{"id":1908,"date":"2021-04-19T10:52:15","date_gmt":"2021-04-19T08:52:15","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1908"},"modified":"2024-11-08T22:23:14","modified_gmt":"2024-11-08T21:23:14","slug":"preuves-techniques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/preuves-techniques\/","title":{"rendered":"\u201cPreuves techniques\u201d et preuves \u201cnon techniques\u201d"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">\u201cPREUVES TECHNIQUES\u201d<br \/>\net \u201cPREUVES NON TECHNIQUES\u201d<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La rh\u00e9torique distingue entre les preuves rh\u00e9toriques proprement dites ou \u201cpreuves techniques\u201d, <strong>produites par l&rsquo;orateur et apport\u00e9es par son discours<\/strong>, et un ensemble de preuves \u201cnon techniques\u201d regroupant la loi, les serments, les contrats, les t\u00e9moignages, etc. donn\u00e9es avec le proc\u00e8s, que <strong>l&rsquo;orateur doit exploiter<\/strong>.<br \/>\nCette distinction est parall\u00e8le \u00e0 celle \u00e9tablie entre \u00e9thos rh\u00e9torique (technique) et r\u00e9putation (non technique) ou entre \u00e9motion rh\u00e9torique (contr\u00f4l\u00e9e et adapt\u00e9e au cadre du proc\u00e8s) et \u00e9motion spontan\u00e9e.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, l&rsquo;opposition est devenue contre-intuitive.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">1. Les preuves apport\u00e9es par le discours et les autres<\/span><\/h2>\n<p>Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de rh\u00e9torique, <em>preuve<\/em> traduit <em>pistis\u00a0<\/em><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[1]<\/strong><\/span> \u201cmoyen de pression sur l&rsquo;auditoire\u201d, exerc\u00e9 par le discours. \u00c0 la suite d&rsquo;Aristote, la rh\u00e9torique argumentative distingue preuves <em>techniques<\/em> (<em>pisteis entechnoi<\/em>) c\u2019est-\u00e0-dire relevant de la <em>technique rh\u00e9torique<\/em> et les preuves <em>non-techniques <\/em>(<em>pisteis atechnoi<\/em>), ne relevant pas de la rh\u00e9torique,<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Parmi les moyens de persuasion, les uns sont non techniques, les autres techniques. <span style=\"background-color: #ffff99;\">J\u2019appelle non technique tout ce qui n\u2019est pas fourni par nous<\/span>, mais existait pr\u00e9alablement, comme les t\u00e9moins, les d\u00e9positions obtenues sous la torture, les engagements \u00e9crits, etc. ; <span style=\"background-color: #ffff99;\">est technique tout ce qu\u2019il est possible d\u2019\u00e9laborer par la m\u00e9thode <strong><span style=\"font-size: 8pt;\">[*]<\/span><\/strong> et par nous-m\u00eames<\/span>. Aussi, parmi ces moyens, les uns sont \u00e0 utiliser, les autres \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Aristote, <em>Rh\u00e9t., <\/em>i, 2, 1355b35 ; Chiron, p. 125. <span style=\"font-size: 8pt;\"><strong>[*]<\/strong><\/span> La m\u00e9thode rh\u00e9torique.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p>On trouve \u00e9galement la terminologie \u201cpreuves avec ou sans art\u201d, preuves <em>artificielles <\/em>et <em>non artificielles<\/em>, terminologie qui calque le latin <em>genus artificiale <\/em>et <em>genus inartificiale <\/em>(Lausberg [1960], \u00a7 351-426), <em>art <\/em>\u00e9tant l\u2019\u00e9quivalent de <em>technique<\/em>.<br \/>\nCette distinction technique \/ non-technique est faite sur les moyens de persuasion li\u00e9s au <em>logos<\/em>, mais elle peut \u00eatre \u00e9tendue aux moyens de persuasion par l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00e9thos<\/a> et le <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/pathos-preuve\/\">pathos<\/a>.