Axes de recherche
- Littératie des adultes, alphabétisation
- Cognition et agir enseignant
- Interactions didactiques et institutionnelles
- Enseignement de la langue française en contexte migratoire (pratiques de formation)
- Multimodalité en éducation
Parcours scientifique et objets de recherche
Les grands axes de mes recherches sont, depuis 2021, :
La littératie des adultes allophones en situation d’alphabétisation et leurs stratégies de lecture en contexte de mobilité urbaine.
En contexte de mobilité urbaine, le temps et l’espace donnent lieu à de nombreuses médiations symboliques et sémiotiques (Scollon & Scollon, 2003 ; Denis, 2016, Mondada,2000) auxquelles le nouvel arrivant, non familier de la littéracie qui plus est, ne peut avoir toujours accès facilement, alors même que ces médiations peuvent représenter des « clés » essentielles et vitales de l’autonomie de la personne, de développement de l’appartenance à la société d’accueil et du processus d’intégration. En effet, dans nos sociétés très littéraciées, les modes de représentation du temps et de l’espace (par exemple la durée et le déplacement) peuvent sémiotiquement beaucoup s’éloigner de la réalité concrète et vécue (Olson, 2010) et de ce fait en partie échapper aux personnes qui ont construit antérieurement un rapport différent à la réalité spatiale et temporelle quotidienne. Ainsi, l’un des objectifs de ma recherche est de montrer en quoi et comment l’univers de signes (logos, pictogrammes, cartes, écrits divers dans les transports en particulier), dont une partie est spécifiquement liée à la ville de Lyon, constitue pour ces personnes un monde nouveau, mais pas totalement inaccessible. A partir de nombreux exemples (donner une position, faire un trajet en transports, se rendre à un rendez-vous), il s’agit aussi de montrer d’un côté, l’évidence à lire et comprendre l’univers de signes, mais d’un autre côté, la difficulté qu’il peut y avoir à s’y immerger et s’y acculturer. Cet univers de signes disponible ou non a également des répercussions sur les capacités cognitives disponibles. Cela nous amène ainsi à déterminer quels types de savoirs ou d’objets d’apprentissage sont à développer en formation à l’entrée dans l’écrit, entre expérience directe et expérience médiée de la mobilité urbaine.
A partir d’entretiens d’orientation biographique (Demazière, 1997) menés avec des personnes en situation d’alphabétisation, je cherche à comprendre la place donnée à l’écrit dans leur vie quotidienne, la manière dont ils lisent l’environnement urbain, en particulier dans leurs déplacements dans la métropole lyonnaise et la manière dont ils « bricolent » aux quotidien avec l’écrit qu’ils ne maitrisent pas. En typologisant et caractérisant ces stratégies, nous contribuons à mieux (faire) connaitre les publics en situation d’alphabétisation, plutôt peu pris en compte par les politiques publiques de formation linguistique et invisibilisés socialement, et par conséquent à mieux cerner leurs besoins de formation. Mes recherches s’inscrivent dans une volonté de travailler sur la question langagière et son rôle de cohésion sociale.
Les pratiques communicationnelles et didactiques des acteurs de l’accueil et de la formation des publics adultes allophones non alphabétisés.
J’étudie en particulier les procédés didactiques d’entrée dans l’écrit, les modes de communication et de transmission de la langue écrite spécifiques à ce public. Je focalise mon étude sur la manière dont circulent et se transmettent des savoirs littératiés fonctionnels et actionnels liés à la prise de repères dans le temps et l’espace urbain et travaille à conceptualiser les pratiques interactionnelles et professionnelles qui permettent la transmission de ces savoirs. Cela m’amène à : -étudier les catégories de l’espace et du temps telles qu’elles sont représentées et négociées, pratiquées dans l’expérience sociale et les interactions didactiques et d’entretien (Mondada, 2005). mettre en évidence les pratiques didactiques (supports, activités, étayage) articulant acquisitions de l’écrit et travail sur la cognition spatiale (Denis, 2016). -À partir d’une «sémiologie des pratiques » (Jewitt & Kress, 2003, Kerbrat-Orecchioni, 2005) appréhendant notamment les échanges multimodaux situés et la mise en forme et le maniement de documents « composites » (Bautier & al., 2014) que constituent les supports pédagogiques. Je tente donc de caractériser certaines pratiques didactiques propres au contexte de formation des adultes (le « sur-mesure ») en alphabétisation autour de : -les unités de l’écrit choisies -la progressivité (le « pas à pas ») -l’itérativité -les stratégies didactiques centrées sur la mémorisation, -le choix des supports, de leur transformation, de leur simplification, et des tâches qui leur sont associées. -les formes de médiation didactique multimodale favorisant l’entrée dans l’écrit.
