{"id":2854,"date":"2021-04-28T17:55:08","date_gmt":"2021-04-28T15:55:08","guid":{"rendered":"http:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/?p=2854"},"modified":"2024-10-27T09:02:18","modified_gmt":"2024-10-27T08:02:18","slug":"a-fortiori-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/a-fortiori-3\/","title":{"rendered":"A fortiori"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000080;\"><strong>Argument A FORTIORI<\/strong><\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 6\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<h1><span style=\"color: #0000ff; font-size: 14pt;\">1. Formes de l&rsquo;argument <em>a fortiori<\/em><\/span><\/h1>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Lat.<em> a fortiori ratione<\/em>, \u201c\u00e0 plus forte raison\u201d. <em>Ratio<\/em>, \u201craison\u201d\u00a0 \u2014 <em>Fortis<\/em>, \u201cfort\u201d (\u201cvaillant\u2026\u201d) au comparatif de sup\u00e9riorit\u00e9, <em>fortior<\/em>, \u201cplus fort\u201d.<\/p>\n<p>L\u2019argument <em>a fortiori<\/em> a deux formes :<\/p>\n<p><strong>(i) \u201cD\u2019autant plus\u201d, <\/strong>\u201c<em>du plus grand au plus petit<\/em>\u201d (<em>a maiori ad minus<\/em>), qui correspond \u00e0 l\u2019adage \u201c<em>qui peut le plus peut le moins<\/em>\u201d. Cette formule permet les inf\u00e9rences \u201cdu plus au moins\u201d:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Si quelqu\u2019un peut porter un fardeau de 30 kg, alors il peut (<em>a fortiori<\/em>, d\u2019autant plus, \u00e0 plus forte raison) porter un fardeau de 10 kg.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">S\u2019il est capable de tuer, il est, \u00e0 plus forte raison, capable de frapper quelqu\u2019un.<\/span><\/p>\n<p><strong>(ii) \u201cD\u2019autant moins\u201d, <\/strong>\u201cdu plus petit au plus grand\u201d (<em>a minori ad maius<\/em>) ; \u201cqui ne peut pas le moins ne peut certainement pas le plus\u201d. Cette forme permet les inf\u00e9rences \u201cdu moins au plus\u201d:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Si quelqu\u2019un ne peut pas porter un fardeau de 30 kg, il peut <em>d\u2019autant moins<\/em> porter un fardeau de 100 kg.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">Si l\u2019on n\u2019a pas le droit de frapper, on n\u2019a pas le droit de tuer.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"column\">\n<p>Ce sch\u00e9ma peut \u00eatre sp\u00e9cifi\u00e9 dans un th\u00e8me ou dans un domaine discursif. Au topos formel \u201c\u00e0 plus forte raison\u201d, sp\u00e9cifi\u00e9 dans le genre \u201cdiscours de consolation\u201d, correspond la forme semi-abstraite :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">L\u2019id\u00e9e selon laquelle la mort devrait \u00e9pargner les jeunes gens est plus acceptable (plus normale\u2026) que l&rsquo;id\u00e9e que la mort devrait \u00e9pargner les gens \u00e2g\u00e9s ; or vous savez qu\u2019autour de vous bien des jeunes gens sont morts ; acceptez donc la mort.<\/p>\n<p>Cette forme est sous-jacente \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u201c<em>d\u2019autres sont morts bien plus jeunes<\/em>\u201d, suppos\u00e9 inciter les mourants \u00e2g\u00e9s \u00e0 la r\u00e9signation et consoler les vivants de la perte d\u2019un proche \u00e2g\u00e9.