<br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014\u00a0<strong>L\u2019<\/strong><em><strong>\u00e9thos technique<\/strong>\u00a0<\/em>est produit par le discours, il correspond <span style=\"background-color: #ffff99;\">\u00e0 <em>l\u2019image de soi <\/em><\/span>telle que l&rsquo;orateur la construit sciemment dans le discours (Amossy 1999), et l\u2019\u00e9thos <em>non technique <\/em>correspond \u00e0 la <span style=\"background-color: #ffff99;\"><em>r\u00e9putation<\/em><\/span>. \u00c9thos technique et r\u00e9putation peuvent entrer en contradiction.<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\"><br \/>\nLa clause (supra) \u201cles uns (les moyens non techniques) sont \u00e0 utiliser, les autres (les moyens techniques) sont \u00e0 d\u00e9couvrir\u201d est \u00e0 rapprocher de l&rsquo;opposition caract\u00e9risant l&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00e9thos<\/a> (technique) par rapport \u00e0 la r\u00e9putation (non technique). Comme la preuve, la personne technique de l&rsquo;orateur est \u00e0 produire, alors que sa personne sociale est un donn\u00e9 \u00e0 exploiter.<br \/>\n\u2014\u00a0<strong>Le <em>pathos technique <\/em><\/strong>correspond \u00e0 la manifestation-communication <span style=\"background-color: #ffff99;\">strat\u00e9gique<\/span> de l&rsquo;\u00e9motion, et le <em>pathos non technique <\/em>\u00e0 la manifestation-communication <span style=\"background-color: #ffff99;\">spontan\u00e9e<\/span> de l&rsquo;\u00e9motion. Cette distinction correspond \u00e0 celle que l&rsquo;on peut \u00e9tablir entre communication <em>\u00e9motive<\/em> (technique) et communication <em>\u00e9motionnelle<\/em>, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/emotion\/\">\u00c9motion<\/a>.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;opposition du \u201ctechnique\u201d au \u201cnon-technique\u201d peut \u00eatre construite <strong>\u00e0 la mani\u00e8re structuraliste,<\/strong> l&rsquo;\u00e9motion, le caract\u00e8re et la situation \u00e9tant red\u00e9finis au sens technique comme <span style=\"background-color: #ffff99;\">des objets <em>discursifs<\/em>,<\/span> oppos\u00e9s \u00e0 leurs correspondants non techniques <span style=\"background-color: #ffff99;\">dans la r\u00e9alit\u00e9<\/span>, c\u2019est-\u00e0-dire hors discours.<br \/>\nCette approche s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e fructueuse, n\u00e9anmoins, elle a ses limites. L\u2019enjeu est la d\u00e9finition de l\u2019objet des \u00e9tudes d\u2019argumentation, si elles ne doivent prendre en compte que des donn\u00e9es purement verbales, ou si elles doivent \u00e9galement traiter des donn\u00e9es en situation, tenant compte du contexte et des actions en cours.<\/p>\n<p>La distinction entre preuves \u201ctechniques\u201d et \u201cnon techniques\u201d est \u00e9tablie relativement \u00e0 la situation judiciaire. Les premi\u00e8res sont produites discursivement par le rh\u00e9teur sur la base de sa comp\u00e9tence professionnelle. Les secondes concernent les donn\u00e9es relatives aux faits soumis au tribunal, avant tout discours. Elles \u00ab d\u00e9cident du fait m\u00eame soumis \u00e0 la justice\u00a0\u00bb (Quintilien, <em>I. O<\/em>., V, 11, 44 ; p. 176). Elles font l\u2019objet d\u2019un traitement rh\u00e9torique discours \/ contre discours, mais leur constitution \u00e9chappe au travail des rh\u00e9teurs.