{"id":1863,"date":"2022-06-25T11:42:04","date_gmt":"2022-06-25T09:42:04","guid":{"rendered":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/?p=1863"},"modified":"2022-06-25T12:42:36","modified_gmt":"2022-06-25T10:42:36","slug":"termes-generaux-histoires-domaines-usages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/termes-generaux-histoires-domaines-usages\/","title":{"rendered":"TERMES G\u00c9N\u00c9RAUX : HISTOIRES, DOMAINES, USAGES"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<h1><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center\"><strong><span style=\"color: #ff6600\">TERMES G\u00c9N\u00c9RAUX <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff6600\">DES HISTOIRES, DES DOMAINES, DES USAGES<\/span><br \/>\n<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #0000ff\"><em><strong>PATHOS<\/strong><\/em><\/span><\/h2>\n<p><strong>Le substantif <em>pathos <\/em>est emprunte\u0301 au grec<\/strong>; dans cette langue, il signifie \u00abce qu\u2019on e\u0301prouve&#8230; E\u0301tat de l\u2019a\u0302me agite\u0301e par des circonstances exte\u0301rieures\u00bb (<em>ADGF<\/em>4, art. <em>pathos<\/em>); il a un sens passif: le pathos c\u2019est ce qui arrive de l\u2019exte\u0301rieur, bon ou mauvais, avec une spe\u0301cialisation pour \u201cce qui arrive de mauvais\u201d. Le mot a le sens tre\u0300s ge\u0301ne\u0301ral de \u00abexpe\u0301rience subie, malheur, e\u0301motion de l\u2019a\u0302me\u00bb (<em>DHLF<\/em>5, art. <em>patho-<\/em>).<\/p>\n<p>Les traducteurs franc\u0327ais d\u2019Aristote traduisent <em>pathos <\/em>par \u201cpassion\u201d. Mais les phe\u0301nome\u0300nes e\u0301tudie\u0301s par Aristote dans sa <em>Rhe\u0301torique <\/em>correspondent a\u0300 ce que nous appelons actuellement des <em>e\u0301motions<\/em>, bien plus qu\u2019a\u0300 des <em>passions<\/em>.<\/p>\n<p><strong>La traduction latine du mot grec <\/strong><em><strong>pathos<\/strong> <\/em>a e\u0301te\u0301 discute\u0301e par les rhe\u0301toriciens latins. Ainsi, dans les <em>Tusculanes<\/em>, Cice\u0301ron choisit de \u00abde\u0301signer ce que les Grecs appellent <em>pathe <\/em>par <em>perturbationes <\/em>pluto\u0302t que par maladies [<em>morbos<\/em>]\u00bb (Cice\u0301ron, <em>Tusc.<\/em>, Livre IV, 10; trad. Humbert, p. 58). Le traducteur des <em>Tusculanes<\/em>, J. Humbert, traduit <em>pertubationes <\/em>par <em>passions<\/em>.<\/p>\n<p>D\u2019une fac\u0327on ge\u0301ne\u0301rale, les traducteurs rendent indiffe\u0301remment <em>affectus <\/em>et <em>perturbatio <\/em>par <em>passion<\/em>, <em>sentiment<\/em>, ou <em>e\u0301motion<\/em>. Par exemple le traducteur de l\u2019<em>Institution Oratoire <\/em>de Quintilien, traduit <em>adfectus <\/em>par <em>passion <\/em>(<em>Inst. Or.<\/em>, VI, I, 1; 7; etc. trad. Cousin p. 7; 9); ou par <em>sentiment <\/em>(<em>id. <\/em>VI, I, 30; VI II; etc. trad. Cousin p. 16; 22); ou encore par <em>e\u0301motion <\/em>(VI, I, 9; 29; 51; etc. trad. Cousin p. 9; p. 15; 21). Se\u0301ne\u0300que parle de la cole\u0300re, <em>ira<\/em>, qui est pour nous typiquement une e\u0301motion, comme d\u2019un <em>affectus<\/em>, terme que son traducteur rend par <em>passion <\/em>(<em>Col. <\/em>I, 1; trad. Bourgery p. 1-2). Ces variations de vocabulaire montrent qu\u2019avec le terme <em>pathos, <\/em>c\u2019est toute la the\u0301matique de l\u2019affect qui apparai\u0302t, dans sa complexite\u0301 et son e\u0301paisseur historique et culturelle.