{"id":1894,"date":"2021-04-19T10:04:28","date_gmt":"2021-04-19T08:04:28","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1894"},"modified":"2022-03-06T10:23:50","modified_gmt":"2022-03-06T09:23:50","slug":"persuasion-fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/persuasion-fr\/","title":{"rendered":"Persuasion"},"content":{"rendered":"<h2><span style=\"color: #0000ff;\">1. La persuasion comme essence de la rh\u00e9torique<\/span><\/h2>\n<p>Depuis Isocrate et Aristote, la parole rh\u00e9torique argumentative est couramment d\u00e9finie par sa fonction, <em>persuader <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Posons que le rh\u00e9torique est la capacit\u00e9 (<em>dunamis<\/em>) de discerner (<em>the\u00f4rein<\/em>) dans chaque cas ce qui est potentiellement persuasif. (<em>Rh\u00e9t<\/em>., i, 2, 1355b26 ; trad. Chiron, p. 124).<\/span><\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition est reprise par Crassus, mis en sc\u00e8ne par Cic\u00e9ron : \u00ab Crassus : ainsi j\u2019ai appris que le premier devoir de l\u2019orateur est de s\u2019appliquer \u00e0 persuader \u00bb (<em>De l\u2019or. <\/em>I, XXXI, 138 ; p. 51), jusqu\u2019\u00e0 Perelman &amp; Olbrechts-Tyteca, qui mettent au centre de leur d\u00e9finition \u00ab\u00a0l\u2019adh\u00e9sion des esprits aux th\u00e8ses qu\u2019on pr\u00e9sente \u00e0 leur assentiment\u00a0\u00bb, avant d\u2019\u00e9laborer la notion d\u2019adh\u00e9sion au moyen de l\u2019opposition \u00e9tablie entre <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/persuader-convaincre\/\"><em>persuader <\/em>et <em>convaincre<\/em><\/a>, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/argumentation-1\/\">Argumentation (1)<\/a> ; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/assentiment\/\">Assentiment;<\/a><\/p>\n<p>Selon ces d\u00e9finitions de r\u00e9f\u00e9rence, la rh\u00e9torique s\u2019int\u00e9resse fondamentalement au discours structur\u00e9 par <em>l\u2019intention de <\/em><em>persuader<\/em> (illocutoire, s&rsquo;exprimant ouvertement dans le discours), c\u2019est-\u00e0-dire de communiquer, expliquer, l\u00e9gitimer et faire partager le point de vue qui s\u2019y exprime et les mots qui le disent. La <em>persuasion <\/em>(perlocutoire) r\u00e9sulte de la r\u00e9alisation de ces intentions.<br \/>\nLa tradition rh\u00e9torique lie le discours de persuasion \u00e0 la production d&rsquo;une repr\u00e9sentation <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/probable-vraisemblable\/\"><em>probable &#8211; vraisemblable<\/em><\/a>, que les philosophes essentialistes, comme Platon, opposent parfois au discours de <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em>, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vrai-vs-probable\/\">Probable<\/a>.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. Une rh\u00e9torique sans persuasion : <em>l\u2019ars bene<\/em><em> dicendi<\/em><\/span><\/h2>\n<p>Le chapitre 15 du livre II de l\u2019<em>I<\/em><em>nstitution Oratoire <\/em>de Quintilien met en question de la d\u00e9finition de la rh\u00e9torique en relation avec la persuasion : \u00ab la d\u00e9finition la plus commune de la rh\u00e9torique c\u2019est qu\u2019elle est \u201cle pouvoir de persuader\u201d\u00a0\u00bb (<em>I. O.<\/em>, ii, 15, 3 ; p. 76), dont il attribue la paternit\u00e9 \u00e0 Isocrate. Toutes les d\u00e9finitions qui lient la rh\u00e9torique \u00e0 la persuasion sont rejet\u00e9es :<br \/>\n<strong>\u2014\u00a0Soit comme <em>pouvoir de persuader<\/em> :<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Mais, au vrai, la persuasion n\u2019est-elle pas apport\u00e9e aussi par l\u2019argent, le cr\u00e9dit, l\u2019autorit\u00e9 et le rang du sujet parlant, ou m\u00eame, enfin, sans l\u2019aide de la voix, par le seul aspect, lorsque par exemple, le rappel des m\u00e9rites de quelqu\u2019un, ou un visage qui inspire la piti\u00e9, ou la beaut\u00e9 physique, dicte le verdict\u00a0? (<em>Ibid.