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. Les preuves judiciaires \u201cnon techniques\u201d<\/span><\/h2>\n<p>Aristote consid\u00e8re que les moyens de persuasion non techniques, propres au discours judiciaire, \u00ab sont au nombre de cinq : lois, t\u00e9moins, contrats, t\u00e9moignages obtenus sous la torture, serments \u00bb (<em>Rh\u00e9t.<\/em>, I, 15, 1375a22 ; Chiron, p. 125). Daremberg &amp; Saglio font remarquer que<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">l&rsquo;ordre o\u00f9 les \u00e9num\u00e8re Aristote : lois, t\u00e9moins, contrats, dires des esclaves, serments, n&rsquo;a pas de valeur pratique, car, en fait les dires de l&rsquo;esclave tiennent le premier rang.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">(1877-1911, <em>Testimonium<\/em>, p.150, col. 1) <strong>[1]<\/strong><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p>Quintilien consid\u00e8re comme non techniques \u00ab les pr\u00e9c\u00e9dents judiciaires, les rumeurs, les tortures, les pi\u00e8ces, le serment, les t\u00e9moins \u00bb (<em>I. O.<\/em>, V, p. 103), supprimant les lois et ajoutant les pr\u00e9c\u00e9dents et les rumeurs \u00e0 la liste d\u2019Aristote.<\/p>\n<p>En pratique, les donn\u00e9es \u201cnon techniques\u201d peuvent \u00eatre trait\u00e9es selon la m\u00e9thode discours \/contre discours, exactement comme pour n\u2019importe quel objet de discours \u201ctechnique\u201d : \u00e0 un discours demandant l\u2019application de telle loi, on r\u00e9pond que la loi est mal faite, \u00e0 un discours accablant d\u2019un t\u00e9moin, on r\u00e9pond que le t\u00e9moin n\u2019est pas cr\u00e9dible, etc.<\/p>\n<p>Ce qui suit pr\u00e9sente quelques donn\u00e9es grecques et latines, contemporaines des textes fondateurs de la th\u00e9orie occidentale de l\u2019argumentation.<\/p>\n<p><strong>\u00ab La loi \u00bb<\/strong><br \/>\nLa question est celle de l\u2019applicabilit\u00e9 de la loi \u00e0 une affaire particuli\u00e8re. Les r\u00e9ponses mobilisent toutes les ressources de la <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/topique-juridique\/\"><em>topique juridique<\/em><\/a> et de<em> l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/interpretation\/\">interpr\u00e9tation<\/a><\/em>.<br \/>\nOn plaidera, selon la position d\u00e9fendue :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>\u2014 La loi<\/em> (des hommes) vs <em>la justice<\/em> (naturelle) <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 L<em>\u2019esprit <\/em>de la loi<em>, l&rsquo;intention du l\u00e9gislateur<\/em> vs <em>la lettre<\/em> de la loi<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Et en dernier recours, l\u2019autonomie de d\u00e9cision du juge vs la loi. <\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">On peut encore tenter de se d\u00e9faire des contraintes de la loi en soutenant que<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Elle est <em>mal faite<\/em> (elle est en contradiction avec une autre loi ; elle est ambig\u00fce)<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Elle est <em>d\u00e9pass\u00e9e<\/em>, elle ne correspond plus aux n\u00e9cessit\u00e9s du moment.<\/span><\/p>\n<p><strong>\u00ab Les pi\u00e8ces \u00bb<\/strong><span style=\"color: #800000;\"><br \/>\n<\/span><strong><em>\u2014 Les \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels<\/em><\/strong> (arme du crime, tunique ensanglant\u00e9e de la victime\u2026) sont des \u00e9l\u00e9ments essentiels du proc\u00e8s. Ils jouent un r\u00f4le essentiel, soit en tant qu\u2019ils peuvent faire l\u2019objet d\u2019une d\u00e9monstration experte, soit en tant que (r\u00e9)activateurs d\u2019\u00e9motions.