<\/p>\n<p><strong>En franc\u0327ais contemporain<\/strong>, <em>pathos <\/em>n\u2019a plus de relation avec le pre\u0301fixe <em>patho- <\/em>\u201cmaladie\u201d, utilise\u0301 en me\u0301decine: la <em>pathologie <\/em>du me\u0301decin n\u2019est pas la <em>pathologia<\/em>, \u201cl\u2019e\u0301tude des passions\u201d. Le substantif <em>pathos <\/em>est utilise\u0301 soit en the\u0301orie rhe\u0301torique, soit, dans la langue ordinaire, pour de\u0301signer un de\u0301bordement e\u0301motionnel quelque peu factice; dans les arts, le pathos caracte\u0301rise des genres ou\u0300 passions fortes et grands sentiments s\u2019expriment de fac\u0327on appuye\u0301e, parfois juge\u0301e exhibitionniste et de \u201cmauvais gou\u0302t\u201d. Cette de\u0301valorisation n\u2019affecte pas le de\u0301rive\u0301 <em>pathe\u0301tique<\/em>, la violence des grandes e\u0301motions restant toujours populaire.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff\"><em><strong>HUMEUR<\/strong><\/em><\/span><\/h2>\n<p>Dans la pense\u0301e me\u0301dicale ancienne, les humeurs sont les quatre liquides qui irriguent le corps humain:<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><em>bile jaune<\/em> \u2014 <em>bile noire <\/em>(<em>atrabile<\/em>) \u2014 <em>flegme <\/em>(<em>pituite<\/em>, <em>lymphe<\/em>) \u2014<em>sang<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les humeurs de\u0301terminent les tempe\u0301raments, ou tendances stables de la personnalite\u0301: \u00abla pre\u0301dominance d\u2019une humeur dans son dosage personnel fera de chaque homme un bilieux, un sanguin, un flegmatique ou un me\u0301lancolique\u00bb (Deprun 1998, p. 71; Galien <em>Traite\u0301<\/em>, p. 192).<\/p>\n<p>L\u2019humeur est un e\u0301tat stable (thymique) qui pre\u0301dispose a\u0300 une e\u0301motion (phasique) d\u2019un certain type: cette distinction est indispensable pour l\u2019analyse des e\u0301motions.<\/p>\n<p><em><strong>La bile noire<\/strong> <\/em>est la bile du <em>bileux; <\/em>elle de\u0301termine le tempe\u0301rament me\u0301lancolique6 (ou atrabilaire), porte\u0301 aux <em>ide\u0301es noires<\/em>, a\u0300 la tristesse et au souci.<br \/>\nCelui \u201cqui ne se fait pas de bile\u201d, qui \u201cne s\u2019en fait pas\u201d, ne se fait pas de bile <em>noire<\/em>.<\/p>\n<p>Quant a\u0300 la <strong><em>bile jaune<\/em><\/strong>, elle correspond au tempe\u0301rament <em>cole\u0301rique<\/em>; l\u2019expression \u201ce\u0301chauffer la bile\u201d renvoie a\u0300 cette <em>bile jaune<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Le <em>flegme <\/em><\/strong>caracte\u0301rise le tempe\u0301rament <em>calme<\/em>, froid ou lymphatique7, peu enclin aux e\u0301motions.<\/p>\n<p>L\u2019abondance de <strong><em>sang <\/em><\/strong>caract\u00e9rise le tempe\u0301rament <em>heureux<\/em>, pre\u0301dispose\u0301 a\u0300 la joie et a\u0300 l\u2019humour (Deprun 1998, p. 72).<\/p>\n<p>Ces tempe\u0301raments sont parfois incarne\u0301s dans des types exemplaires: ainsi, Pluton me\u0301lancolique est l\u2019image de l\u2019e\u0302tre posse\u0301de\u0301 par la bile noire (<em>Passions<\/em>&#8230; 52, p. 182); le satyre est le prototype du sanguin.