<\/em>, 6 ; p. 76-77)<\/p>\n<p><strong>\u2014\u00a0Soit comme <em>ouvri\u00e8re de persuasion<\/em>,<\/strong> y compris avec la restriction \u00ab\u00a0pouvoir de persuader par la parole\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Car d\u2019autres que les orateurs persuadent par leur parole et conduisent o\u00f9 ils veulent, les filles galantes, les adulateurs, les corrupteurs.\u00a0(<em>Ibid.<\/em>)<\/span><\/p>\n<p>Finalement, Quintilien reprend \u00e0 son compte la d\u00e9finition de la rh\u00e9torique attribu\u00e9e aux sto\u00efciens et \u00e0 Chrysippe : \u00ab la d\u00e9finition qui conviendra parfaitement \u00e0 la substance de la rh\u00e9torique, c\u2019est \u201cla science de bien dire\u201d [<em>rhetoricen esse bene dicendi scientiam<\/em>] \u00bb (<em>ibid. <\/em>; p. 84) ; sa finalit\u00e9 est de \u00ab penser et de parler comme il se doit.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<p>Cette opposition entre <strong>rh\u00e9torique <em>communicative <\/em>de la <em>persuasion <\/em><\/strong>et<strong> rh\u00e9torique <em>introvertie <\/em>du <em>bien dire <\/em><\/strong>a \u00e9t\u00e9 diversement nomm\u00e9e : primaire \/ secondaire (\u00ab\u00a0primary \/ secondary rhetoric \u00bb, Kennedy 1999) ; extrins\u00e8que \/ intrins\u00e8que (\u00ab\u00a0extrinsischen \/ intrinsischen rhetoric\u00a0\u00bb, Kienpointner 2003). On peut \u00e9galement parler d&rsquo;une <em>rh\u00e9torique de l\u2019\u00e9nonciation<\/em>, <em>introvertie<\/em>, centr\u00e9e sur le locuteur et son for int\u00e9rieur, orient\u00e9e vers la justesse de la pens\u00e9e et de l&rsquo;expression. La <em>rh\u00e9torique de l\u2019interaction, extrovertie<\/em>, est focalis\u00e9e sur l\u2019interlocuteur, elle est communicationnelle et parfois \u00e9loquente.<\/p>\n<p>Cette distinction ne correspond pas \u00e0 celle qu\u2019on pratiquait, dans les ann\u00e9es 1960, entre une <strong><em>rh\u00e9torique restreinte <\/em><\/strong>oppos\u00e9e \u00e0 une<strong> <em>rh\u00e9torique g\u00e9n\u00e9rale<\/em><\/strong>, et elle n\u2019a rien \u00e0 voir avec celle qui opposerait une rh\u00e9torique des arguments et une rh\u00e9torique des figures, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/figures\/\">Figure<\/a>.<\/p>\n<p>La <strong>rh\u00e9torique \u00e9nonciative<\/strong> est une rh\u00e9torique dont les dimensions communicationnelle et interactionnelle, donc persuasives, sont affaiblies, mais qui n\u2019en reste pas moins une rh\u00e9torique argumentative. La Bruy\u00e8re a exprim\u00e9 le sentiment profond de cette rh\u00e9torique qui a renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9loquence et \u00e0 la persuasion :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Il faut chercher seulement \u00e0 penser et \u00e0 parler juste, sans vouloir amener les autres \u00e0 notre go\u00fbt et \u00e0 nos sentiments ; c\u2019est une trop grande entreprise.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Jean de La Bruy\u00e8re, <em>Des ouvrages de l\u2019esprit<\/em> [1688].