<br \/>\n<strong>\u2014 <em>Les documents \u00e9crits<\/em><\/strong> notamment l<span style=\"background-color: #ffff99;\">es contrats<\/span>. Selon la position d\u00e9fendue, on attaque ou on d\u00e9fend le contrat par les m\u00eames moyens qui permettent d\u2019attaquer ou de d\u00e9fendre l\u2019application de la loi.<br \/>\nLe concept de contrat est \u00ab d\u00e9faisable \u00bb [<em>defeasible<\/em>]. L\u2019article fondamental de Hart qui anticipe sur le mod\u00e8le<strong><sup>.<\/sup><\/strong> de Toulmin, analyse de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e un ensemble des contre-discours capables de d\u00e9faire un contrat (les <em>rebuttals<\/em> de Toulmin). (Hart, 1948, p. 175-176).<\/p>\n<p><strong>Autorit\u00e9, pr\u00e9c\u00e9dent<\/strong><span style=\"color: #800000;\"><br \/>\n<\/span>L&rsquo;appel \u00e0 l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/autorite-2\/\">autorit\u00e9<\/a> a parfois \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme technique, parfois comme non technique. Le <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/precedent\/\"><em>pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a> jouit de l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une d\u00e9cision de justice prise par un juge reconnu pour sa comp\u00e9tence. Il fonde la continuit\u00e9 de la tradition judiciaire. L&rsquo;<em>opinion publique, les rumeurs<\/em>, <em>les proverbes,<\/em> qui jouissent de l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;ancestrale sagesse populaire, constituent des pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9moignages<br \/>\n<\/strong>Sont consid\u00e9r\u00e9s comme des t\u00e9moins du cas non seulement les t\u00e9moins des faits, mais aussi des autorit\u00e9s comme les auteurs anciens, les oracles, les proverbes, les dits des contemporains prestigieux.<br \/>\nAux <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/temoignage\/\">t\u00e9moignages<\/a> peuvent se rattacher \u00ab les on-dit et les bruits publics \u00bb. Les uns les consid\u00e8rent comme une sorte de \u00ab t\u00e9moignage public \u00bb, d&rsquo;autres y voient l\u2019effet combin\u00e9 de la malignit\u00e9 et de la cr\u00e9dulit\u00e9 permettant de pers\u00e9cuter \u00ab l\u2019homme le plus innocent \u00bb (Quintilien, <em>I. O.<\/em>, V, 3 ; p. 106), constatations que l&rsquo;on peut rattacher aux techniques de d\u00e9sinformation les plus contemporaines.<\/p>\n<p><strong>Serment<br \/>\n<\/strong><span style=\"background-color: #ffff99;\">En vertu de l\u2019intervention de puissances surnaturelles qu\u2019il engage, le <a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/serment\/\">serment<\/a> a valeur de <em>preuve<\/em>.<\/span> Il d\u00e9cide de l\u2019issue du proc\u00e8s. C\u2019est donc un instrument trop puissant, dont le droit a d\u00fb codifier l&rsquo;usage.<\/p>\n<p><strong>Tortures<\/strong><span style=\"color: #800000;\"><br \/>\n<\/span>Cit\u00e9s, d\u00e9mocraties et r\u00e9publiques anciennes s\u2019accommodaient de l\u2019esclavage et de la torture. Comme la validit\u00e9 du t\u00e9moignage est garantie par le serment des hommes libres, la validit\u00e9 de la d\u00e9position de l\u2019esclave est garantie par la torture.