{"id":1993,"date":"2021-04-20T12:15:04","date_gmt":"2021-04-20T10:15:04","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=1993"},"modified":"2024-11-10T09:01:16","modified_gmt":"2024-11-10T08:01:16","slug":"schematisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/schematisation\/","title":{"rendered":"Sch\u00e9matisation en Logique Naturelle"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">SCH\u00c9MATISATION en \u201cLogique Naturelle\u201d<\/h1>\n<p>Grize d\u00e9finit l&rsquo;argumentation comme une \u201clogique naturelle\u201d. L&rsquo;objet de cette logique est l&rsquo;\u00e9tude des processus de pens\u00e9e dont le discours nous fournit les traces. Ces processus cognitifs ob\u00e9issent \u00e0 des m\u00e9canismes sp\u00e9cifiques, que la logique naturelle se propose de repr\u00e9senter au moyen des concepts de <em>sch\u00e9matisation <\/em>et <em>d\u2019organisation raisonn\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab Sch\u00e9ma \u00bb a ici un sens totalement diff\u00e9rent de \u00ab sch\u00e9ma d&rsquo;argument \u00bb, notion qui correspond \u00e0 une \u00ab organisation raisonn\u00e9e \u00bb dans le vocabulaire de Grize. L&rsquo;organisation raisonn\u00e9e est un ph\u00e9nom\u00e8ne de second niveau, celui de la combinaison des \u00e9nonc\u00e9s, tandis que la sch\u00e9matisation est un ph\u00e9nom\u00e8ne de premier niveau, celui de la production de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Donner \u00e0 voir : la notion d&rsquo;\u00e9clairage<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le locuteur construit, \u00ab\u00a0am\u00e9nage\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 35) une signification synth\u00e9tique, coh\u00e9rente, stable, \u00ab de ce dont il s\u2019agit \u00bb (1990, p. 29). Son discours pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;interlocuteur un \u00ab micro-univers \u00bb se donnant pour \u00ab un reflet exact de la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 36) : les sch\u00e9matisations sont la contrepartie cognitive des constructions langagi\u00e8res.<\/p>\n<p>Selon la m\u00e9taphore favorite de Grize, celle de <em>l&rsquo;\u00e9clairage<\/em>, argumenter, c&rsquo;est montrer \u00e0 un auditoire une situation telle qu&rsquo;elle est \u00ab \u00e9clair\u00e9e \u00bb par le discours de l&rsquo;orateur. Les sch\u00e9matisations ont pour fonction \u00ab de faire voir quelque chose \u00e0 quelqu\u2019un \u00bb (1996, p. 50) :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">sch\u00e9matiser [&#8230;] est un acte s\u00e9miotique : c\u2019est donner \u00e0 voir. (<em>Ibid.<\/em>, p. 37).<\/span><\/p>\n<p>La notion d&rsquo;\u00e9clairage peut rappeler la notion de \u00ab pr\u00e9sence \u00bb propos\u00e9e par Perelman &amp; Olbrechts-Tyteca ([1958], p. 154 sv.). Mais toutes les op\u00e9rations de construction du discours deviennent chez Grize \u00ab des techniques argumentatives \u00bb.<\/p>\n<p>Ces images sont la source de la persuasion :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Agir sur [l\u2019interlocuteur], c\u2019est chercher \u00e0 modifier les diverses repr\u00e9sentations qu\u2019on lui pr\u00eate, en mettant en \u00e9vidence certains aspects des choses, en en occultant d\u2019autres, en en proposant de nouvelles, et tout cela \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sch\u00e9matisation appropri\u00e9e.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Grize 1990, p. 40 ; je souligne<\/span><\/p>\n<p>On voit que, dans la perspective de Grize, une argumentation n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement un ensemble d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s organis\u00e9s selon un sch\u00e9ma mod\u00e8le comme celui de Toulmin ; la capacit\u00e9 persuasive d&rsquo;un texte et sa rationalit\u00e9 ne sont pas li\u00e9es li\u00e9es \u00e0 certains types de\u00a0discours, ni \u00e0 l&rsquo;utilisation de telle et telle technique discursive, ou sch\u00e8me d&rsquo;argumentation. La critique d&rsquo;une repr\u00e9sentation ne peut \u00eatre qu&rsquo;une autre repr\u00e9sentation concurrente. La rationalit\u00e9 au sens o\u00f9 on l&rsquo;entend dans les \u00e9tudes d&rsquo;argumentation n&rsquo;a pas vraiment de place dans ce mod\u00e8le.<\/p>\n<p>Tout \u00e9nonc\u00e9, toute succession coh\u00e9rente d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s, qu&rsquo;elle soit traditionnellement consid\u00e9r\u00e9e comme descriptive, narrative, explicative ou argumentative, est, de fait, <em>argumentative<\/em>, dans la mesure o\u00f9 elle construit un sch\u00e9ma de la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;elle traite.