<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/span><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">3. De la persuasion \u00e0 l\u2019action<\/span><\/h2>\n<p>Dans un compl\u00e9ment indispensable \u00e0 la d\u00e9finition de base de l\u2019argumentation, mais souvent n\u00e9glig\u00e9, car il n\u2019est sans doute pas facilement articulable \u00e0 la notion d\u2019auditoire universel, le <em>Trait\u00e9 de l\u2019argumentation <\/em>prolonge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019action la r\u00e9flexion sur la persuasion\u00a0; l\u2019argumentation produirait une \u00ab\u00a0disposition \u00e0 l\u2019action\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Le but de toute argumentation, avons-nous dit, est de provoquer ou d\u2019accro\u00eetre l\u2019adh\u00e9sion des esprits aux th\u00e8ses qu\u2019on pr\u00e9sente \u00e0 leur assentiment : une argumentation efficace est celle qui r\u00e9ussit \u00e0 accro\u00eetre cette intensit\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion de fa\u00e7on \u00e0 d\u00e9clencher chez les auditeurs l\u2019action envisag\u00e9e (action positive ou abstention), ou du moins \u00e0 cr\u00e9er, chez eux, une disposition \u00e0 l\u2019action, qui se manifeste au moment opportun. (Perelman &amp; Olbrechts-Tyteca [1958]<em>, <\/em>p. 59)<\/span><\/p>\n<p>Cette position r\u00e9affirm\u00e9e un peu plus loin\u00a0: \u00ab seule l\u2019argumentation, [\u2026] permet de comprendre nos d\u00e9cisions. [\u2026] Elle se propose de provoquer une action\u00a0\u00bb (<em>ibid., <\/em>p. 62).<\/p>\n<p>Le point final du processus argumentatif n\u2019est donc pas la <em>persuasion<\/em> vue comme un simple \u00e9tat mental, une \u201cadh\u00e9sion de l\u2019esprit\u201d\u00a0; l\u2019ultime crit\u00e8re de la persuasion compl\u00e8te est <em>l\u2019action <\/em>accomplie dans le sens sugg\u00e9r\u00e9 par le discours, au terme d&rsquo;un processus o\u00f9 les <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/valeur\/\"><em>valeurs<\/em><\/a> ont pris le relai de l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/emotion\/\"><em>\u00e9motion<\/em><\/a>. On esp\u00e8re trouver dans cette combinaison une r\u00e9ponse au probl\u00e8me philosophique de l\u2019action.<\/p>\n<h2>4. Persuasion, identification, auto-persuasion ?<\/h2>\n<p>Burke a soulign\u00e9 que la persuasion rh\u00e9torique suppose une identification\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Quand vous \u00eates avec les Ath\u00e9niens, il est facile de louer les Ath\u00e9niens, mais pas quand vous \u00eates avec les Lac\u00e9d\u00e9moniens : tel est peut-\u00eatre le cas de persuasion le plus simple. Vous persuadez quelqu\u2019un seulement dans la mesure o\u00f9 vous parlez son langage, par la parole, le geste, la tonalit\u00e9, la disposition, l\u2019image, l\u2019attitude, l\u2019id\u00e9e, en identifiant vos fa\u00e7ons de faire avec les siennes [<em>identifying your ways with his<\/em>]. (1950, p. 55)<\/span><\/p>\n<p>Selon la doxa rh\u00e9torique, l\u2019orateur qui veut persuader un auditoire doit passer des accords pr\u00e9alables avec lui, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/conditions-de-discussion\/\">Conditions de discussion<\/a>. Cette n\u00e9gociation des accords ne peut se faire que par un dialogue argumentatif pr\u00e9alable au dialogue argumentatif principal, ce qui engage dans un paradoxe : pour parvenir \u00e0 un accord, il faut d\u00e9j\u00e0 \u00eatre d\u2019accord. Sous peine de r\u00e9gression \u00e0 l\u2019infini, l\u2019orateur doit se r\u00e9soudre non pas \u00e0 <em>se mettre d\u2019accord avec <\/em>mais \u00e0 <em>s\u2019accorder \u00e0 <\/em>son auditoire. Pour cela il s\u2019informe sur cet auditoire dont il se fait une image ; c\u2019est bien ce que pr\u00e9voit la th\u00e9orie des \u00e8th\u00e8 des