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">En Gr\u00e8ce, le t\u00e9moignage de l\u2019esclave \u00ab<strong>\u00a0<\/strong>n&rsquo;est admis et valable que par la torture, sauf dans des cas tr\u00e8s rares\u00a0\u00bb (Daremberg &amp; Saglio, <em>Testimonium<\/em>, p. 147, col. 1),<\/span><\/p>\n<p>Dans toute la Gr\u00e8ce, la torture passe pour la meilleure des preuves, sup\u00e9rieure aux t\u00e9moignages libres ; c&rsquo;est un lieu commun chez les orateurs. Mais si la cause qu&rsquo;ils d\u00e9fendent le demande, ils montrent l&rsquo;incertitude et le danger de ces renseignements, arrach\u00e9s par la souffrance, souvent obtenus par des promesses et par la corruption. (<em>Ibid<\/em>., col. 2).<br \/>\nDe m\u00eame \u00e0 Rome, o\u00f9 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Les d\u00e9clarations des esclaves ne constituent pas des t\u00e9moignages proprement dits, mais <span style=\"background-color: #ffff99;\">des r\u00e9ponses \u00e0 un interrogatoire avec torture<\/span>, \u00e0 une <strong><em>quaestio<\/em><\/strong> o\u00f9 la torture remplace le serment. (Id., 152, col. 2)<\/span><\/p>\n<p>On voit comment s&rsquo;\u00e9tablit le lien entre question (judiciaire) et question (torture).<br \/>\nLa <em>Rh\u00e9torique \u00e0 Herennius <\/em>d\u00e9crit ainsi le traitement rh\u00e9torique des donn\u00e9es obtenues sous la torture pour \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es au tribunal \u00a0 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><span style=\"background-color: #ffff99;\">En faveur des interrogatoires sous la torture<\/span>, nous montrerons que c\u2019est pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9 que nos anc\u00eatres ont voulu employer question et supplices et forcer par une vive souffrance les hommes \u00e0 dire tout ce qu\u2019ils savent. [\u2026]\n<span style=\"background-color: #ffff99;\">Contre les tortures nous parlerons ainsi<\/span> : nous commencerons par dire que nos anc\u00eatres ont voulu que ces interrogatoires interviennent dans des cas pr\u00e9cis quand on pouvait s\u2019assurer de la v\u00e9racit\u00e9 des aveux ou r\u00e9futer les mensonges \u00e9chapp\u00e9s sous la torture, par exemple pour savoir o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 tel objet ou pour r\u00e9soudre tout probl\u00e8me analogue dont la solution peut \u00eatre constat\u00e9e de visu ou par une preuve du m\u00eame ordre. Nous ajouterons qu\u2019il ne faut pas s\u2019en rapporter \u00e0 la douleur parce qu\u2019un individu y r\u00e9siste mieux qu\u2019un autre, que tel autre a plus d\u2019imagination, qu\u2019enfin l\u2019on peut souvent savoir ou deviner ce que le juge veut entendre et que l\u2019on comprend qu\u2019en le disant on mettra un terme \u00e0 ses souffrances.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\"><em>\u00c0 Her.<\/em>, II, 10 ; p. 40-41<\/span><\/p>\n<p>On voit que deux fonctions compl\u00e9mentaires sont donn\u00e9es \u00e0 la <em>questio<\/em> (torture) : d&rsquo;une part, c&rsquo;est une formalit\u00e9 proc\u00e9durale, qui conditionne formellement le traitement de la <em>questio<\/em> (le lien entre <em>question (judiciaire)<\/em> et <em>question (torture)<\/em> est m\u00e9tonymique).<br \/>\nD&rsquo;autre part, la <em>quaestio <\/em>(torture) donnant du cr\u00e9dit \u00e0 sa parole, garantit que l&rsquo;esclave dit bien la v\u00e9rit\u00e9, et toute la v\u00e9rit\u00e9. La torture est suppos\u00e9e transformer la parole de l&rsquo;esclave en faisant de celui-ci faire une personne <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vrai-veridique\/\">v\u00e9ridique<\/a>.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit ici de torture judiciaire. Le recours \u00e0 la torture pour obtenir de bonnes informations est moralement condamn\u00e9 et pratiquement reconnu comme inefficace. Selon une formulation contemporaine, \u00ab la bi\u00e8re et les cigarettes marchent mieux que la baignoire [la torture par l&rsquo;eau]. \u00bb <strong>[3]<\/strong>\u00a0 <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><\/a>. Mais la torture survit \u00e0 sa condamnation <span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[4]<\/strong>.