<\/p>\n<p>En franc\u0327ais contemporain, <em>l\u2019humeur <\/em>n\u2019est plus lie\u0301e aux anciennes humeurs, biles, sang et flegme, mais elle est volontiers rapporte\u0301e a\u0300 une re\u0301alite\u0301 physiologique. Le mot de\u0301signe une disposition du psychisme plus stable que ne l\u2019est l\u2019e\u0301motion, moins lie\u0301e a\u0300 une stimulus pre\u0301cis.<\/p>\n<p>La notion d\u2019humeur est pre\u0301cieuse pour la discussion du concept d\u2019e\u0301thos, qu\u2019il s\u2019agisse du caracte\u0300re de l\u2019auditoire ou du caracte\u0300re de l\u2019orateur. D\u2019une part, <strong>les <em>tempe\u0301raments <\/em><\/strong>de\u0301terminent des caracte\u0300res humains ge\u0301ne\u0301raux; ils peuvent correspondre a\u0300 des types d\u2019auditoires(aux caracte\u0300res du public). D\u2019autre part, l\u2019attaque du discours rhe\u0301torique est le moment crucial ou\u0300 <strong>l\u2019orateur construit et affirme son <em>humeur<\/em><\/strong>, c\u2019est-a\u0300-dire qu\u2019il e\u0301tablit la tonalite\u0301 sur laquelle viendront se de\u0301velopper les <em>e\u0301motions <\/em>constituant le pathos (voir Chapitre 3).<\/p>\n<h2><em><strong><span style=\"color: #0000ff\">PASSION<\/span> <\/strong><\/em><\/h2>\n<p>Le mot <em>passion <\/em>vient du latin <em>passio <\/em>signifiant \u201csouffrance\u201d; il a e\u0301volue\u0301 notamment sous l\u2019influence de la philosophie stoi\u0308cienne, qui conside\u0300re les passions comme des maladies. \u00abA partir de la fin du IIIe sie\u0300cle, <em>passio <\/em>connai\u0302t une emploi actif au sens de \u201cmouvement, affection, sentiment de l\u2019a\u0302me\u201d [&#8230;]spe\u0301cialement au pluriel et avec une valeur pe\u0301jorative [&#8230;]<em>passiones peccatorum<\/em>, <em>passiones carnales<\/em>8; il traduit alors le grec <em>pathos<\/em>\u00bb (<em>DHLF<\/em>, art. <em>passion<\/em>). La religion chre\u0301tienne a conserve\u0301 au mot le sens de \u201csouffrance\u201d lorsqu\u2019elle parle de <em>la passion du Christ<\/em>.<\/p>\n<p>Dans le langage courant, son sens pre\u0301dominant est \u00abvive affection que l\u2019on a pour qq chose (1621)\u00bb (id.): passion amoureuse, passion du football, et des timbres postes.<\/p>\n<p><em>Passion <\/em>renvoie non seulement aux the\u0301orisations philosophiques de la vie psychique (Descartes, Hume, Spinoza), mais aussi aux the\u0301ories et aux pratiques des alie\u0301nistes (le mot a change\u0301 de sens avec Esquirol, d\u2019apre\u0300s Gauchet et Swain 1983). Pour complexifier encore le tableau, comme nous l\u2019avons vu, <em>passion <\/em>est utilise\u0301 en franc\u0327ais pour traduire le latin <em>affectus <\/em>des traite\u0301s de rhe\u0301torique; or ce terme latin correspond a\u0300 des mouvements d\u2019e\u0301motion typiques, comme la cole\u0300re.<\/p>\n<p>En tant que re\u0301ponse a\u0300 un stimulus, l\u2019e\u0301motion est <em>passive <\/em>(voir Chapitre 5): c\u2019est en cela qu\u2019elle reprend l\u2019he\u0301ritage des <em>passions <\/em>(Auerbach 1941\/1998). Pour paraphraser Mme de Stae\u0308l (1896\/2000), la passion moderne se de\u0301finit, peut-e\u0302tre paradoxalement, comme la recherche <em>active <\/em>d\u2019une classe d\u2019e\u0301motions <em>passives<\/em>; on recherche et construit le stimulus gra\u0302ce auquel on e\u0301prouvera le choc e\u0301motionnel. La passion est une que\u0302te syste\u0301matique d\u2019une classe d\u2019e\u0301motions.