{"id":2009,"date":"2021-04-20T13:22:20","date_gmt":"2021-04-20T11:22:20","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=2009"},"modified":"2024-11-10T12:00:30","modified_gmt":"2024-11-10T11:00:30","slug":"sophisme-sophiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/sophisme-sophiste\/","title":{"rendered":"Sophisme &#8211; Sophiste"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>SOPHISME, SOPHISTE<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On parle de sophismes et de sophistes dans deux contextes bien distincts, en philosophie et dans le discours ordinaire. Les sophistes historiques sont des philosophes grecs qui ont amen\u00e9 les locuteurs ordinaires \u00e0 affronter les paradoxes de l&rsquo;expression ordinaires. Dans le langage contemporain, un sophisme est un raisonnement fallacieux ouvertement absurde destin\u00e9 \u00e0 tromper l&rsquo;interlocuteur.<\/p>\n<p>On parle de sophismes et de sophistes dans deux contextes bien distincts, en philosophie et dans le discours ordinaire.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">1. Les sophistes historiques<\/span><\/h2>\n<p>Les <em>sophistes historiques <\/em>repr\u00e9sentent la premi\u00e8re \u00e9cole de mise en pratique d\u2019une r\u00e9flexion sur le langage dans l&rsquo;interaction sociale. Au moyen d\u2019interventions discursives appel\u00e9es <em>sophismes<\/em>, <span style=\"background-color: #ffff99;\">les sophistes d\u00e9stabilisent les repr\u00e9sentations courantes sur le langage,<\/span> mettent en avant son arbitraire au sens saussurien, ce qui est une provocation pour les locuteurs ordinaires pour qui le langage est transparent et non probl\u00e9matique.<br \/>\nCes discours ont moins l\u2019intention de tromper que de mettre leurs interlocuteurs face aux <span style=\"background-color: #ffff99;\">paradoxes de l\u2019expression<\/span> telle qu\u2019on la pratique couramment.<\/p>\n<p>Dans l\u2019<em>Euthyd\u00e8me, <\/em>Platon met en sc\u00e8ne Socrate en train d&rsquo;examiner les raisonnements que le sophiste Dionysodore propose \u00e0 son na\u00eff interlocuteur, Ct\u00e8sippe, dont le suivant est un exemple.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Dis-moi en effet : tu as un chien ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Oui, et tr\u00e8s m\u00e9chant, dit Ct\u00e8sippe.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 A-t-il des petits ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014\u00a0Oui, et aussi m\u00e9chants que lui.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014\u00a0Le chien n\u2019est-il pas leur p\u00e8re ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014\u00a0Je l\u2019ai vu de mes yeux, r\u00e9pondit-il, couvrir la chienne.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Eh bien, le chien n\u2019est-il pas \u00e0 toi ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014\u00a0Certainement, dit-il.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Donc, il est p\u00e8re et \u00e0 toi, en sorte que ce chien devient ton p\u00e8re, et toi fr\u00e8re des petits chiens.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Platon, <em>Euthyd\u00e8me<\/em>.<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> XXIV, 298a-299d\u00a0; Chambry, Paris, Garnier. p. 141-142.<\/span><\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que <span style=\"background-color: #ffff99;\">ce discours n\u2019est pas fait pour convaincre<\/span> Ct\u00e8sippe qu\u2019il est fils et fr\u00e8re de chien. Le discours sophistique ne trompe pas ses auditeurs, il les plonge dans le d\u00e9sarroi ou la fureur.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes propos\u00e9s par les sophistes, comme le <em>paradoxe du menteur<\/em> ou le <em>paradoxe du tas<\/em> (<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/sorite\/\"><em>sorite<\/em><\/a>) restent ouverts, De m\u00eame, la question \u00e9thique des premiers devoirs de l\u2019homme reste ouverte : sont-ils d\u00e9finis par la soci\u00e9t\u00e9 ou directement dans une n\u00e9gociation de personne \u00e0 personne\u00a0?