<\/span><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><\/a><\/p>\n<p><strong>Ordalies, miracles et ADN<br \/>\n<\/strong>On pourrait allonger la liste des preuves dites \u201cnon techniques\u201d \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9poques, et d&rsquo;autre cultures ou croyances. Par exemple,<span style=\"background-color: #ffff99;\"> le <em>miracle <\/em><\/span>constitue une forme de persuasion non technique. Au premier Moyen \u00c2ge,<span style=\"background-color: #ffff99;\"> l\u2019<em>ordalie<\/em><\/span>, ou jugement de Dieu, \u00e9tait de m\u00eame suppos\u00e9e faire \u00e9clater la v\u00e9rit\u00e9 de mani\u00e8re non technique : si l\u2019accus\u00e9 traverse le brasier et en sort vivant, c&rsquo;est qu&rsquo;il est innocent ; s\u2019il meurt, c\u2019est qu\u2019il est coupable, la punition prouve la faute.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, il faut joindre \u00e0 la liste les preuves apport\u00e9es par la police scientifique, par exemple les tests ADN, que nous consid\u00e9rons typiquement comme une preuve <em>technique<\/em>.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">3. Pr\u00e9\u00e9minence des preuves \u201cnon techniques\u201d<\/span><\/h2>\n<p>Dans les cas courants, les faits, les documents, les t\u00e9moins, soit les preuves mat\u00e9rielles, permettent de d\u00e9cider : <span style=\"background-color: #ffff99;\">\u00ab\u00a0quand une des parties disposait de preuves non techniques l\u2019affaire \u00e9tait claire pour les juges, et on n\u2019avait besoin que de peu de paroles\u00a0\u00bb<\/span> (Vidal 2000, p. 56). La preuve factuelle est de toute \u00e9vidence essentielle dans le domaine judiciaire, le langage jouant bien entendu un r\u00f4le important dans la pr\u00e9sentation des faits.<br \/>\nMais lorsque dans un proc\u00e8s on ne dispose d\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment de preuve factuelle \u2014 pas de t\u00e9moin, pas de contrat, pas de preuve \u2014, ou lorsque ces preuves sont non concluantes, on a recours, faute de mieux, aux preuves relevant de la pure \u201ctechnique\u201d rh\u00e9torique.<br \/>\nLa preuve \u201cnon technique\u201d est donc essentielle dans le domaine judiciaire. La preuve \u201ctechnique\u201d ne vient au premier plan que dans des cas tout \u00e0 fait sp\u00e9ciaux, faute de mieux \u2014 pas de t\u00e9moin, pas de contrat, pas de preuve.<\/p>\n<p>C\u2019est cette situation exceptionnelle qui est mise en sc\u00e8ne dans l\u2019anecdote cocasse o\u00f9 s\u2019opposent Tisias et Corax (6e si\u00e8cle av. J-C). Corax accepte d\u2019enseigner ses techniques rh\u00e9toriques \u00e0 Tisias, et d\u2019\u00eatre pay\u00e9 en fonction des r\u00e9sultats obtenus par son \u00e9l\u00e8ve. Si Tisias gagne son premier proc\u00e8s, alors il paie son ma\u00eetre ; s\u2019il le perd, il ne le paie pas. Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 ses \u00e9tudes, Tisias intente un proc\u00e8s \u00e0 son ma\u00eetre, o\u00f9 il soutient ne rien lui devoir. Premi\u00e8re possibilit\u00e9, il gagne ce proc\u00e8s : de par le verdict des juges, il ne doit rien \u00e0 son ma\u00eetre. Seconde possibilit\u00e9, il le perd : de par la convention priv\u00e9e pass\u00e9e avec son ma\u00eetre, il ne lui doit rien. Dans les deux cas, Tisias ne doit rien \u00e0 Corax. Que r\u00e9pond Corax? Il construit son contre-discours en reprenant mot pour mot le sch\u00e9ma de l\u2019argumentation de Tisias, mais en le renversant. Premi\u00e8re possibilit\u00e9, Tisias gagne le proc\u00e8s : de par la convention priv\u00e9e, Tisias doit payer. Seconde possibilit\u00e9, Tisias perd le proc\u00e8s ; de par la loi, Tisias doit payer pour l\u2019enseignement re\u00e7u. Dans les deux cas, Tisias doit payer. On dit que les juges chass\u00e8rent les plaideurs \u00e0 coups de b\u00e2ton.