<\/p>\n<p>La notion de sch\u00e9matisation par la parole des objets et des situations est d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00e9tude de l\u2019argumentation, et on le voit de fa\u00e7on particuli\u00e8rement claire dans les \u00e9pisodes de confrontation discours \/ contre-discours. L&rsquo;\u00e9change suivant provient d&rsquo;un dialogue \u00e0 propos du remplacement des personnels gr\u00e9vistes. Si les gr\u00e9vistes sont remplac\u00e9s, alors la gr\u00e8ve perd son moyen d&rsquo;action essentiel, qui est de faire pression sur les usagers et les responsables de l&rsquo;institution (ici une institution \u00e9tatique disposant de l&rsquo;argent des contribuables).<br \/>\nLe changement d&rsquo;\u00e9clairage se fait ici par un changement du mode de d\u00e9signation des sommes en cause.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">L1 : \u2014 <em>Ces rempla\u00e7ants, vous allez les payer avec l\u2019argent des gr\u00e9vistes !<br \/>\n<\/em>L2 : \u2014 <em>C\u2019est pas l\u2019argent des gr\u00e9vistes, c\u2019est l\u2019argent des contribuables<\/em> <em>!<\/em><\/p>\n<p>L1 consid\u00e8re que faire servir \u201cl&rsquo;argent des gr\u00e9vistes\u201d pour combattre leur propre gr\u00e8ve est une indignit\u00e9. L2 red\u00e9finit les sommes employ\u00e9es comme \u201cl&rsquo;agent des contribuables\u201d, qu&rsquo;il est normal d&#8217;employer pour assurer le bon fonctionnement du service public, donc pour payer des rempla\u00e7ants.<\/p>\n<p>Cette conception aboutit \u00e0 reconsid\u00e9rer toute information comme argumentative.<br \/>\nV. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/argumentation-1\/\">Argumentation (1): D\u00e9finitions<\/a>; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/argumentation-2\/\">Argumentation (2): Carrefours et positions.<\/a><\/p>\n<p>Ce concept d&rsquo;argumentation sous-tendant description, narration ou explication \u00e9voque notamment la vision de l&rsquo;argumentation comme \u201cstorytelling\u201d et \u201cimage drawing\u201d repr\u00e9sentant un monde de fa\u00e7on globale, coh\u00e9rente et possiblement tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette approche peut \u00eatre r\u00e9confortante pour les \u00e9tudiants d\u00e9courag\u00e9s par la difficult\u00e9 de donner un compte rendu dense de textes ou d&rsquo;interactions en termes de sch\u00e9mas d&rsquo;argumentation, m\u00eame lorsque ceux-ci sont compl\u00e9t\u00e9s par un vaste r\u00e9pertoire de figures de style, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/objet-de-discours\/\">Objet de discours<\/a>.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. Op\u00e9rations construisant les sch\u00e9matisations<\/span><\/h2>\n<p>La logique naturelle postule l\u2019existence de \u00ab notions primitives \u00bb, de nature pr\u00e9-langagi\u00e8re (Grize 1996, p. 82), li\u00e9es \u00e0 la fois \u00e0 la culture et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des sujets parlants. Ces notions correspondent aux \u00ab\u00a0pr\u00e9construits culturels \u00bb, aux id\u00e9es re\u00e7ues et au pr\u00e9-jug\u00e9 (sans connotations p\u00e9joratives). La langue \u00ab [s\u00e9mantise] \u00bb ces notions primitives pour en faire \u00ab [des] objet[s] de pens\u00e9e \u00bb associ\u00e9s aux mots (Grize 1996, p. 83).<br \/>\nLes sch\u00e9matisations s\u2019ancrent dans ces \u00ab notions primitives \u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 67) et se construisent par une s\u00e9rie d\u2019op\u00e9rations. Le petit texte :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Il est regrettable que le bord de l\u2019image soit tout \u00e0 fait flou, et cela doit \u00eatre corrig\u00e9<\/span><\/p>\n<p>est construit, \u00e0 partir des notions primitives associ\u00e9es \u00e0 <em>image <\/em>et \u00e0 <em>flou<\/em>, not\u00e9es \/flou\/ et \/image\/, par la succession d\u2019op\u00e9rations suivantes.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(i) Op\u00e9ration de constitution des notions primitives en objets de discours <\/strong>ou classes-objets, que le discours va enrichir d\u2019\u00e9l\u00e9ments li\u00e9s culturellement ou linguistiquement \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment de base de la classe-objet (1982, p. 227). La classe-objet correspond au faisceau d\u2019objet pour un texte donn\u00e9 (1990, p. 86-87). Le texte construit la classe-objet (<em>image, bord de l\u2019image<\/em>), ainsi que le couple pr\u00e9dicatif (<em>\u00eatre flou, ne pas \u00eatre flou<\/em>).