auditoires, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00c9thos<\/a>. Le discours de l\u2019orateur r\u00e9fracte ce travail sur l\u2019auditoire par trois moyens, chacun d\u2019eux \u00e9tant calcul\u00e9 en fonction de l\u2019auditoire et correspondant \u00e0 une forme d\u2019accord implicite ou explicite, pass\u00e9 avec lui. D\u2019une part, par des preuves <em>\u00e9thotiques<\/em>, il se pr\u00e9sente \/ se construit discursivement en fonction de son auditoire ; ensuite, par des preuves <em>logiques<\/em>, il choisit et sch\u00e9matise ses objets et ses jugements en fonction de, ou parmi ceux que l\u2019auditoire peut admettre (il argumente <em>ex concessis &#8211; ex datis)<\/em>\u00a0; enfin, par des preuves <em>path\u00e9miques<\/em>, il se met en empathie avec son auditoire.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, pour obtenir l\u2019identification de son auditoire \u00e0 sa propre personne, l\u2019orateur doit d\u2019abord <em>s\u2019identifier <\/em>\u00e0 cet auditoire. Au terme de ce processus d\u2019adaptation, on peut se demander, en fin de compte, qui a absorb\u00e9 qui, qui a persuad\u00e9 qui ? La rh\u00e9torique <em>extrovertie<\/em>, rh\u00e9torique de la persuasion, est menac\u00e9e par le solipsisme de l\u2019identification ; elle n\u2019exprime qu\u2019une introversion de groupe. L\u2019\u00e9trange terme de \u00ab\u00a0communion\u00a0\u00bb propos\u00e9 par le <em>Trait\u00e9 <\/em>caract\u00e9rise bien l\u2019aboutissement de ce processus d&#8217;empathie fusionnelle.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\"><strong>La notion d&rsquo;identification dans la th\u00e9orie de l&rsquo;argumentation dans la langue<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>La notion d\u2019identification est fondamentale dans la th\u00e9orie de l\u2019argumentation dans la langue. Le producteur de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 met en sc\u00e8ne une gamme d\u2019\u00e9nonciateurs, sources des points de vue \u00e9voqu\u00e9s dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9, puis il s\u2019identifie \u00e0 tel \u00e9nonciateur et non pas \u00e0 tel autre, cette identification \u00e9tant marqu\u00e9e dans la structure grammaticale. Mais ce concept d\u2019identification est totalement \u00e9tranger au concept psychologique d\u2019identification discut\u00e9 en liaison avec la question de la persuasion.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">5. Qui \u00e9tudie la persuasion ?<\/span><\/h2>\n<p>L\u2019argumentation rh\u00e9torique ne peut pas \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par son objet qui serait le processus de persuasion, pour la simple raison que la persuasion est un objet revendiqu\u00e9 par bien d\u2019autres disciplines\u00a0: sciences et philosophie de la cognition, neuropsychologie, \u201cprogrammation neurolinguistique\u201d, etc.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage, c\u00e9l\u00e8bre et \u00e9vit\u00e9, de Vance Packard, <em>La persuasion cach\u00e9e <\/em>[<em>Hidden persuaders<\/em>], est paru en 1957, un an avant le <em>Trait\u00e9 de l\u2019argumentation<\/em>. Il d\u00e9veloppe une critique de l&rsquo;approche de la d\u00e9cision comme d\u00e9riv\u00e9e de bonnes raisons expos\u00e9es dans un discours persuasif\u00a0: les gens \u00e9num\u00e8rent toutes les bonnes raisons qu&rsquo;ils ont d&rsquo;acheter tel type de produit, et au bout du compte ils en ach\u00e8tent un autre. Cette critique a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 par Walter Lippman (1922), puis par Edward L. Bernays (1928), qui ont jet\u00e9 les bases