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">[Antiphon le sophiste affirmait que] la loi, en obligeant l\u2019homme \u00e0 t\u00e9moigner la v\u00e9rit\u00e9 devant les tribunaux, nous oblige souvent \u00e0 faire tort \u00e0 qui ne nous en a fait aucun, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 contredire le premier pr\u00e9cepte de la justice.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u00c9mile. Br\u00e9hier, <em>Histoire de la philosophie<\/em>, [1928]<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/span><\/p>\n<p>La sophistique repr\u00e9sente, avec le scepticisme, un mouvement intellectuel essentiel pour l\u2019argumentation, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/assentiment\/\">Assentiment<\/a>.<br \/>\nLes sophistes ont formul\u00e9 le principe du <span style=\"background-color: #ffff99;\">d\u00e9bat pied \u00e0 pied entre discours contradictoire<\/span>s, les <span style=\"background-color: #ffff99;\"><em>anti-logies <\/em><\/span>(Antiphon, <em>Disc<\/em>.), la notion de point de vue, la r\u00e9flexion sur le vraisemblable et les paradoxes du langage. Ces positions ont \u00e9t\u00e9 stigmatis\u00e9es par l\u2019id\u00e9alisme platonicien, qui leur a impos\u00e9 des d\u00e9formations dont elles ont souffert au moins jusqu\u2019\u00e0 Hegel en philosophie et que seul le langage courant a retenu.<\/p>\n<p>Les anciens sophistes n&rsquo;\u00e9taient pas plus des sophistes au sens contemporain du terme que Duns Scott, le \u201cDocteur subtil\u201d n&rsquo;\u00e9tait <em>a<\/em> <em>dunce<\/em>, \u201cun cancre stupide\u201d, alors que le mot <em>dunce <\/em>provient de son propre nom, <em>Duns<\/em>.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff;\">2. <em>Sophisme, sophiste<\/em> dans le parler contemporain<\/span><\/h2>\n<p>Dans le langage contemporain, un sophisme est un raisonnement <em>\u00e9ristique<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire fallacieux, paralogique. Du point de vue interactionnel, c\u2019est <span style=\"background-color: #ffff99;\">un discours embarrassant, mensonger, manipulatoire et dangereux, d\u00e9nonc\u00e9 comme \u00e9videmment faux, mais dont la r\u00e9futation est difficile<\/span>. Quel que soit le type de discours qu\u2019on d\u00e9nonce en le mettant dans la cat\u00e9gorie de \u201csophisme\u201d, le concept est essentiel pour l\u2019analyse de la r\u00e9ception pol\u00e9mique du discours argumentatif.<\/p>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\">Un <em>sophisme <\/em>est un paralogisme envelopp\u00e9 dans un discours malintentionn\u00e9, produit pour faire perdre pied \u00e0 l\u2019adversaire.<\/span> La distinction sophisme\/paralogisme repose sur une imputation d\u2019intention inavouable, qui peut ou non \u00eatre port\u00e9e \u00e0 bon droit. Le paralogisme est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019erreur et de la b\u00eatise ; <span style=\"background-color: #ffff99;\">le sophisme est un paralogisme servant les int\u00e9r\u00eats ou les passions de son auteur<\/span>. En vertu du principe \u201c<em>cherchez \u00e0 qui profite le crime<\/em>\u201d, une telle \u201cerreur\u201d est charg\u00e9e d\u2019intention maligne par celui qui en est le destinataire et la victime potentielle. De la description on passe ainsi \u00e0 l\u2019accusation, que l\u2019on retrouve dans l\u2019orientation contemporaine n\u00e9gative de termes comme <em>sophisme<\/em>, <em>sophiste<\/em>, <em>sophistique <\/em>(adjectif), V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/fallacieux-2\/\">Fallacie<\/a>; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/evaluation-syllogisme\/\">\u00c9valuation du syllogisme<\/a>; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/preuve-et-arts-de-la-preuve\/\">Preuve<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> XXIV, 298a-299d\u00a0; Chambry, Paris, Garnier. p. 141-142.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> T.I. <em>Antiquit\u00e9 et Moyen \u00c2ge<\/em>, Paris, PUF, 1981, p. 74.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SOPHISME, SOPHISTE &nbsp; On parle de sophismes et de sophistes dans deux contextes bien distincts, en philosophie et dans le discours ordinaire. Les sophistes historiques sont des philosophes grecs qui ont amen\u00e9 les locuteurs ordinaires \u00e0 affronter les paradoxes de l&rsquo;expression ordinaires. 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