<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(ii) Op\u00e9rations de caract\u00e9risation<\/strong>, qui produisent des \u00ab contenus de jugements \u00bb ou pr\u00e9dications, et sont accompagn\u00e9es de modalisations, op\u00e9r\u00e9es sur les classes-objets. Le contenu de jugement correspondant est \u201c[que le bord de l\u2019image] [\u00eatre] tout \u00e0 fait flou\u201d. Ce contenu de jugement pourra \u00eatre ensuite assert\u00e9 ou ni\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(iii) Op\u00e9rations d\u2019\u00e9nonciation,<\/strong> le contenu de la pr\u00e9dication est pris en charge par un sujet et produit un \u00e9nonc\u00e9. Ici : \u201c<em>il est regrettable que le bord de l\u2019image soit tout \u00e0 fait flou<\/em>\u201d.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(iv) <\/strong> <strong>Op\u00e9ration de configuration,<\/strong> ou de liaison de plusieurs \u00e9nonc\u00e9s, au niveau de l\u2019encha\u00eenement discursif. L\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9tayage est une op\u00e9ration de configuration particuli\u00e8re. L\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0 <strong>(iii)<\/strong>\u00a0 est coordonn\u00e9 par <em>et <\/em>avec un second \u00e9nonc\u00e9, produit selon un m\u00e9canisme similaire, \u201c<em>cela doit \u00eatre corrig\u00e9<\/em>\u201d.<\/span><\/p>\n<p>Les objets ainsi sch\u00e9matis\u00e9s vont \u00e9voluer au fil du discours. Les op\u00e9rations dites de \u00ab\u00a0configuration \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de composition d\u2019\u00e9nonc\u00e9s o\u00f9 la tradition voit l\u2019essence logique de l\u2019argumentation, interviennent en dernier lieu (1990, p. 66). Le grand int\u00e9r\u00eat de cette approche est de souligner que toutes les op\u00e9rations que l\u2019on peut distinguer dans la production de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 ont \u00e9galement valeur argumentative. L&rsquo;argumentation est autant une affaire de construction de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 que d&rsquo;encha\u00eenement des \u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rentes op\u00e9rations du langage ou de l\u2019esprit peuvent \u00eatre mises en relation avec des notions de <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/logique-art-de-penser\/\">logique classique<\/a> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(i)<\/strong> L\u2019op\u00e9ration de constitution des notions primitives en objets de discours construit <em>des termes et des pr\u00e9dicats.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(ii)<\/strong> L\u2019op\u00e9ration de caract\u00e9risation produit <em>des contenus propositionnels non assert\u00e9es.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(iii)<\/strong> L\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9nonciation correspond <em>\u00e0 l\u2019assertion.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>(iv)<\/strong> L\u2019op\u00e9ration de configuration correspond <em>\u00e0 l\u2019insertion de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 dans un discours<\/em>.<\/span><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">3. Op\u00e9rations d&rsquo;\u00e9tayage<\/span><\/h2>\n<p>La notion <em>d\u2019\u00e9tayage<\/em>, d\u00e9velopp\u00e9e en logique naturelle, est d\u00e9finie comme<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Une fonction discursive consistant, pour un segment de discours donn\u00e9 (dont la dimension peut varier de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 simple \u00e0 un groupe d\u2019\u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9sentant une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 fonctionnelle), \u00e0 accr\u00e9diter, rendre plus vraisemblable, renforcer, etc. le contenu assert\u00e9 dans un autre segment du m\u00eame discours. (<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Apoth\u00e9loz &amp; Mi\u00e9ville 1989, p. 70)<\/span><\/p>\n<p>Avec cette notion, la logique naturelle rejoint les probl\u00e9matiques de l\u2019argumentation comme composition d\u2019\u00e9nonc\u00e9s, un ou des \u00e9nonc\u00e9-argument soutenant un \u00e9nonc\u00e9-conclusion, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/argumentation-1\/\">Argumentation : D\u00e9finitions<\/a><\/p>\n<p>Pour d\u00e9signer le r\u00e9sultat du processus d&rsquo;\u00e9tayage, la logique naturelle emploie le terme <em>d\u2019organisation raisonn\u00e9e <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">De nombreux \u00e9nonc\u00e9s ne servent en fait qu\u2019\u00e0 appuyer, \u00e0 \u00e9tayer l\u2019information donn\u00e9e. Ceci rel\u00e8ve de l\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019argumentation et permet d\u2019envisager des blocs plus ou moins \u00e9tendus de s\u00e9quences discursives comme des organisations raisonn\u00e9es. (Grize 1990, p. 120)<\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude des organisations raisonn\u00e9es est un instrument pour l\u2019\u00e9tude des <em>repr\u00e9sentations<\/em>, d\u00e9finies comme \u00ab un r\u00e9seau de contenus articul\u00e9s entre eux \u00bb (Grize 1990, p. 119-120).<br \/>\nGrize parle de repr\u00e9sentation pour focaliser sur le contenu cognitif du discours argumentatif.<\/p>\n<p>Pour la logique naturelle, ce qui est <em>raisonn\u00e9 <\/em>ne se limite pas \u00e0 la combinaison d\u2019\u00e9nonc\u00e9s, mais inclut tout le processus dynamique de production et de structuration de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, qu\u2019il soit argument ou conclusion<strong>.<\/strong><\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">4. Sch\u00e9matisation et situation de communication<\/span><\/h2>\n<p>Les sch\u00e9matisations sont construites en d\u00e9pendance de la situation de communication. Elles sont le produit de \u00ab l\u2019activit\u00e9 de discours [qui] sert \u00e0 construire des objets de pens\u00e9e \u00bb (1990, p. 22) ; en cela elles rel\u00e8vent d\u2019une <em>logique des objets<\/em>, ces objets entrant dans un dialogue o\u00f9 ils \u00ab\u00a0[servent] de r\u00e9f\u00e9rents communs aux interlocuteurs\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>). En tant que <em>logique des sujets<\/em>, la logique naturelle envisage une relation d\u2019interlocution strictement analogue \u00e0 celle de l\u2019adresse rh\u00e9torique. Elle est \u00ab de nature essentiellement dialogique \u00bb (1990, p. 21) :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">J\u2019entends par l\u00e0 non l\u2019entrelacs de deux discours, mais la production d\u2019un discours \u00e0 deux\u00a0: celle d\u2019un locuteur (orateur) [&#8230;] en pr\u00e9sence d\u2019un locut\u00e9 (auditeur) [&#8230;]. Il est vrai que, dans la quasi-totalit\u00e9 des textes examin\u00e9s, [l\u2019auditeur] reste virtuel. Cela ne change toutefois rien au probl\u00e8me de fond : [l\u2019orateur] construit son discours en fonction des repr\u00e9sentations qu\u2019il a de son auditeur. Simplement, si [l\u2019auditeur] est pr\u00e9sent, il peut effectivement dire \u201c<em>Je ne suis pas d\u2019accord<\/em>\u2019\u201d ou \u201c<em>Je ne comprends pas<\/em>\u201d. Mais si l\u2019auditeur est absent, [l\u2019orateur] doit bel et bien anticiper ses refus et ses incompr\u00e9hensions. (1982, p. 30)<\/span><\/p>\n<p>Les sch\u00e9matisations sont construites en situation d\u2019interlocution, selon le mod\u00e8le suivant (Grize 1990, p. 29) :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">A = Locuteur ; B = Interlocuteur ; T = Th\u00e8me ;<br \/>\nPCC = Pr\u00e9construits culturels Im(A),<br \/>\nIm(T), Im(B) = Image de A, du Th\u00e8me, de B<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3990 aligncenter\" src=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Sche\u0301ma-Grize-300x134.png\" alt=\"\" width=\"546\" height=\"244\" srcset=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Sche\u0301ma-Grize-300x134.png 300w, https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Sche\u0301ma-Grize.png 434w\" sizes=\"auto, (max-width: 546px) 100vw, 546px\" \/><\/p>\n<p>Im(A), Im (T), Im(B) : le locuteur construit dans son discours son image, celle de son interlocuteur et celle de la situation. Il y a une construction strat\u00e9gique de tous les \u00ab objets de discours \u00bb, pour reprendre la terminologie de Grize : images de l\u2019opposant, du juge, du public, du suspect, des t\u00e9moins, de tous les protagonistes de la cause. La th\u00e9matique de l\u2019<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ethos\/\">\u00e9thos<\/a> correspond \u00e0 celle de la \u00ab sch\u00e9matisation de soi \u00bb et des autres partenaires de l\u2019interaction.<br \/>\nCe sch\u00e9ma est profond\u00e9ment rh\u00e9torique, mais avec un renoncement \u00e0 la persuasion, au profit de la <em>monstration <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">L\u2019orateur ne fait jamais que construire une sch\u00e9matisation devant son auditoire sans la lui \u201ctransmettre\u201d \u00e0 proprement parler. (1982, p. 30).