<\/p>\n<p>La preuve dite \u201ctechnique\u201d, op\u00e9rant dans un langage coup\u00e9 du monde, repr\u00e9sente le cas extr\u00eame de la preuve <em>faute de mieux\u00a0<\/em>; quand on n&rsquo;a plus rien, il reste tout de m\u00eame la parole et les ressources des st\u00e9r\u00e9otypes, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/invention\/\">Invention<\/a>. Ce cas tr\u00e8s sp\u00e9cial d&rsquo;argumentation \u201chors sol\u201d illustre bien un mode de fonctionnement <em>possible<\/em> de l\u2019argumentation, mais ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme <em>prototypique; <\/em>l&rsquo;argumentation doit compter avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">4. Une terminologie difficilement exploitable<\/span><\/h2>\n<p>Les notions de preuves \u201ctechniques\u201d et \u201cnon techniques\u201d et leur opposition sont difficilement utilisables pour les raisons suivantes.<\/p>\n<p>\u2014 <span style=\"background-color: #ffff99;\">L\u2019opposition est <strong>incertaine<\/strong>.<\/span> Un moyen d\u2019argumentation aussi important que l\u2019appel \u00e0 <em>l\u2019autorit\u00e9<\/em> a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 tant\u00f4t comme technique, tant\u00f4t comme non technique.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0<span style=\"background-color: #ffff99;\">Elle n\u00e9glige le fait que tous ces \u00e9l\u00e9ments dits \u201cnon techniques\u201d, aussi probants puissent-ils para\u00eetre, <strong>passent par un traitement argumentatif<\/strong> \u00ab\u00a0pour les soutenir ou les r\u00e9futer \u00bb<\/span> (Quintilien <em>I. O.<\/em>, V, 2, 2 ; p. 104). Les donn\u00e9es mat\u00e9rielles re\u00e7oivent du discours leur orientation argumentative, et les avocats tentent d&rsquo;accr\u00e9diter ou de discr\u00e9diter les t\u00e9moins et les t\u00e9moignages en fonction des int\u00e9r\u00eats des parties qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent.<\/p>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\">\u2014 Enfin, <strong>elle entra\u00eene des confusions avec l&rsquo;usage contemporain des termes <em>preuve<\/em> et\u00a0 <em>technique<\/em>.<\/strong> <\/span>Si la rh\u00e9torique est bien une <em>technique<\/em> du langage et du discours, elle n&rsquo;est certainement pas prototypique de ce que nous appelons <em>technique<\/em>, et la <em>preuve<\/em> qu&rsquo;elle produit n&rsquo;est dite telle que par abus de langage, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un moyen de pression. Un beau discours enflamm\u00e9 uniquement peupl\u00e9 de pr\u00e9somptions fond\u00e9es sur des lieux communs ne prouve strictement rien, mais peut en effet soulever les foules et les pousser \u00e0 l&rsquo;action.<br \/>\n<span style=\"background-color: #ffff99;\">En fait, la terminologie s&rsquo;est invers\u00e9e<\/span>, et nous appelons typiquement\u00a0 <em>preuve technique<\/em> les preuves que la rh\u00e9torique appelle \u201c<em>non<\/em> <em>techniques<\/em>\u201d, et nous appellerions avec beaucoup d&rsquo;indulgence \u201cpreuves non technique\u201d les suggestions d&rsquo;un discours fond\u00e9 sur la pure magie verbale. Il s&rsquo;agit manifestement d&rsquo;autre chose.