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ÉMO-DTE ÉMOTION

DTE – ÊMOTION

Les 790 impacts de [ÉMOTION] dans le TLFi.pdf

3. Exploitation des résultats : Angles d’impact
FMS d’émotion, Énoncé d’émotion, Situation, Expérienceur, Allocateur

[ÉMOTION*] impacte un lexique semi-encyclopédique, médical en voie d’intégration au lexique courant[7] :

ABRÉACTION
ADIAPHORIE
adrénalinémie, art. ADRÉNAL-
CATAPLEXIE
déplacement
psychogalvanique, art. PSYCH(O)-
PSYCHOLEPTIQUE
PSYCHOPATHIE
Thalamique, art. THALAMUS
THALAMUS
Thymoleptique, art. THYMIQUE2
DÉPRESSEUR

 

­Émotion impacte normalement les mots de sa famille, [émotion] :

ÉMOI, ÉMOTIF, ÉMOTIONNANT, ÉMOTIONNEL, ÉMOTIONNER, ÉMOTIVITÉ, ÉMOUVANT, ÉMOUVOIR

HYPERÉMOTIF, HYPERÉMOTIVITÉ

CRYPTO-ÉMOTIF

Il n’est pas nécessaire de faire de recherche d’impact à partir de HYPERÉMOTIF, HYPERÉMOTIVITÉ, CRYPTO-ÉMOTIF, puisque les termes éventuellement impactés le seraient déjà par émotif, émotivité.

Termes couvrant — [ÉMOTION*] impacte notamment

— la famille [AFFECT] (sauf le mot affect lui-même) : AFFECTIF, AFFECTIVEMENT AFFECTIVITÉ, INAFFECTÉ

— la famille [PASSION] : PASSION, PASSIONNÉ, PASSIONNÉMENT

— la famille [sentiment] : SENTIMENT, SENTIR

Cette distribution des impacts donne une certaine légitimité à l’idée qu’autour de ces quatre termes, affect, émotion, passion, sentiment gravite un champ sémantique unitaire, qu’il est possible d’explorer de manière relativement cohérente[8]. On peut parler à leur sujet de terme couvrant, ou plus exactement de FMS couvrantes. Une FMS couvrante est une FMS qui impacte un nombre substantiel de mots, et qui impacte des types d’émotions diverses et plus spécifiques, comme peur, joie, colère, surprise, stress (pour émotion).

Itération de la démarche — La dissémination ne se bloque pas au premier impact, elle se poursuit par de nouveaux impacts. Par exemple, [ÉMOTION*] impacte peur, joie, COLÈRE, surprise, stress ; les mots impactés par les FMS auxquelles appartiennent ces termes doivent également être joints à la liste. La démarche est itérative.

Pour avoir une idée de la dissémination de l’émotion dans le lexique du français on doit rassembler les domaines lexicaux correspondant à ces diverses FMS.

Nouvelles ressources — Nous avons conclu que D[ÉMOTION*] comprend environ 800 mots ou acceptions. Cette liste doit être complétée non seulement par la recherche d’impacts d’autres termes, mais également par l’exploitation d’autres ressources. Le TLFi est un dictionnaire parmi d’autres, et la liste doit être complétée par des données extraites d’autres dictionnaires selon les mêmes principes.

 

 

Les termes réunis dans le grand sac de mots que nous avons constitué sous le nom de “domaine lexical” n’ont pas tous la même relation à leur FMS génératrice, [ÉMOTION*]. Dans la suite de cette contribution, nous proposons quelques observations sur une possible structuration plus fine de ce domaine. Après avoir donné une idée des impacts du mot émotion sur les définitions, il s’agit ici, pour filer la métaphore, de préciser l’angle d’impact de ce mot sur les  différents termes qu’il estampille. Il s’agit bien d’une ébauche : nous ne savons pas à combien de familles nous aurons finalement à traiter en fonction des résultats obtenus après itération et exploitation d’autres ressources. Les remarques et catégories que nous proposons sont exploratoires. Le cadre général est celui qui a été mis au point et utilisé dans de précédentes recherches, où l’on trouvera les références nécessaires (Plantin 2011 ; 2012 ; 2015)

FMS d’émotion
Comme nous l’avons souligné, nous ne discuterons pas pour savoir s’il est préférable de parler de substantifs ou de verbes d’émotion. S’il fallait choisir, nous prendrions les PP-adj, qui notent bien le caractère accidentel, épisodique de l’émotion, sans la réifier. Nous partons du fait lexical que, comme tous les mots, les mots impactés par [ÉMOTION*] se rassemblent en FMS, et que l’émotion est distribuée sur tous les membres de cette FMS. Un terme d’émotion désigne l’un quelconque des mots rassemblés dans une FMS d’émotion.