<\/p>\n<h1><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">2. Nature de la gradation<\/span><\/span><\/h1>\n<p>L\u2019application du topos <em>a fortiori<\/em> pr\u00e9suppose que les faits mis en relation rel\u00e8vent d\u2019une m\u00eame cat\u00e9gorie et qu\u2019ils sont positionn\u00e9s selon une certaine hi\u00e9rarchie dans cette cat\u00e9gorie : telle forme d\u2019irrespect est plus grave que telle autre, tel sacrifice plus important, etc. L<span style=\"background-color: #ffff99;\">a gradation peut s\u2019effectuer en raison de principes tr\u00e8s diff\u00e9rents.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Gradation objective : \u201cI<em>l peut \u00e0 peine aller de son lit \u00e0 la fen\u00eatre, et tu voudrais qu\u2019il aille se promener dans le parc ?<\/em> \u201d<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Gradation socio-s\u00e9mantique : \u201c<em>M\u00eame les grands-parents font parfois de grosses b\u00eatises, alors les petits enfants \u2026<\/em>\u201d<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Gradation culturelle : se mettre en col\u00e8re contre ses parents est plus grave que feindre de ne pas les \u00e9couter.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Gradation fond\u00e9e sur l\u2019autorit\u00e9 de la Bible : le sacrifice <em>Pessah<\/em> est plus important que le sacrifice <em>Tamid<\/em>.<\/span><\/p>\n<p>La r\u00e8gle <em>a fortiori<\/em> est un op\u00e9rateur de raisonnement sur une \u00e9chelle gradu\u00e9e (ici l&rsquo;\u00e9chelle du poids, des violences physique)s. Une\u00a0 telle cat\u00e9gorie est repr\u00e9sent\u00e9e sous la forme d\u2019une <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/echelle\/\"><em>\u00e9chelle<\/em><\/a> dans la th\u00e9orie de l\u2019argumentation dans la langue (Ducrot 1973).<\/p>\n<p>Lorsque la gradation fait l\u2019objet d\u2019un consensus, ratifi\u00e9 par le dictionnaire, <span style=\"background-color: #ffff99;\">la d\u00e9duction argumentative \/ interpr\u00e9tative est purement s\u00e9mantique<\/span>, <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/definition-3\/\">V. D\u00e9finition 3)<\/a><strong>.<\/strong><\/p>\n<h1><span style=\"color: #0000ff; font-size: 14pt;\">3.<em> A fortiori<\/em> dans les \u00e9chelles \u00e0 parangon<\/span><\/h1>\n<p>Certaines de ces \u00e9chelles sont orient\u00e9es par un mod\u00e8le absolu, dit <span style=\"background-color: #ffff99;\">parangon<\/span>, repr\u00e9sentant \u00ab ce qu\u2019il y a de plus excellent \u00bb (Littr\u00e9, <em>Parangon<\/em>) dans la cat\u00e9gorie. Le degr\u00e9 absolu dans la cat\u00e9gorie est \u00e9tabli par l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec le parangon :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Avare comme Harpagon<br \/>\nFauch\u00e9 comme les bl\u00e9s<\/p>\n<p>Ces \u00e9chelles \u00e0 parangon sont commodes pour rejeter une plainte : \u201c<span style=\"background-color: #ffff99;\"><em>Tu dis que tu as \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 tort (que ce qui t\u2019arrive est injuste\u2026), c\u2019est vrai, je te crois. Mais le Christ est l\u2019Innocent par excellence. Or le Christ a accept\u00e9 une mort injuste. Tu dois donc accepter cette injustice, et la mort qui t\u2019attend<\/em>\u201d<\/span>.<br \/>\nLe passage suivant contient une argumentation correspondant \u00e0 ce topos d\u00e9riv\u00e9 de <em>a fortiori<\/em> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Un \u00e9pisode de la guerre civile espagnole (1936-1939). Paco, un villageois un peu turbulent, s\u2019est rendu aux \u00ab \u00e9trangers aux gros pistolets \u00bb \u00e0 la demande de Mos\u00e9n Mill\u00e1n, un pr\u00eatre. Mos\u00e9n Mill\u00e1n lui a dit qu\u2019il passerait en jugement, mais lui a garanti qu\u2019il aurait la vie sauve. Il s\u2019est rendu, et il va \u00eatre fusill\u00e9 avec ses compagnons.