{"id":2077,"date":"2021-04-20T20:23:47","date_gmt":"2021-04-20T18:23:47","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=2077"},"modified":"2024-11-13T15:46:59","modified_gmt":"2024-11-13T14:46:59","slug":"vertige","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/vertige\/","title":{"rendered":"Vertige"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"color: #999999;\">Arg. du<\/span> VERTIGE<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\"><br \/>\nLocke rejette l&rsquo;argumentation par l&rsquo;<a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ignorance-fr\/\">ignorance<\/a><\/span>. Leibniz nuance cette condamnation et admet la validit\u00e9 de cet argument dans le cas d&rsquo;une discussion o\u00f9 l&rsquo;argumentation du proposant le conduirait \u00e0 <span style=\"background-color: #ffff99;\">rejeter une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re<\/span>.<br \/>\nL&rsquo;opposant, par hypoth\u00e8se, est dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de prouver positivement ces v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res ou de r\u00e9futer les preuves du proposant. Selon Leibniz, <span style=\"background-color: #ffff99;\">il peut invoquer l\u00e9gitimement l&rsquo;argumentation par l&rsquo;ignorance pour maintenir sa croyance dans de telles v\u00e9rit\u00e9s<\/span> : \u201c<em>si ce que vous dites \u00e9tait vrai, alors nous ne pourrions rien savoir<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>L\u2019argument du vertige ou de la r\u00e9gression infinie est d\u00e9fini par Leibniz en relation avec sa discussion de l\u2019argument sur l\u2019ignorance (<em>ad ignorantiam<\/em>) de Locke :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">On pourrait encore apporter d\u2019autres arguments dont on se sert, par exemple celui qu\u2019on pourrait appeler <em>ad vertiginem<\/em>, lorsqu\u2019on raisonne ainsi\u00a0: \u201c<em>Si cette preuve n\u2019est point re\u00e7ue, nous n\u2019avons aucun moyen de parvenir \u00e0 la certitude sur le point dont il s\u2019agit<\/em>\u201d, et qu\u2019on prend pour une absurdit\u00e9. <span style=\"background-color: #ffff99;\">Cet argument est bon en certains cas, comme si quelqu\u2019un voulait nier les v\u00e9rit\u00e9s primitives et imm\u00e9diates,<\/span> par exemple que rien ne peut \u00eatre et n\u2019\u00eatre pas en m\u00eame temps, ou que nous existons nous-m\u00eames, car s\u2019il avait raison, il n\u2019y aurait aucun moyen de conna\u00eetre quoi que ce soit. (Leibniz [1765], Livre IV, p. 511)<\/span><\/p>\n<p>L\u2019argumentation a la forme d\u2019une <span style=\"background-color: #ffff99;\">argumentation par les <a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/consequence\/\">cons\u00e9quences<\/a> dites <a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/absurde\/\">absurdes<\/a> parce que dramatiques,<\/span> V. <a style=\"background-color: #ffff99;\" href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/path\u00e9tique\/\">Path\u00e9tique<\/a> ; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/ignorance\/\">Ignorance<\/a>. Il s\u2019agit des premiers principes de la connaissance, comme le principe de contradiction, que toute personne doit admettre sous peine de ne pouvoir rien dire. On a donc affaire \u00e0 une forme d\u2019argument sur les limites m\u00eames de notre possibilit\u00e9 de savoir.<br \/>\n\u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019argument par l\u2019ignorance, l\u2019argument <em>ad vertiginem <\/em>serait donc valide dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;impossibilit\u00e9 sur laquelle il se fonde n&rsquo;est pas une impossibilit\u00e9 subjective, li\u00e9e \u00e0 telle ou telle personne ou groupe, mais une impossibilit\u00e9 objective et rationnelle concernant l&rsquo;humanit\u00e9 en tant que telle<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>Leibniz ajoute \u00e0 cela un d\u00e9veloppement sur les preuves convenant \u00ab \u00e0 nos doctrines re\u00e7ues et \u00e0 nos pratiques \u00bb :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Mais quand on s&rsquo;est fait certains principes et quand on les veut soutenir, parce qu&rsquo;autrement tout le syst\u00e8me de quelque doctrine re\u00e7ue tomberait, l&rsquo;argument n&rsquo;est point d\u00e9cisif ; car il faut distinguer entre ce qui est n\u00e9cessaire pour soutenir nos connaissances, et entre ce qui sert de fondement \u00e0 nos doctrines re\u00e7ues et \u00e0 nos pratiques. On s&rsquo;est servi quelquefois chez les jurisconsultes d&rsquo;un raisonnement approchant pour justifier la condamnation ou la torture des pr\u00e9tendus sorciers sur la d\u00e9position d&rsquo;autres accus\u00e9s du m\u00eame crime ; car on disait : si cet argument tombe, comment les convaincrons-nous ? E<span style=\"background-color: #ffff99;\">t quelquefois, en mati\u00e8re criminelle, certains auteurs pr\u00e9tendent que dans les faits o\u00f9 la conviction est plus difficile, des preuves plus l\u00e9g\u00e8res peuvent passer pour suffisantes.<\/span> Mais ce n&rsquo;est pas une raison. Cela prouve seulement qu&rsquo;il faut employer plus de soin, et non pas qu&rsquo;on doit croire plus l\u00e9g\u00e8rement, except\u00e9 dans les crimes extr\u00eamement dangereux, comme, par exemple, en mati\u00e8re de haute trahison o\u00f9 cette consid\u00e9ration est de poids, non pas pour condamner un homme, mais pour l&#8217;emp\u00eacher de nuire ; de sorte qu&rsquo;il peut y avoir un milieu, non pas entre coupable et non coupable, mais entre la condamnation et le renvoi (*) dans les jugements o\u00f9 la loi et la coutume l&rsquo;admettent. <em>Ibid<\/em>. p. 511-512.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p>Leibniz distingue entre les situations \u00e9pist\u00e9miques o\u00f9 notre pouvoir de conna\u00eetre est en jeu, \u00ab\u00a0ce qui est n\u00e9cessaire pour maintenir nos connaissances \u00bb, et les situations sociales traitant des affaires humaines et de l&rsquo;id\u00e9ologie, qui \u00ab [servent] de fondement \u00e0 nos doctrines re\u00e7ues et \u00e0 nos pratiques \u00bb. Le raisonnement d\u00e9monstratif ne pouvant s&rsquo;appliquer dans ce dernier cas, le \u00ab raisonnement probable \u00bb doit y \u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 faute de mieux.<\/p>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\">Mais devoir se contenter de preuves plus faibles<\/span> (comme le t\u00e9moignage) dans le domaine p\u00e9nal implique qu&rsquo;une personne peut \u00eatre condamn\u00e9e sur la base de preuves insuffisantes, ce que Leibniz juge ind\u00e9sirable. Dans ce cas, il propose dans ce cas de r\u00e9\u00e9quilibrer la faiblesse des preuves motivant la condamnation par des mesures de renvoi (pour compl\u00e9ment d&rsquo;enqu\u00eate ou devant une autre juridiction)., et pourquoi pas, dans le cas des sorciers, vers une \u201cmise hors de cour\u201d, soit un non-lieu.<br \/>\nSelon la loi de faiblesse, un argument faible pour <strong>P<\/strong> est un argument pour non <strong>P<\/strong>, soit ici \u201cil est innocent\u201d. Comme le juge n&rsquo;a pas de preuve en ce sens, il se contente d&rsquo;appliquer le principe selon lequel l&rsquo;absence de preuves joue en faveur de l&rsquo;accus\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>[1]<\/strong> Lat. arg. <em>ad vertiginem<\/em>, du lat. <em>vertigo <\/em>\u201cmouvement de rotation, vertige\u201d.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arg. du VERTIGE Locke rejette l&rsquo;argumentation par l&rsquo;ignorance. Leibniz nuance cette condamnation et admet la validit\u00e9 de cet argument dans le cas d&rsquo;une discussion o\u00f9 l&rsquo;argumentation du proposant le conduirait \u00e0 rejeter une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re. L&rsquo;opposant, par hypoth\u00e8se, est dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de prouver positivement ces v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res ou de r\u00e9futer les preuves du proposant. 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