Les contenus didactiques abordés pour mettre en évidence ces pratiques sont : le travail autour du calendrier et de la date, lire/communiquer son/une adresse, se repérer dans le découpage spatial urbain, identifier les transports en commun.
Les modes de construction d’un espace sécurisé d’accueil et de formation dans les interactions avec un public en situation d’alphabétisation
La pratique professionnelle « sur-mesure » et « pas à pas » des formateurs.trices peut s’observer sur le plan didactique, mais son efficience sera plus grande si les enjeux d’apprentissage sont intriqués à des préoccupations relationnelles. Comment le formateur ou la formatrice sécurise ou accompagne le processus d’apprentissage et les acquis, parfois fragiles ? Quelles postures pouvons-nous identifier et caractériser ? A travers quelles traces ? Les personnes en situation d’alphabétisation n’ont pas ou peu eu l’expérience de l’apprentissage formel et peuvent avoir construit des représentations qui les laissent dans une certaine insécurité (déjà existante parfois par ailleurs dans leur parcours de vie). Elles peuvent aussi avoir des conditions de vie qui ne permettent guère l’accès à l’apprentissage de l’écrit. La formation en alphabétisation est un secteur de la formation où veiller sur les personnes s’avère particulièrement primordial pour qu’elles développent davantage d’aisance et de confiance vis-à-vis de la situation de formation et de l’apprentissage plus globalement. Les concepts d’attention (Prairat, 2017), de posture (Ardoino, 2008), de souci de l’autre, d’accompagnement (Lerbert-Sereni) sont mobilisés en plus des outils analytiques de la linguistique interactionnelle (Filliettaz, 2008), à l’aune des données empiriques, que ce soit dans la relation entre le formateurs et les apprenants ou entre les apprenants, ou encore dans les interactions entre professionnel de l’accueil et personnes peu alphabétisées. Toute la subtilité pour le professionnel est de construire et de conduire avec les personnes cet espace sécurisé d’accueil ou de formation (par exemple par la ritualisation de certaines activités), et de cultiver l’horizontalité dans l’asymétrie relationnelle. Le rôle de la multimodalité est ici fortement souligné et étudié.
Projets les plus récents
VALOREFA : VALOriser la Recherche-Formation en Alphabétisation des adultes (financement ASLAN), 2024-2025
A l’issue du projet ECAEST financé en 2021-2022, puis 2022, nous souhaitons valoriser nos données et nos résultats de recherche à travers différents canaux (carnet de recherche Hypothèses, mise en fiction graphique des entretiens faits avec des personnes en situation d’alphabétisation) permettant d’expérimenter de nouvelles écritures de la recherche.
ECAEST :Etude des CAtégorisations de l’ESpace et Temps dans des pratiques interactionnelles multimodales chez les adultes allophones non alphabétisés (ECAEST).
Le projet ECAEST propose une étude sur la représentation, l’usage et la négociation situés des catégorisations du temps et de l’espace par des adultes allophones non alphabétisés dans deux situations de communication (entretien avec des professionnels de l’accompagnement social et travail autour des supports pédagogiques en formation linguistique). La finalité est de mieux comprendre les enjeux langagiers de mobilité et de déplacement des personnes adultes non alphabétisées.
https://aslan.universite-lyon.fr/medias/fichier/ficheprojet-ecaest_1610965873504-pdf
EVALINT : EVALuation de/en l’INTeraction : description, compréhension, formation (2015-2018)
Ce projet de recherche a eu un double objectif.- mieux comprendre le déroulement in situ du processus évaluatif certifiant et ses enjeux, la dimension (inter)actionnelle, relationnelle, institutionnelle en lien avec les enjeux évaluatifs et les pratiques évaluatives (mettre en place les conditions de la performance du candidat, émettre un jugement, prendre une décision en s’appuyant sur des critères)
–mettre en réflexion une démarche de recherche-formation mise en œuvre depuis 2014, en formation initiale de Master 2ème année de didactique du FLE, basée sur une ingénierie des situations professionnelles de l’évaluation.
la recherche s’est développée selon 4 approches.
- approche descriptive : caractériser sur le plan typologique, séquentiel et multimodal ces interactions entre évaluateur et candidat.
- approche compréhensive : envisager ces situations comme des situations professionnelles, mobilisant un agir professionnel et des compétences de différentes sortes.
- approche didactique : identifier les dilemmes, les préoccupations et pratiques évaluatives entre prescriptions institutionnelles et pratiques situées, notamment des jeunes professionnels, à des fins de formation initiale
- approche critique : mettre en relation les approches précédentes avec les conceptions politiques, organisationnelles, idéologiques de ces certifications.