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Pourquoi voulez-vous me tuer ? Qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait ? Nous n\u2019avons tu\u00e9 personne. Dites-leur que je n\u2019ai rien fait. Vous savez bien que je suis innocent, que nous sommes innocents tous les trois.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Oui, mon fils. Vous \u00eates tous innocents. Mais qu\u2019est-ce que je peux faire ?<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 S\u2019ils veulent me tuer parce que je me suis d\u00e9fendu \u00e0 Pardinas, bon. Mais les deux autres n\u2019ont rien fait. \u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Pedro s\u2019accrochait \u00e0 la soutane de Mos\u00e9n Mill\u00e1n, et r\u00e9p\u00e9tait<\/em> : \u00ab Ils n\u2019ont rien fait, et on va les tuer. Ils n\u2019ont rien fait. \u00bb<em> \u00c9mu jusqu\u2019aux larmes, Mos\u00e9n Mill\u00e1n lui dit :<\/em><br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">\u2014 Parfois, mon fils, Dieu permet la mort d\u2019un innocent. Il l\u2019a permis pour son propre fils, qui \u00e9tait plus innocent que vous trois.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">En entendant ces mots, Paco resta paralys\u00e9 et muet. Le cur\u00e9 ne disait rien non plus.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">Ram\u00f3n J. Sender, <em>Requi\u00e9m por un campesino espa\u00f1ol<\/em> 1960.<\/span><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><span style=\"font-size: 10pt;\">[3]<\/span><\/a><\/p>\n<h1><span style=\"color: #0000ff;\">2. <em>A fortiori<\/em>, un topos transculturel<\/span><\/h1>\n<p>Le topos \u201c\u00e0 plus forte raison\u201d fournit un exemple particuli\u00e8rement clair de sch\u00e8me argumentatif-<a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/interpretation-exegese\/\">interpr\u00e9tatif<\/a> transculturel.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #008000;\">2.1 Tradition gr\u00e9co-latine<\/span><\/h3>\n<p>On trouve des formulations et des illustrations \u00e9quivalentes de ce topos tout au long de l\u2019histoire de l\u2019argumentation occidentale. Aucune liste ne l\u2019omet, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/typologie\/\">Typologies<\/a>. Il correspond au topos \u00ab du plus et du moins \u00bb d\u2019Aristote, qui l\u2019illustre notamment par les exemples suivants :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Si les dieux eux-m\u00eames ne savent pas tout, <em>a fortiori<\/em> les hommes.<br \/>\nQui frappe son p\u00e8re frappe ses voisins, [\u2026] parce que les hommes frappent moins leurs p\u00e8res que leurs voisins. (Rh\u00e9t., II, 23, 1397b15 ; Chiron, p. 381)<\/p>\n<p>Ce topos \u201c<em>puisqu\u2019il frappe son p\u00e8re, il est bien capable de frapper ses voisins<\/em> \u201d est utilis\u00e9 dans la situation suivante, V. <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/invention\/\">Invention<\/a>. Quelqu\u2019un a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9. Qui est le coupable ? On sait que, dans le voisinage de la victime, quelqu\u2019un a commis des violences sur son p\u00e8re. Le topos fait peser sur lui le soup\u00e7on d\u2019\u00eatre \u00e9galement coupable de violences sur son voisin. Non seulement il a des ant\u00e9c\u00e9dents violents, mais d\u2019une violence plus grave. Conclusion : il doit \u00eatre interrog\u00e9 par la police.