u2019une \u00e9motion. Elle ouvre ainsi la porte au vaste ensemble des fallacies <em>ad passiones<\/em>, qui condamne les \u00e9motions esth\u00e9tiques comme les autres ; ce lien est explicite dans la citation pr\u00e9c\u00e9dente de Locke.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">3. Le sophisme de la transparence du langage<\/span><\/h2>\n<p>Le langage scientifique est <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ad-judicium\/\"><em><strong>ad judicium<\/strong><\/em><\/a>, (Locke [1690]) il doit garantir un acc\u00e8s direct aux objets et \u00e0 leurs connexions naturelles. Si on souhaite en faire le mod\u00e8le du langage argumentatif ordinaire, ce dernier doit \u00eatre r\u00e9gul\u00e9, sans ambigu\u00eft\u00e9, sans d\u00e9faut ni exc\u00e8s, exactement proportionn\u00e9 \u00e0 la nature des choses en d&rsquo;autres termes, <span style=\"background-color: #ffff99;\">il doit \u00eatre rendu <em>transparent<\/em> et pour cela, priv\u00e9 de son pouvoir figuratif<\/span>. La v\u00e9rit\u00e9 doit sortir nue du puits; les figures qui pr\u00e9tendent l\u2019orner, en fait la voilent. Les ornements sont pires que les fallacies, ils en sont la source et le masque.<br \/>\nLe probl\u00e8me est que les figures sont la chair et l&rsquo;os de l&rsquo;expression quotidienne\u00a0; pour s&rsquo;en d\u00e9barrasser, il faudrait renoncer \u00e0 l\u2019expression justement dite <em>naturelle<\/em>. Cette orientation est en tout cas difficilement compatible avec l\u2019intention affich\u00e9e par les th\u00e9ories de l\u2019argumentation, de dire quelque chose de substantiel sur le discours <em>ordinaire<\/em>, o\u00f9 l\u2019argumentation est n\u00e9cessairement <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/figures\/\"><em>figur\u00e9e<\/em><\/a> et <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/subjectivite\/\"><em>subjective<\/em><\/a><strong>.<\/strong><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">4. Un argument \u00e9tymologique contre la conception d\u00e9corative de l\u2019<em>ornatus<\/em><\/span><\/h2>\n<p>Les figures sont-elles des ornements ? Le mot <em>ornement<\/em>, qu\u2019on attache aux figures, est une copie du substantif latin <em>ornamentum <\/em>(adjectif <em>ornatus<\/em>, verbe <em>ornare<\/em>). Le sens premier de <em>ornamentum <\/em>est :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">appareil, attirail, \u00e9quipement [&#8230;] harnais, collier [&#8230;] armure (<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Gaffiot [1934], <em>Ornamentum<\/em>)<\/span><\/p>\n<p>Ce sens fondamental est se retrouve dans le participe pass\u00e9 adjectif <em>ornatus<\/em>. L&rsquo;expression<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Naves omni genere armorum ornatissimae\u00a0 (<\/em>Jules C\u00e9sar, <em>De bello gallico<\/em> 3, 14, 2)<\/span><\/p>\n<p>se traduit donc par :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">navires abondamment pourvus de tout l\u2019\u00e9quipement n\u00e9cessaire [armes et agr\u00e8s]\n(Gaffiot [1934], <em>Ornatus<\/em>).<\/span><\/p>\n<p>Ainsi, <span style=\"background-color: #ffff99;\">un discours<strong> bien orn\u00e9<\/strong> (<em>ornatus<\/em>) est un discours <strong>bien <em>\u00e9quip\u00e9 <\/em><\/strong>pour remplir sa fonction.<\/span> S\u2019il s\u2019agit d\u2019un discours produit dans le cadre d\u2019une esth\u00e9tique de la d\u00e9coration, on pourra parler d\u2019un discours bien <em>d\u00e9cor\u00e9 <\/em>\u2013 cet adjectif ne sous-entend aucune critique du discours orn\u00e9, ni une aversion de principe pour la recherche du vrai par le beau. Mais, si l\u2019on a affaire \u00e0 une intervention faite dans le cadre d\u2019un choix \u00e0 op\u00e9rer dans les affaires publiques, <span style=\"background-color: #ffff99;\">le discours bien <em>\u00e9quip\u00e9 <\/em>sera un discours bien <\/span><em><span style=\"background-color: #ffff99;\">argument\u00e9<\/span> <\/em>; les arguments font partie des <em>ornamenta <\/em>du discours, c\u2019est-\u00e0-dire de son <em>\u00e9quipement<\/em>.