<\/span><\/p>\n<p>Les modes d&rsquo;interaction entre les sch\u00e9matisations respectives des participants restent \u00e0 d\u00e9terminer.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">5. Logique, Logique naturelle, Logique substantielle et Argumentation dans la langue<\/span><\/h2>\n<p>Grize d\u00e9finit la logique <em>naturelle <\/em>par opposition \u00e0 la logique <em>formelle <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une logique de la forme, d\u2019une logique formelle, il est possible d\u2019envisager une \u201clogique des contenus\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire une logique qui se pr\u00e9occupe des proc\u00e9d\u00e9s de pens\u00e9e qui permettent d\u2019\u00e9laborer des contenus et de les relier les uns aux autres. La logique formelle \u00e0 base de propositions rend compte des relations entre concepts, la logique naturelle se propose, elle, de mettre en \u00e9vidence la fa\u00e7on dont se construisent les notions et les liens qui les unissent. (Grize 1996, p. 80)<\/span><\/p>\n<p>La notion de \u00ab\u00a0logique des contenus\u00a0\u00bb peut rappeler la \u00ab\u00a0<em>substantial logic\u00a0<\/em>\u00bb du <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/modele-de-toulmin\/\"><em>mod\u00e8le<\/em><em> de Toulm<\/em>in.<\/a> Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de Toulmin qui caract\u00e9rise l\u2019argumentation par un agencement d\u2019\u00e9nonc\u00e9s sur la structure interne desquels il ne s\u2019interroge que secondairement, Grize travaille en priorit\u00e9 sur les op\u00e9rations de production de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Comme la th\u00e9orie de l\u2019argumentation dans la langue, la logique naturelle g\u00e9n\u00e9ralise l\u2019argumentation, mais, alors que l\u2019argumentation dans la langue g\u00e9n\u00e9ralise l\u2019argumentation sur des caract\u00e9ristiques de <em>langue<\/em>, la logique naturelle g\u00e9n\u00e9ralise sur des caract\u00e9ristiques de <em>discours <\/em>: la logique naturelle est une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019argumentation qui fait confiance au discours<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9orie de l&rsquo;argumentation dans la langue s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9gager des faits de langue, la logique naturelle est une logique du discours, applicable \u00e0 n&rsquo;importe quel discours. Dans la premi\u00e8re, les faits langagiers sont appr\u00e9hend\u00e9s dans leur rapport \u00e0 la th\u00e9orie. La seconde s&rsquo;int\u00e9resse imm\u00e9diatement \u00e0 des cas dont il s&rsquo;agit de d\u00e9gager la sch\u00e9matisation qu&rsquo;ils op\u00e8rent.<br \/>\nLa notion de sch\u00e9matisation a la m\u00eame valeur fondatrice pour la logique naturelle que la notion d&rsquo;<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/orientation-1\/\">orientation<\/a> pour l&rsquo;argumentation dans la langue, mais, alors que l\u2019argumentation dans la langue g\u00e9n\u00e9ralise l\u2019argumentation sur des caract\u00e9ristiques de <em>langue<\/em>, la logique naturelle g\u00e9n\u00e9ralise sur des caract\u00e9ristiques de <em>discours <\/em>: la logique naturelle est une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019argumentation qui fait confiance au discours.<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SCH\u00c9MATISATION en \u201cLogique Naturelle\u201d Grize d\u00e9finit l&rsquo;argumentation comme une \u201clogique naturelle\u201d. L&rsquo;objet de cette logique est l&rsquo;\u00e9tude des processus de pens\u00e9e dont le discours nous fournit les traces. Ces processus cognitifs ob\u00e9issent \u00e0 des m\u00e9canismes sp\u00e9cifiques, que la logique naturelle se propose de repr\u00e9senter au moyen des concepts de sch\u00e9matisation et d\u2019organisation raisonn\u00e9e. \u00ab Sch\u00e9ma [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1993","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1993","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1993"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1993\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12492,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1993\/revisions\/12492"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1993"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1993"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1993"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}