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #008000;\">2.2 Tradition musulmane<\/span><\/h3>\n<p>Dans la tradition l\u00e9gale musulmane, l\u2019argumentation \u201cbi-l-awla\u201d correspond exactement \u00e0 l\u2019argumentation \u201c<em>\u00e0 plus forte raison<\/em>\u201d. Le probl\u00e8me est discut\u00e9 \u00e0 partir du verset 24 de la sourate 17 du Coran, traitant du respect que l\u2019enfant doit \u00e0 ses parents :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Ne leur dis pas \u201c<em>pfff !<\/em>\u201d (Trad. J. Dichy)<\/p>\n<p>L\u2019interdiction porte sur une forme de r\u00e9plique minimale, qui permet \u00e0 l\u2019enfant de rejeter d\u2019un haussement d\u2019\u00e9paule les observations de ses parents, c\u2019est-\u00e0-dire de \u201c<em>faire fi<\/em>\u201d de leurs paroles, ou bien de leur ob\u00e9ir \u00e0 contrec\u0153ur, en poussant un soupir d\u2019exasp\u00e9ration. Par le principe <em>a fortiori<\/em>, l\u2019interdiction est \u00e9tendue \u00e0 tous les comportements irr\u00e9v\u00e9rencieux : \u201c<em>puisqu\u2019il est interdit m\u00eame de dire \u2018pff !\u2019 \u00e0 ses parents, il est \u00e0 plus forte raison interdit de leur r\u00e9pondre impoliment, de se mettre en col\u00e8re contre eux, de les frapper\u2026<\/em> \u201d. Le point d\u2019appui du raisonnement est le point le plus bas dans l\u2019\u00e9chelle, l\u2019epsilon de l\u2019irrespect. Il n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 aux commentateurs que la d\u00e9duction <em>a fortiori <\/em>est parfois un cas de d\u00e9duction s\u00e9mantique (Khall\u00e2f [1942], p. 216).<\/p>\n<p>Dans <em>Le Livre du discours d\u00e9cisif<\/em>, le philosophe Averro\u00e8s (Ibn Rushd) s&rsquo;interroge sur\u00a0 \u00ab la connexion existant entre la R\u00e9v\u00e9lation et la philosophie \u00bb (A. de Libera, <em>Introduction<\/em>, p. 10) (1126-1198). Il \u00e9tablit d&rsquo;abord que dans de nombreux passages \u00ab la R\u00e9v\u00e9lation nous appelle d&rsquo;abord \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les \u00e9tants en faisant usage de la raison \u00bb (p. 105, arg. d&rsquo;autorit\u00e9), que r\u00e9fl\u00e9chir c&rsquo;est inf\u00e9rer, en faisant usage de l&rsquo;esp\u00e8ce de syllogisme la plus parfaite que l&rsquo;on appelle \u201cd\u00e9monstration\u201d (p. 107). Il conclut (id.) que :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">si de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 divin : \u00ab R\u00e9fl\u00e9chissez donc, \u00f4 vous qui \u00eates dou\u00e9s de clairvoyance \u00bb, le docteur de la Loi peut inf\u00e9rer l&rsquo;obligation de conna\u00eetre le syllogisme juridique, <span style=\"background-color: #ffff99;\">il est d&rsquo;autant plus justiif\u00e9 que<\/span> celui qui conna\u00eet vraiment Dieu en inf\u00e8re l&rsquo;obligation de conna\u00eetre le syllogisme rationnel. (id.)<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">La science juridique<\/span>\u00a0 d\u00e9pend de la science de Dieu, la seconde est donc d&rsquo;un ordre plus \u00e9lev\u00e9 que la premi\u00e8re; donc, <em>s&rsquo;il y\u00a0 obligation de conna\u00eetre la validit\u00e9 du syllogisme juridique<\/em>, il y a a fortiori (\u00ab il est d&rsquo;autant plus <em>n\u00e9cessaire)\u00a0 de conna\u00eetre la validit\u00e9 du syllogisme rationnel<\/em> pour ce qui rel\u00e8ve de<span style=\"text-decoration: underline;\"> la science divine<\/span>. ; et pour cela, \u00ab le chercheur \u00e0 venir doit s&rsquo;appuyer sur le chercheur pass\u00e9 \u00bb, car,<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 6\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">il serait difficile qu&rsquo;un seul homme