<\/p>\n<h2><em><strong><span style=\"color: #0000ff\">SENTIMENT<\/span> <\/strong><\/em><\/h2>\n<p>Par opposition aux passions du Grand sie\u0300cle, le sie\u0300cle des Lumie\u0300res serait celui du sentiment: \u00ab si la pe\u0301riode pre\u0301ce\u0301dente [i. e., le XVIIe sie\u0300cle] est bien l\u2019a\u0302ge des the\u0301ories des passions, le sentiment s\u2019affirme de\u0301sormais [i. e. au XVIIIe sie\u0300cle] comme la cate\u0301gorie fondamentale du vocabulaire affectif \u00bb (Calori 2002, p. 23).<\/p>\n<p>Les dictionnaires multiplient les distinctions sous l\u2019entre\u0301e <em>sentiment<\/em>. Le mot porte la trace d\u2019un histoire intellectuelle complexe. Il est d\u2019abord lie\u0301 a\u0300 l\u2019intuition, a\u0300 la capacite\u0301 de percevoir des re\u0301alite\u0301s de tous ordres: conscience qu\u2019on prend du monde physique; de son existence propre; des re\u0301alite\u0301s des mondes de l\u2019art, ainsi que du monde moral. A la diffe\u0301rence de l\u2019e\u0301motion ou de la passion, le sentiment peut servir de norme, c\u2019est-a\u0300-dire qu\u2019il peut fonder un jugement recevable (ce qui n\u2019est e\u0301videmment pas le cas de l\u2019e\u0301motion). C\u2019est dans ce sens que la philosophie a e\u0301labore\u0301 un concept philosophique de <em>sensibilite\u0301<\/em>, en esthe\u0301tique (the\u0301orie du gou\u0302t), en morale (the\u0301orie des sentiments moraux) et en e\u0301piste\u0301mologie (the\u0301orie sensualiste de la connaissance).<\/p>\n<p>Dans une seconde famille de sens, le mot \u00abse dit des affections, des mouvements de l\u2019a\u0302me, des passions&#8230; Particulie\u0300rement, les affections bonnes, bienveillantes, tendres&#8230; Spe\u0301cialement. La passion de l\u2019amour\u00bb (<em>DLF<\/em>9, art. <em>sentiment<\/em>). Enfin, <em>sentiment <\/em>a le sens de \u201copinion\u201d, comme dans cette belle citation de Jean-Jacques Rousseau \u00abSouvenez-vous toujours que je n\u2019enseigne point mon sentiment, je l\u2019expose\u00bb (<em>Emile <\/em>IV; cite\u0301 dans le <em>DLF<\/em>). Ce sens peut e\u0302tre juge\u0301 vieilli ou distingue\u0301 au XXIe sie\u0300cle, il me\u0301riterait ne\u0301anmoins d\u2019e\u0302tre re\u0301actualise\u0301 dans le domaine de l\u2019argumentation: une conclusion, c\u2019est tre\u0300s exactement <em>un sentiment <\/em>en ce dernier sens, c\u2019est-a\u0300-dire une manie\u0300re de voir les choses lie\u0301e a\u0300 une subjectivite\u0301 et a\u0300 une affectivite\u0301.<\/p>\n<p>Le tre\u0300s inte\u0301ressant syntagme \u201c<em>un sentiment de\u2013<\/em>\u201d sera discute\u0301 ***<\/p>\n<h2><span style=\"color: #0000ff\"><em><strong>\u00c9PROUV\u00c9, \u00c9PROUVER<\/strong><\/em><\/span><\/h2>\n<p><em>E\u0301prouver<\/em>, <em>e\u0301prouve\u0301 <\/em>comme substantifs ne figurent pas dans le <em>DHLF<\/em>. Le sens du participe passe\u0301-adjectif <em>e\u0301prouve\u0301<\/em>, comme celui du participe pre\u0301sent-adjectif <em>e\u0301prouvant<\/em>, est lie\u0301 a\u0300 celui de <em>e\u0301preuve <\/em>\u201csouffrance\u201d (\u201c<em>e\u0301prouve\u0301 par ce voyage<\/em>\u201d, \u201c<em>un voyage e\u0301prouvant<\/em>\u201d), sans lien avec la the\u0301matique des e\u0301motions.