d&rsquo;une recherche des motivations <em>inconscientes<\/em> des acheteurs, et des \u00e9lecteurs, mais n\u00e9anmoins <em>d\u00e9terminantes<\/em> pour leurs choix, fondant ainsi le nouveau champ d&rsquo;\u00e9tude des \u201cRelations Publiques\u201d [<em>Public Relations<\/em>, PR)<\/p>\n<p>Le neuromarketing poursuit cette entreprise de dissolution du concept de persuasion par la recherche des m\u00e9thodes capables d&rsquo;orienter l&rsquo;acheteur et de d\u00e9clencher le r\u00e9flexe d&rsquo;achat. L\u2019analyse de la persuasion est un des objets de la psychologie sociale. Cette discipline compte parmi ses objets fondamentaux l\u2019\u00e9tude th\u00e9orique et exp\u00e9rimentale des influences sociales : la persuasion, les convictions, la suggestion, l\u2019emprise, l\u2019incitation\u2026, la formation et les manifestations des attitudes, des repr\u00e9sentations, et les transformations des mani\u00e8res d\u2019agir des individus ou des groupes. Le mouvement du monde, les \u00e9v\u00e9nements mat\u00e9riels, parmi lesquels les d\u00e9couvertes scientifiques, les innovations techniques et les flux langagiers qui les accompagnent ou les constituent, produisent et rectifient les repr\u00e9sentations, les pens\u00e9es, les paroles et les actions des individus et des groupes.<\/p>\n<p>Les grandes \u00e9tudes classiques de psychologie sociale publi\u00e9es au si\u00e8cle dernier sur la persuasion ne mentionnent gu\u00e8re la rh\u00e9torique, ni d\u2019ailleurs l\u2019argumentation ; par exemple, on ne trouve ni le mot <em>rh\u00e9torique <\/em>ni le mot <em>argumentation <\/em>dans un recueil de textes sur la psychologie de la persuasion, intitul\u00e9 <em>La persuasion <\/em>(Yzerbit et Corneille 1994). La probl\u00e9matique de la persuasion peut \u00eatre l\u00e9gitimement invoqu\u00e9e \u00e0 propos du discours, mais l\u2019\u00e9tude du processus de persuasion, y compris sous ses facettes langagi\u00e8res, ne peut en aucun cas \u00eatre men\u00e9e dans le seul cadre des \u00e9tudes rh\u00e9toriques (Chabrol et Radu 2008).<\/p>\n<p>Dans le monde contemporain l&rsquo;accent est mis sur l&rsquo;influence et sur les influenceurs plus que sur la persuasion, ce qui peut s&rsquo;interpr\u00e9ter comme une pr\u00e9dominance de la suggestion sinon de la manipulation, sur les processus persuasifs ouverts.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">6. La persuasion, une fonction du langage<\/span><\/h2>\n<p>De m\u00eame que la rh\u00e9torique ne peut pas se d\u00e9finir par la <em>persuasion<\/em>, elle ne peut pas se d\u00e9finir comme <em>l\u2019\u00e9tude des genres langagiers persuasifs<\/em>, dans la mesure o\u00f9 la fonction persuasive n\u2019est pas li\u00e9e \u00e0 un genre mais est coextensive \u00e0 l\u2019exercice du langage. La fonction persuasive est un aspect de ce que les diff\u00e9rents mod\u00e8les des fonctions du langage classent comme fonction d\u2019action sur le destinataire (fonction <em>d\u2019appel<\/em>, B\u00fchler [1933], ou fonction <em>conative<\/em>, Jakobson [1963]).).<\/p>\n<p>Si la persuasion est d\u00e9finie comme un <em>changement des repr\u00e9sentations<\/em> et, par cons\u00e9quent, <em>du comportement<\/em> de l&rsquo;interlocuteur, alors toute \u00e9nonc\u00e9 informatif, comme \u201c<em>il est 8 h<\/em>\u201d est argumentatif. Si le destinataire doit prendre le train de 7h55 et savoure un dernier caf\u00e9, pensant qu&rsquo;il est huit heures moins le quart, alors l&rsquo;information change radicalement sa vision de l&rsquo;avenir imm\u00e9diat. La logique naturelle est \u00e9galement une th\u00e9orie de la