d\u00e9couvr\u00eet tout ce qu&rsquo;il y a besoin de savoir des esp\u00e8ces du syllogisme juridique, Et cela est vrai <em>a fortiori<\/em> de la connaissance du syllogisme rationnel. (P. 109)\u00a0 <strong>[2]<\/strong><\/p>\n<h3><span style=\"color: #008000;\">2.3 Ex\u00e9g\u00e8se talmudique<br \/>\n<\/span><\/h3>\n<p>Les r\u00e8gles de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se talmudique ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9es par diff\u00e9rents auteurs, depuis Hillel au 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle. La premi\u00e8re des treize r\u00e8gles ex\u00e9g\u00e9tiques de Rabbi Ishma\u00ebl est la r\u00e8gle <em>qal va-homer<\/em> \u201c\u00e0 plus forte raison\u201d (de la \u201cmineure\u201d (<em>qal<\/em>) \u00e0 la \u201cmajeure\u201d (<em>homer<\/em>) (E. C., <em>Hermeneutics<\/em>). Elle intervient dans le calcul du licite et de l\u2019illicite. Cette r\u00e8gle permet de r\u00e9pondre \u00e0 des probl\u00e8mes comme les conditions de c\u00e9l\u00e9bration du sacrifice de P\u00e2ques (<em>Pessah<\/em>). Il semble que la situation soit la suivante. La Bible demande que <em>Pessah<\/em> soit offert \u00e0 <em>P\u00e2ques<\/em>. Par ailleurs, certaines actions sont interdites le jour du Shabbat. Que faut-il faire lorsque <em>P\u00e2ques<\/em> tombe le jour du <em>Shabbat<\/em>\u00a0? Le calcul \u201c\u00e0 plus forte raison\u201d apporte la r\u00e9ponse : le sacrifice <em>Tamid<\/em> est offert tous les jours ; il est offert durant le <em>Shabbat<\/em>. Or <em>Pessah<\/em> est plus important que <em>Tamid<\/em> (preuve : si on ne respecte pas <em>Tamid<\/em>, on n\u2019encourt pas de sanctions ; si on ne respecte pas <em>Pessah<\/em>, la sanction est grave et explicite). Puisque ne pas c\u00e9l\u00e9brer <em>Pessah<\/em> est plus grave que ne pas c\u00e9l\u00e9brer <em>Tamid<\/em>, puisque <em>Tamid<\/em> est licite lorsque <em>P\u00e2ques<\/em> tombe le jour du <em>Shabbat<\/em>, il est donc \u00e0 plus forte raison licite de proc\u00e9der au sacrifice <em>Pessah<\/em> lorsque P\u00e2ques tombe le jour du <em>Shabbat<\/em>.<\/p>\n<p>Le raisonnement peut \u00eatre exprim\u00e9 comme un syllogisme rh\u00e9torique :<\/p>\n<p><em>Probl\u00e8me <\/em>: le sacrifice de Pessah doit \u00eatre offert \u00e0 <em>P\u00e2ques<\/em>.<br \/>\nOr certaines actions sont interdites le jour du <em>Shabbat.<br \/>\nQuestion<\/em> : Que devons-nous faire lorsque <em>P\u00e2ques<\/em> co\u00efncide avec <em>Shabbat<\/em> ?<\/p>\n<p><em>Donn\u00e9es <\/em>: On sait que 1) <em>Tamid<\/em> doit \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le jour du <em>Shabbat ;<br \/>\n<\/em>2) <em>\u201cNe pas c\u00e9l\u00e9brer Pessah est plus grave que ne pas c\u00e9l\u00e9brer Tamid\u201d.<\/em><\/p>\n<p><em>Argumentation : <\/em>En vertu du topos des <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/contraires\/\">contraires<\/a> sur (2), on d\u00e9duit que \u201cc\u00e9l\u00e9brer <em>Pessah<\/em> est plus important que c\u00e9l\u00e9brer <em>Tamid\u201d.<br \/>\n<\/em>Ce qui, combin\u00e9 avec (1) permet de conclure :<\/p>\n<p><em>Conclusion : Pessah<\/em> peut \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9 lorsque <em>P\u00e2ques<\/em> co\u00efncide avec <em>Shabbat<\/em>.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #808000;\">2.4 Tradition Chinoise<\/span><\/h3>\n<p>Confucius (551\u2013479), <em>Entretiens<\/em> <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[2]<\/strong><\/a> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Zilu demanda comment servir les esprits et les dieux. Le Ma\u00eetre dit : \u201c<em>Vous ne savez pas encore servir les hommes, comment voudriez-vous servir les esprits ?