<\/p>\n<p>Nouveaux venus dans la se\u0301rie nominale des termes exprimant les e\u0301mo- tions, ces termes sont lie\u0301s au domaine psychanalytique et se\u0301miotique:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab[dans <em>Le Pouvoir comme passion<\/em>, 1994] nous avons propose\u0301 a\u0300 la communaute\u0301 des chercheurs cette substantivation du verbe \u201c<em>e\u0301prouver<\/em>\u201d [&#8230;] dans ses deux formes grammaticales, <em>-e\u0301 <\/em>ou <em>\u2013er<\/em>\u00bb (He\u0301nault 2000, p. 3).<\/p>\n<p>Ces deux formes ne sont pas e\u0301quivalentes, l\u2019infinitif substantive\u0301 de\u0301signant \u201cle fait d\u2019e\u0301prouver\u201d alors que le participe a une valeur passive accomplie, \u201cce qui a e\u0301te\u0301 e\u0301prouve\u0301\u201d.<\/p>\n<h2><strong><span style=\"color: #0000ff\">AFFECT<\/span> <\/strong><\/h2>\n<p>Le substantif <em>affect <\/em>existe en moyen franc\u0327ais avec le sens de \u00absenti- ment, passion\u00bb (<em>TLFi<\/em>10, art. <em>affect<\/em>). Il est \u00abrepris (1908) a\u0300 l\u2019allemand <em>Affekt<\/em>\u00bb (<em>DHLF<\/em>, art. <em>affection<\/em>), dans le champ de la psychanalyse. Le concept d\u2019affect est de\u0301fini comme un mode d\u2019expression psychique de la pulsion. L\u2019affect peut se renverser (l\u2019amour devient haine), e\u0302tre refoule\u0301 (amour inconscient), sublime\u0301 (amour humain, amour des arts), ou retourne\u0301 contre soi (haine de l\u2019autre, haine de soi). Dans la the\u0301orie psychanalytique, l\u2019affect va jusqu\u2019a\u0300 s\u2019opposer a\u0300 l\u2019e\u0301motion:<\/p>\n<p>comprendre le pourquoi de l\u2019affect fait donc partie du processus de gue\u0301rison, et diffe\u0301rencie a\u0300 coup su\u0302r une psychothe\u0301rapie qu ne proposerait qu\u2019une <em>re\u0301e\u0301ducation e\u0301motionnelle<\/em>, et une psychanalyse qui <em>de\u0301place les affects avec leur sujet <\/em>(je veux dire, leur sujet cache\u0301, inconscient) (Castel, s.d.)<\/p>\n<p><em>Affecter <\/em>au sens de \u201cfaire semblant ostensiblement\u201d et son de\u0301rive\u0301 <em>affecta <\/em><em>tion <\/em>n\u2019ont rien a\u0300 voir avec les termes d\u2019e\u0301motion.<br \/>\n<em>Affecter<\/em>, <em>affectif<\/em>, <em>affection <\/em>ont d\u2019une part le sens concret de \u201ctoucher mate\u0301riellement\u201d, et d\u2019autre part le sens de \u201cmettre en branle les e\u0301motions et les sentiments\u201d (cf. <em>TLFi<\/em>, art. <em>affectif<\/em>).<\/p>\n<p>En psychologie, l\u2019<em>affectif <\/em>est donc ce qui rele\u0300ve de l\u2019affect. Dans la langue ordinaire, le terme est aussi employe\u0301 en un sens ge\u0301ne\u0301rique, couvrant les e\u0301motions tendres de faible intensite\u0301. Les nombreux glissements que l\u2019on constate dans les textes psychologiques du sens conceptuel au sens lexical conceptualise\u0301 sont donc probablement sans reme\u0300de.<\/p>\n<p>Morphologiquement et se\u0301mantiquement, la famille de <em>affect <\/em>fonctionne tre\u0300s bien pour couvrir l\u2019ensemble du champ qui nous inte\u0301resse.<\/p>\n<h2><em><strong><span style=\"color: #0000ff\">\u00c9MOTION<\/span> <\/strong><\/em><\/h2>\n<p>La dominance de la composante psychique du terme <em>e\u0301motion <\/em>est, en franc\u0327ais, une e\u0301volution re\u0301cente, la composante comportementale (\u201cmouvement\u201d) e\u0301tant historiquement fondamentale (<em>DHLF<\/em>, art. <em>e\u0301motion<\/em>) (Voir modules suivants).