persuasion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, par focalisation de l&rsquo;attention sur les aspects pertinents de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Benveniste oppose l\u2019histoire (le r\u00e9cit) au discours, et fait de <em>l\u2019intention d\u2019influencer <\/em>une caract\u00e9ristique de tout discours\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Nous avons, par contraste, situ\u00e9 d\u2019avance le plan du discours. <em>Il faut entendre discours dans sa plus large extension : toute \u00e9nonciation supposant un locuteur et un auditeur, et chez le premier l\u2019intention d\u2019influencer l\u2019autre en quelque mani\u00e8re. <\/em>C\u2019est d\u2019abord la diversit\u00e9 des discours oraux de toute nature et de tout niveau \u2026 mais c\u2019est aussi la masse des \u00e9crits qui reproduisent les discours oraux ou qui en empruntent le tour et les fins.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">(Benveniste [1959], p. 242 ; nous soulignons).<\/span><\/p>\n<p>Nietzsche, dans ses le\u00e7ons sur la rh\u00e9torique, g\u00e9n\u00e9ralise la force rh\u00e9torique pour en faire \u00ab l\u2019essence du langage\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">L<span style=\"font-size: 10pt;\">a force [<em>Kraft<\/em>] qu\u2019Aristote appelle rh\u00e9torique, qui est la force de d\u00e9m\u00ealer et de faire valoir, pour chaque chose, ce qui est efficace et fait de l\u2019impression, cette force est en m\u00eame temps l\u2019essence du langage : celui-ci se rapporte aussi peu que la rh\u00e9torique au vrai, \u00e0 l\u2019essence des choses ; il ne veut pas instruire [<em>belehren<\/em>], mais transmettre \u00e0 autrui [<em>auf Andere \u00fcbertragen<\/em>] une \u00e9motion et une appr\u00e9hension subjective. ([1971], p. 111)<\/span><\/p>\n<p>Ces tendances \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation de la persuasion \u00e0 tout discours sont compatibles avec toutes les d\u00e9finitions classiques de la rh\u00e9torique comme <em>technique<\/em> capable de d\u00e9velopper la capacit\u00e9 langagi\u00e8re des individus (Lausberg [1960], \u00a71-11).<\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\">Persuasion et alignement<\/span><\/h3>\n<p>Dans cette perspective, se d\u00e9gage une d\u00e9finition strictement langagi\u00e8re de la persuasion\u00a0: tenter de persuader, c\u2019est <em>cadrer<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire tenter d\u2019inscrire la r\u00e9action langagi\u00e8re de l\u2019interlocuteur dans la \u201csuite id\u00e9ale\u201d, trac\u00e9e par l\u2019intervention du locuteur. Cette suite id\u00e9ale a pour caract\u00e9ristique majeure de respecter les pr\u00e9suppos\u00e9s, et sans doute bon nombre de sous-entendus et d\u2019apporter de nouveaux d\u00e9veloppements sur le th\u00e8me donn\u00e9. Il s\u2019ensuit qu\u2019\u00eatre persuad\u00e9, c\u2019est <em>s&rsquo;aligner<\/em>, <em>ratifier <\/em>le discours auquel on est expos\u00e9, <em>respecter le cadrage <\/em>impos\u00e9 et produire des interventions argumentativement <em>co-orient\u00e9es <\/em>\u00e0 celles de l\u2019heureux persuadeur. On externalise ainsi la notion de persuasion, en d\u2019autres termes, on en fait l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">7. Persuasion et \u00ab\u00a0colonisation des esprits\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<p>Le mot <em>persuasion<\/em> a une orientation positive. Toute la r\u00e9flexion sur la persuasion rh\u00e9torique est guid\u00e9e par le pr\u00e9suppos\u00e9 que l\u2019\u0153uvre de persuasion est intrins\u00e8quement