<\/p>\n<p>Cette perspective \u00e9vite d\u2019avoir \u00e0 regrouper les figures sous un m\u00eame \u201cniveau\u201d d\u00e9coratif-communicationnel antagoniste des contenus cognitifs. Les d\u00e9finir comme <em>l\u2019\u00e9quipement<\/em> du discours permettrait de rejoindre la perspective de la logique naturelle, qui peut sans difficult\u00e9 les int\u00e9grer au titre d\u2019instruments de la construction des <em><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/objet-de-discours\/\">objets de discours<\/a> <\/em>et des <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/schematisation\/\"><em>sch\u00e9matisations <\/em><\/a>; la rh\u00e9torique est une <em>s\u00e9mantique du discours<\/em><strong>.<\/strong><\/p>\n<h2>5. Un argument d\u00e9cisif : <em>La m\u00e9diocrit\u00e9 des hommes et des institutions<\/em> rend n\u00e9cessaires les arts du langage (Aristote)<\/h2>\n<p>Dans la <em>Po\u00e9tique<\/em>, Aristote d\u00e9finit la m\u00e9taphore comme \u00ab l&rsquo;application \u00e0 une chose d&rsquo;un nom qui lui est \u00e9tranger par un glissement du genre \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce, de l&rsquo;esp\u00e8ce au genre, de l&rsquo;esp\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce, ou bien selon un rapport d&rsquo;analogie \u00bb (1457b5 ; Magnien, p. 139). Cette d\u00e9finition couvre largement le domaine des figures des mots, dont la m\u00e9taphore est un cas particulier. Les exemples de m\u00e9taphore, au sens contemporain du terme, cit\u00e9s par Aristote sont des m\u00e9taphores proportionnelles, a \/ b :: c \/ d, soit : \u201cbouclier \/ Dyonysos :: coupe \/ Ar\u00e8s\u201d<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Une coupe entretient avec Dionysos le m\u00eame rapport qu&rsquo;un bouclier avec Ar\u00e8s. On dira donc que la coupe est \u201cle bouclier de Dionysos\u201d et que le bouclier est \u201cla coupe d\u2019Ar\u00e8s\u201d ; ou encore, la vieillesse entretient avec la vie le m\u00eame rapport que le soir avec la journ\u00e9e, on dira donc que le soir est \u201c<em>la vieillesse du jour<\/em>\u201d et la vieillesse \u201c<em>le soir de la vie<\/em>\u201d.<br \/>\n1457b20\u00a0; Magnien, p. 140<\/p>\n<p>La <em>Rh\u00e9torique<\/em> traite de la recherche des moyens de persuasion disponibles dans une affaire donn\u00e9e. Ces moyens sont tir\u00e9s du <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathos-ethos-logos\">pathos, de l&rsquo;\u00e9thos et du logos<\/a> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">La persuasion r\u00e9sulte toujours ou bien des sentiments qu&rsquo;\u00e9prouvent les juges eux-m\u00eames, ou bien de l&rsquo;image qu&rsquo;ils se font de l&rsquo;orateur, ou bien d&rsquo;une d\u00e9monstration. (1403b10\u00a0; Chiron, p. 425)<\/p>\n<p>La persuasion par le logos est tir\u00e9e de \u00ab ce qui donne aux faits eux-m\u00eames la capacit\u00e9 de persuader \u00bb (1403b15 ; id., p. 426). <strong>Id\u00e9alement, \u00ab ce qui est juste, c&rsquo;est de d\u00e9battre \u00e0 l&rsquo;aide des faits eux-m\u00eames \u00bb<\/strong> (1404a, id. p. 427), la persuasion \u00e9thotique et path\u00e9mique est alors superflue. <strong>Mais cela n\u2019est pas possible \u00ab \u00e0 cause de la m\u00e9diocrit\u00e9 de la vie politique [\u2026] [et] \u00ab des auditeurs \u00bb<\/strong> (1403a30 ; <em>id.