<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center\">***<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #800080\"><strong>Conclusions <\/strong><\/span><\/h1>\n<p>Suivant la proposition de Cosnier (1994, p. 14), on pourrait ge\u0301ne\u0301raliser l\u2019usage d\u2019<em>affect <\/em>et d\u2019<em>e\u0301prouve\u0301<\/em>; ces termes auraient me\u0302me l\u2019avantage d\u2019une certaine neutralite\u0301 historique. <em>Affect<\/em>, <em>e\u0301prouve\u0301<\/em>, <em>ressenti<\/em>, engagent moins dans une the\u0301orie des e\u0301motions types, et de ce fait sont plus ouverts sur une conception moins segmente\u0301e de la vie psychique. Mais on ne r\u00e9forme pas l&rsquo;usage.<\/p>\n<p>\u00c9motion, humeur [mood], temp\u00e9rament, sentiment, passion sont d\u00e9finis en relation avec,trois dimensions: <strong>dur\u00e9e ; conscience ; source.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9motions et affects sont \u00e0 la base du v\u00e9cu \u00e9motionnel. Les \u00e9motions sont conscientes ; elles se d\u00e9veloppent et se g\u00e8rent en relation avec une source qui peut \u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9cise. Les affects et les sensations (feelings) correspondent \u00e0 des zones \u00e9motionnelles diffuses ; leur source est moins clairement \u00e9lucidable que celle des \u00e9motions.<\/p>\n<p>Temp\u00e9rament et humeur (mood) d\u00e9finissent le niveau des dispositions. L&rsquo;humeur (bon \/ mauvais poil) correspond \u00e0 une orientation \u00e9motionnelle locale, moins consciente que l&rsquo;\u00e9motion, dont elle forme le substrat ; la source de l&rsquo;humeur peut \u00eatre interne ou externe ; sa dur\u00e9e est plus longue que celle des (micro-)\u00e9motions.<br \/>\nLe temp\u00e9rament (peureux, col\u00e9rique) correspond \u00e0 une orientation \u00e9motionnelle permanente (pr\u00e9disposition) caract\u00e9risant une personne.<\/p>\n<p>Dans ce cadre de r\u00e9f\u00e9rence, un sentiment est une cognition \u00e9labor\u00e9e en relation avec un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9motions de fa\u00e7on \u00e0 d\u00e9terminer une attitude. Une passion se d\u00e9finit en relation avec un objet pr\u00e9cis et exclusif : football, timbres-poste, autre personne. La passion est une disposition permanente \u00e0 produire activement des occasions d&rsquo;intense \u00e9motion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TERMES G\u00c9N\u00c9RAUX DES HISTOIRES, DES DOMAINES, DES USAGES &nbsp; PATHOS Le substantif pathos est emprunte\u0301 au grec; dans cette langue, il signifie \u00abce qu\u2019on e\u0301prouve&#8230; E\u0301tat de l\u2019a\u0302me agite\u0301e par des circonstances exte\u0301rieures\u00bb (ADGF4, art. pathos); il a un sens &hellip; <a href=\"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/termes-generaux-histoires-domaines-usages\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":97,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1863","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/97"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1863"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1884,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863\/revisions\/1884"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/icar.cnrs.fr\/membre\/cplantin\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}