<\/em> \u201d L&rsquo;autre demanda : \u201c<em>Puis-je vous interroger sur la mort ?<\/em>\u201d Le Ma\u00eetre dit : \u201c<em>Vous ne comprenez pas encore la vie, comment voudriez-vous comprendre la mort\u00a0?<\/em>\u201d<\/p>\n<p>Han Fei Tse (280-233), \u201cLes pr\u00e9cautions contre les siens\u201d<strong><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"> [3]<\/a><\/strong> :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab En 655 av. J.-C, \u00e0 l&rsquo;instigation d&rsquo;un bouffon appel\u00e9 Che, Pouliche-noire, la favorite du duc Hsien de Tsin, r\u00e9ussit, par ses insinuations et ses calomnies, \u00e0 faire ex\u00e9cuter le prince Chen-cheng \u00bb\u00a0;<em> Han Fei Tse en tire la conclusion suivante :<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Le bouffon Che incita Pouliche-Noire \u00e0 tuer le prince Chen-cheng pour placer sur le tr\u00f4ne Hsi-t&rsquo;si. Si donc on ne peut faire confiance \u00e0 des \u00eatres aussi proches et aussi chers qu&rsquo;un fils ou une \u00e9pouse, \u00e0 plus forte raison \u00e0 des \u00e9trangers.<\/p>\n<p>L&rsquo;argument <em>a fortiori<\/em> semble donc \u00eatre un bon candidat \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9, ce qui n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs rien de surprenant, puisqu&rsquo;il exprime une r\u00e8gle de fonctionnement des \u00e9chelles gradu\u00e9es, cf. \u00a71.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[1]<\/a> [<em>Requiem pour un paysan espagnol<\/em>] [1953], Barcelone, Destinolibro, 7e \u00e9d., 1981, p. 100-101.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[2]<\/a> [Confucius] <em>Les entretiens de Confucius<\/em>. Trad. du chinois, pr\u00e9sent\u00e9 et annot\u00e9 par P. Ryckmans. Pr\u00e9face d&rsquo;\u00c9tiemble. Paris, Gallimard, 1987, XI, 12.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[3]<\/a> <em>Han Fei Tse ou le Tao du Prince<\/em>, Pr\u00e9sent\u00e9 et trad. du chinois par J. Levi. Paris, Le Seuil. 1999, p. 164.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">[4] Averroes [Ibn Rushd] (1126-1198).\u00a0 <em>Le Livre du discours d\u00e9cisif<\/em> [<i><span class=\"lang-ar-latn\" lang=\"ar-latn\">Kitab fasl al-maqal<\/span><\/i><span class=\"lang-ar-latn\" lang=\"ar-latn\">] <\/span>(vers1179). Introd. par A. de Libera, trad., notes et dossier par M. Geoffroy. Paris, Garnier-Flammarion,1996.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 9\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Argument A FORTIORI 1. Formes de l&rsquo;argument a fortiori Lat. a fortiori ratione, \u201c\u00e0 plus forte raison\u201d. Ratio, \u201craison\u201d\u00a0 \u2014 Fortis, \u201cfort\u201d (\u201cvaillant\u2026\u201d) au comparatif de sup\u00e9riorit\u00e9, fortior, \u201cplus fort\u201d. L\u2019argument a fortiori a deux formes : (i) \u201cD\u2019autant plus\u201d, \u201cdu plus grand au plus petit\u201d (a maiori ad minus), qui correspond \u00e0 l\u2019adage \u201cqui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2854","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2854"}],"version-history":[{"count":36,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2854\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12274,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2854\/revisions\/12274"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/dicoplantin\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}