<\/em> p. 427); (1404a5\u00a0; <em>ibid<\/em>.). Il s&rsquo;ensuit que les arts du langage, de l\u2019action et du style \u00ab ont quand m\u00eame un petit quelque chose de n\u00e9cessaire dans tout enseignement\u00a0\u00bb (1404a5\u00a0; <em>ibid<\/em>.) \u2014 mais pas dans la science\u00a0: \u00ab\u00a0personne n&rsquo;en tient compte pour enseigner la g\u00e9om\u00e9trie\u00a0\u00bb (1404b10\u00a0; <em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p>En situation oratoire, <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathos-preuve\/\">pathos<\/a> et <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">ethos<\/a> sont des outils de persuasion efficaces. \u00c0 l&rsquo;oral, la persuasion par l&rsquo;\u00e9motion et l&rsquo;image de soi est produite par l&rsquo;action oratoire, en particulier par la voix, et \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit, par le style, \u00ab car les discours \u00e9crits tirent leur force davantage du style que de la pens\u00e9e \u00bb (1404a15 ; Chiron, p. 428). Et dans tous les discours, en po\u00e9sie comme en prose, c&rsquo;est la m\u00e9taphore (c&rsquo;est-\u00e0-dire la figure) qui a \u00ab le plus grand pouvoir \u00bb (1405a1; Chiron, p. 433); elle donne au langage \u00ab clart\u00e9, agr\u00e9ment et \u00e9tranget\u00e9 \u00bb (1405a1; p. 405). La conclusion g\u00e9n\u00e9rale est claire : la m\u00e9taphore est l&rsquo;arme ultime d&rsquo;une persuasion efficace.<br \/>\nN\u00e9anmoins, selon la <em>Rh\u00e9torique<\/em>, pour \u00eatre efficaces, le travail de l&rsquo;expression \u00ab\u00a0[doit]\u00a0passer inaper\u00e7u\u00a0\u00bb\u00a0; l&rsquo;orateur doit \u00ab faire l&rsquo;effet de parler de fa\u00e7on non pas fabriqu\u00e9e mais naturelle \u00bb (1404b15 ; p. 431), car seul le naturel est persuasif \u2014 la m\u00e9taphore doit concilier \u00e9tranget\u00e9 et naturel.<br \/>\nQuoi qu&rsquo;il en soit, la figure est dite convaincante dans la mesure o\u00f9 elle est astucieusement enfouie dans le discours, ce qui est tout \u00e0 fait oppos\u00e9 au concept baroque moderne de m\u00e9taphore surprenante et brillante, qui soumet les auditeurs par le plaisir qu&rsquo;elle leur procure.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">5. Figures et arguments sont solidaires<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\">Les dictionnaires de rh\u00e9torique litt\u00e9raire<\/span> incluent des entr\u00e9es relevant du champ de l\u2019argumentation. Dans <em>Gradus. Les proc\u00e9d\u00e9s litt\u00e9raires \u2013 Dictionnaire<\/em> de Dupriez (1984), on trouve par exemple, les entr\u00e9es <em>argumentation, argument, d\u00e9duction, enthym\u00e8me, \u00e9pich\u00e9r\u00e8me, exemple, induction, r\u00e9futation, paralogisme, pr\u00e9misse, raisonnement, sophisme<\/em>\u2026 ainsi que divers types d\u2019arguments. Ces concepts de base du champ de l\u2019argumentation ne rel\u00e8vent pas sp\u00e9cifiquement du domaine litt\u00e9raire.<br \/>\nLes figures de rh\u00e9torique sont des variations dans la mani\u00e8re de signifier \u00ab\u00a0qui donnent au discours plus de gr\u00e2ce et de vivacit\u00e9, d\u2019\u00e9clat et d\u2019\u00e9nergie\u00a0\u00bb (Littr\u00e9, <em>Figure<\/em>). La rh\u00e9torique des figures distingue d&rsquo;une part, les figures de <em>mots<\/em> ou tropes, comme la m\u00e9taphore, et, d&rsquo;autre part, les figures de <em>discours<\/em>, comme le parall\u00e9lisme ou l&rsquo;ellipse.<br \/>\n<span style=\"background-color: #ffff99;\">Toute forme d&rsquo;organisation discursive saillante et r\u00e9currente<\/span> peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une figure de discours, \u00e0 commencer par l&rsquo;argumentation ou la description en g\u00e9n\u00e9ral. L&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/enthymeme\/\">enthym\u00e8me<\/a> peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une figure de discours (<em>enthym\u00e9misme<\/em>), ainsi que la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/refutation\/\">r\u00e9futation<\/a>, la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/prolepse\/\"><em>proleps<\/em>e<\/a>, ou encore l&rsquo;<em>antanaclase<\/em> qui renverse les <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/orientation-1\/\"><em>orientations<\/em><\/a>\u00a0<em>argumentatives<\/em>, <em>l&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/analogie-2\/\">analogie<\/a><\/em>, ainsi que tous les sch\u00e8mes argumentatifs, par exemple les figures dites d&rsquo;<em>annomination<\/em> jouant sur les <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/nom-propre\/\"><em>noms propres<\/em><\/a> et <em>l&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/interpretation\/\">interpr\u00e9tation<\/a><\/em>.