<br \/>\nL\u2019opposition entre les deux types de \u201cpreuves rh\u00e9toriques\u201d est faite dans un domaine argumentatif sp\u00e9cifique, le droit. Les preuves \u201ctechniques\u201d se d\u00e9finissent par l\u2019exploitation des <em>endoxa<\/em>, des lieux <em>communs<\/em> au groupe, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/invention\/\">Invention<\/a>, alors que les th\u00e8mes \u201cnon techniques\u201d demandent des connaissances <em>sp\u00e9ciales<\/em>, sur les mati\u00e8res et les modes de raisonnement juridique, comme le montre l\u2019existence d&rsquo;une topique juridique, distincte \u00a0 de la topique commune (Aristote, I, 2, 1358a1, 10-35). La technique du droit s&rsquo;exerce donc essentiellement sur le \u201cnon technique\u201d de la rh\u00e9torique.<\/p>\n<p>La terminologie rh\u00e9torique s&rsquo;av\u00e8re totalement contre-intuitive. Pour ces raisons, et afin de souligner ces difficult\u00e9s, les termes <em>technique<\/em> et <em>non technique<\/em>, lorsqu&rsquo;ils sont utilis\u00e9s dans le sens qu&rsquo;ils ont en rh\u00e9torique ancienne sont mis syst\u00e9matiquement <span style=\"background-color: #ffff99;\">mis entre guillemets<\/span> dans cet ouvrage. V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logos-pathos-ethos\/\">Logos &#8211; Pathos -\u00c9thos<\/a><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">5. Preuves \u201ctechniques\u201d, <\/span><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logos-pathos-ethos\/\">V. <\/a><\/span><a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logos-pathos-ethos\/\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Logos &#8211; Pathos -\u00c9thos<\/span><\/a><\/span><\/h2>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[1] <\/strong>Le mot grec <em>pistis<\/em> [\u03c0\u1f77\u03c3\u03c4\u03b9\u03c2] signifie \u201cconfiance, qui donne confiance\u00a0; bonne foi\u201d\u00a0; \u201c\u00a0moyen d\u2019inspirer confiance, moyen de persuasion, argument, preuve\u00a0;\u00a0preuve juridique\u201d\u00a0; (d&rsquo;apr\u00e8s Bailly, [\u03c0\u1f77\u03c3\u03c4\u03b9\u03c2])<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[2] <\/strong><\/span><span style=\"font-size: 10pt; color: #231f20;\">Daremberg Charles, Saglio Edmond (dirs), 1877-1911. <i>Dictionnaire des antiquit\u00e9s grecques et romaines<\/i>. Paris, Hachette. http:\/\/dagr.univ-tlse2.fr\/<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[3] <\/strong>https:\/\/www.military.com\/daily-news\/2016\/11\/23\/mattis-trump-beer-cigarettes-work-better-waterboarding.html<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[4]<\/strong> \u00ab <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><\/a>La <em>Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou d\u00e9gradants<\/em> est un trait\u00e9 de droit international relatif aux droits de l&rsquo;homme, adopt\u00e9 dans le cadre des Nations Unives. \u00bb (Wikipedia, <em>Convention contre la torture<\/em>)<br \/>\n<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cPREUVES TECHNIQUES\u201d et \u201cPREUVES NON TECHNIQUES\u201d &nbsp; La rh\u00e9torique distingue entre les preuves rh\u00e9toriques proprement dites ou \u201cpreuves techniques\u201d, produites par l&rsquo;orateur et apport\u00e9es par son discours, et un ensemble de preuves \u201cnon techniques\u201d regroupant la loi, les serments, les contrats, les t\u00e9moignages, etc. donn\u00e9es avec le proc\u00e8s, que l&rsquo;orateur doit exploiter. 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