bonne, m\u00eame si les hommes et les femmes ont une tendance f\u00e2cheuse \u00e0 faire un mauvais usage des meilleures choses. Le persuadeur est mis dans la position haute, de l\u201chomme de bien\u201d, porteur de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, aristocrate de la parole, alors que l\u2019auditoire est dans la position basse, inconsistante, de ceux qui ne savent pas trop, qui sont incapables de mener \u00e0 terme un raisonnement soutenu (voir la d\u00e9finition dite \u201crh\u00e9torique\u201d de l\u2019enthym\u00e8me) ni de d\u00e9cider par eux- m\u00eames, qui risquent de se laissent manipuler, et qu\u2019il faut donc <em>guider<\/em>, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/orateur-auditoire\/\">Orateur<\/a>.<\/p>\n<p>Sur le plan politique et religieux, la persuasion est le nom d\u00e9cent de la <em>propagande <\/em>; propagandistes et convertisseurs se veulent \u00e9galement \u201chommes de bien\u201d d\u00e9sireux de persuader. \u00c0 l\u2019\u00e9poque m\u00eame du <em>Trait\u00e9<\/em>, Domenach attribuait \u00e0 la propagande la fonction de \u00ab cr\u00e9er, transformer ou confirmer des opinions \u00bb ([1950], p. 8), la fonction m\u00eame que la <em>Nouvelle rh\u00e9torique<\/em> attribue \u00e0 l&rsquo;argumentation.<br \/>\nPersuader, c\u2019est <em>convertir <\/em>ou \u00ab\u00a0coloniser les esprits \u00bb, selon l\u2019expression de M. Mead (Dascal 2009), pour les sauver de quelque mal et les orienter vers quelque bien dont ils ne sont ni persuad\u00e9s ni convaincus. Pas plus que de juges et de tribunaux, les dictatures et les int\u00e9grismes n\u2019ont jamais manqu\u00e9 de <em>persuadeurs<\/em>.<\/p>\n<p>On peut r\u00e9pondre \u00e0 ce discours <em>contre la persuasion<\/em> qu&rsquo;il y a plusieurs diff\u00e9rences essentielles entre argumentation et propagande.<br \/>\nD&rsquo;une part, l&rsquo;argumentation est une activit\u00e9 <em>critique<\/em>, qui suppose un dialogue entre partenaires en principe \u00e9gaux\u00a0; encore faut-il que leurs droits politiques et humains et leur s\u00e9curit\u00e9 soient assur\u00e9s et qu&rsquo;ils disposent du temps n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 la discussion.<br \/>\nL&rsquo;argumentation est par nature <em>ouverte.<\/em> L&rsquo;intention persuasive s&rsquo;avoue comme telle, alors que l&rsquo;influence exerc\u00e9e par la propagande est infra-consciente, et <em>se dissimule<\/em> pour para\u00eetre refl\u00e9ter la nature des choses. La propagande est diffuse et lancinante.<br \/>\nLa propagande met en \u0153uvre tous les moyens, y compris l&rsquo;argumentation. Bien au-del\u00e0 du langage, elle a recours \u00e0 la suggestion, la th\u00e9\u00e2tralisation, la ritualisation, et s&rsquo;articule bien avec l&rsquo;action violente.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">8. Argumenter dans une structure d\u2019\u00e9change<\/span><\/h2>\n<p>La th\u00e9orie de la persuasion rh\u00e9torique est discut\u00e9e dans le cadre d\u2019une interaction <em>sans <\/em>structure d\u2019\u00e9change, ce qui explique le r\u00f4le essentiellement passif attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019auditoire.