<br \/>\nLes <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/opposition-figures\/\"><em>figures d\u2019opposition<\/em><\/a> sont toutes directement interpr\u00e9tables comme argumentatives, dans la mesure o\u00f9 elles correspondent \u00e0 divers formats de la confrontation Discours \/ Contre-discours. D\u2019autres types de figures jouent un r\u00f4le dans la construction des sch\u00e8mes argumentatifs. Par exemple, une figure de disposition syntaxique, comme le <em>parall\u00e9lisme<\/em>, peut jouer le r\u00f4le de marqueur d<em>\u2019analogie<\/em>\u00a0ou d\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/antithese-2\/\"><em>antith\u00e8se<\/em><\/a> ; elle caract\u00e9rise l&rsquo;argumentation par <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/k_cas-parallele\/\">le cas parall\u00e8le<\/a>.<br \/>\nM\u00e9taphore, m\u00e9tonymie, synecdoque et ironie sont consid\u00e9r\u00e9es par Burke comme les quatre principaux tropes (\u00ab\u00a0four master tropes\u00a0\u00bb).<br \/>\nLa <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/metaphore\/\">m\u00e9taphore<\/a> comme mod\u00e8le tendant vers l\u2019identification des domaines a une fonction argumentative bien sp\u00e9cifique.<br \/>\nD&rsquo;autre part, il y a une correspondance entre les m\u00e9canismes de la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/metonymie-synecdoque\/\"><em>m\u00e9tonymie<\/em><\/a><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/metonymie-synecdoque\/\"> et de la synecdoque<\/a> et ceux qui l\u00e9gitiment le passage d\u2019un argument \u00e0 une conclusion.<br \/>\nL&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ironie\/\"><em>ironie<\/em><\/a>\u00a0est un cas tr\u00e8s particulier d&rsquo;argumentation, o\u00f9 le locuteur r\u00e9fute une assertion en la r\u00e9p\u00e9tant dans une situation o\u00f9 elle est clairement intenable.<\/p>\n<p>Sans pr\u00e9tendre ramener toutes les figures \u00e0 la situation argumentative, on peut ajouter que la d\u00e9finition rationaliste classique de l\u2019argumentation repose sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019argumenter c\u2019est tenter de faire admettre un discours (la conclusion) sur la base de bonnes raisons (arguments). Or faire admettre, c\u2019est d\u2019abord faire paraphraser et faire r\u00e9p\u00e9ter ; pour faire r\u00e9p\u00e9ter il faut faciliter la m\u00e9morisation, et on peut employer pour cela des figures de sons, des parall\u00e9lismes ou n&rsquo;importe quel autre format d&rsquo;expression.<\/p>\n<p>On en revient \u00e0 la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/fallacieux-2\/\">colombe kantienne<\/a>; <span style=\"background-color: #ffff99;\">les figures semblent faire obstacles \u00e0 l&rsquo;argumentation ; mais si on \u00e9limine les figures, on perd l&rsquo;argumentation.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ORNEMENT vs ARGUMENT &nbsp; On oppose \u00e0 un discours argumentatif id\u00e9alement sans sujet ni figure, le\u00a0 discours orn\u00e9, figur\u00e9, ou rh\u00e9torique dont les Belles-Lettres sont l&rsquo;expression par excellence ; Locke (1690)\u00a0 prononce contre la rh\u00e9torique, \u00ab puissant instrument d&rsquo;erreur et de fourberie \u00bb, un jugement sans appel, mais qui \u00e9quivaut \u00e0 un rejet du langage [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1863","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1863"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12561,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863\/revisions\/12561"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}