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\">8.1 L\u2019argumentation dialectique : r\u00e9duire la diversit\u00e9 des positions<\/span><\/h3>\n<p>La pragma-dialectique part non pas d\u2019une opinion \u00e0 transmettre, mais d\u2019une diff\u00e9rence d\u2019opinion, qui accorde \u00e0 chaque opinion une \u00e9gale dignit\u00e9 de principe, le but final \u00e9tant de r\u00e9duire cette diff\u00e9rence. Elle \u00ab\u00a0prend pour objet la r\u00e9solution des divergences d\u2019opinions par le moyen du discours argumentatif\u00a0\u00bb (van Eemeren &amp; Grootendorst 1992, p. 18). Elle ouvre au maximum, dans sa r\u00e8gle 1 l\u2019espace du d\u00e9bat et de la controverse :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Libert\u00e9 <\/em>\u2014 Les parties ne doivent pas faire obstacle \u00e0 la libre expression des points de vue ou \u00e0 leur mise en doute. (Eemeren, Grootendorst, Snoeck Henkemans 2002, p. 182-183)<\/span><\/p>\n<p>Elle se propose de parvenir \u00e0 un consensus rationnel, par \u00e9limination du doute ou du point de vue mis en doute. Cette r\u00e9solution se fait par \u00e9limination de l&rsquo;opinion qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue de fa\u00e7on concluante :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Cl\u00f4ture <\/em>\u2014 si un point de vue n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu de fa\u00e7on concluante, celui qui l\u2019a avanc\u00e9 doit le retirer. Si un point de vue a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu de fa\u00e7on concluante, l\u2019autre partie doit retirer les doutes qu\u2019il avait \u00e9mis vis-\u00e0-vis de ce point de vue. (<em>Ibid.<\/em>)<\/span><\/p>\n<p>Ces op\u00e9rations doivent conduire \u00e0 un consensus soit sur l\u2019opinion, soit sur son retrait de l\u2019interaction actuelle, sinon de l\u2019esprit de l\u2019autre, du moins de l&rsquo;interaction actuelle. La persuasion pragma-dialectique valide l&rsquo;opinion qui a soutenu l&rsquo;\u00e9preuve du feu de la critique.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #800000;\">8.2 Approches interactionnelles : articuler les positions<\/span><\/h3>\n<p>Les approches interactionnelles de l&rsquo;argumentation s\u2019orientent vers une direction diff\u00e9rente, celle de la co-construction des positions, qui substitue l&rsquo;effort de <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/cooperation\/\">coop\u00e9ration<\/a> \u00e0 l&rsquo;effort de persuasion, et renonce \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;autre point de vue peut \/ doit \u00eatre \u00e9limin\u00e9.<\/p>\n<p>La th\u00e8se que l\u2019on propose \u00e0 l\u2019assentiment de l&rsquo;interlocuteur peut sortir profond\u00e9ment transform\u00e9e de la rencontre. Mieux que par \u00e9limination des diff\u00e9rences, le consensus peut \u00eatre obtenu par fusion des points de vue primitifs ou par co-construction d\u2019une nouvelle argumentation produisant un nouveau point de vue. En somme, les interactants se comportent comme des dialecticiens \u00e9volutionnistes h\u00e9g\u00e9liens proc\u00e9dant par synth\u00e8se des positions en pr\u00e9sence, et non pas comme des <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/dialectique\/\">dialecticiens<\/a> aristot\u00e9liciens, qui avancent par \u00e9limination du faux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Les Caract\u00e8res ou les m\u0153urs de ce si\u00e8cle <\/em>[1688]. In <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, texte \u00e9tabli et annot\u00e9 par J. Benda, Paris, Gallimard, 1951.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. La persuasion comme essence de la rh\u00e9torique Depuis Isocrate et Aristote, la parole rh\u00e9torique argumentative est couramment d\u00e9finie par sa fonction, persuader : Posons que le rh\u00e9torique est la capacit\u00e9 (dunamis) de discerner (the\u00f4rein) dans chaque cas ce qui est potentiellement persuasif. (Rh\u00e9t., i, 2, 1355b26 ; trad. Chiron, p. 124). 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