Énoncé d’émotion
La notion d’énoncé d’émotion est dérivée de celle de verbe psychologique (Gross, 1995 ; Ruwet 1972, 1995 ; Mathieu, Fellbaum 2010). Un énoncé d’émotion associe un terme d’émotion E, un lieu psychologique ou expérienceur y, une situation S. Il est noté < E(y, S) >[9].

Points d’émotion et parcours émotionnels
Un point d’émotion est un point du discours où l’émotion est linguistiquement marquée. En ce point, on peut reconstruire sur des bases lexicographiques un énoncé d’émotion. En d’autres termes, la détermination des points d’émotion correspond à l’opération d’ancrage d’une balise d’émotion. Les balises, convenablement posées permettront, dans un second temps, d’établir des parcours émotionnels. La localisation de ces points d’émotion joue ainsi un rôle fondamental dans la reconstruction méthodique de l’émotion dans la parole (Plantin 2011).

On peut dire en première approximation que si un mot d’un texte est une occurrence d’un mot impacté par [ÉMOTION*], alors il est intéressant tenter la reconstruction d’un énoncé d’émotion en ce point. Du point de vue de l’analyse automatique, cette démarche correspond à un premier balisage du texte, exploitant une dictionnaire des FMS et des termes d’émotion, dont D[ÉMOTION*] propose une première liste d’entrées.

Situation
Nous distinguerons la situation en tant que telle, notée S, et la situation en tant qu’elle est perçue, vue, cadrée, éclairée comme émotionnante, notée S.  Cette distinction est nécessaire pour rendre compte du fait que la même situation peut être associée à des émotions diverses et antagonistes : le même événement qui fait le bonheur des uns fait le malheur des autres. La situation S n’est pas la cause mécanique de l’émotion ; mais, dès qu’elle a été catégorisée comme émotionnante, c’est-à-dire comme une S, elle est linguistiquement liée à son “effet”, sa “conséquence” l’émotion dans y. Dans le langage de la théorie de l’argumentation dans la langue, on a affaire à une inférence ou une causalité tautologiques : “S est troublant ; donc je suis troublé”. L’effet causal est une illusion. Il n’y a pas de différence entre la cause (S, être troublant) et l’effet (y, être troublé) ; et il n’y a guère de sens à dire que le trouble attribué à y est “dérivé” de la situation troublante : il est strictement homogène à la situation en tant que troublante.

L’énoncé “c’est stressant (P), mais je résiste (Q)” se comprend bien dans le cadre de théorie originelle simple et robuste de la polyphonie ducrotienne. Dans la proposition P, la situation S est cadrée comme une S, stressante, c’est-à-dire impliquant linguistiquement du stress. Mais inverse cette orientation argumentative (au sens de Ducrot), et la proposition Q exprime que le locuteur sait gérer son stress, sortir de son stress ou déstresser une situation stressante.

L’énoncé “Pierre trouve ça stressant” permet d’attribuer du stress à Pierre, mais ne dit rien d’une éventuelle attribution d’émotion (stress) au locuteur de cet énoncé. La référence commune à ce locuteur et à Pierre est à une situation en tant que S. Pierre la cadre comme une S, une situation émotionnante. Le locuteur mentionne S (ça), et le cadrage émotionnel (stressant), mais ne dit rien de sa propre évaluation émotionnelle. La description de la situation qu’il peut éventuellement proposer n’est pas forcément celle sous laquelle elle stresse Pierre

Allocateur, allocataire d’émotion
Dans “ Pierre est triste”, le locuteur est dans le rôle d’allocateur de l’émotion (triste) à un allocataire d’émotion, qu’il constitue ainsi en expérienceur (Pierre). Un autre locuteur peut contester cette allocation, lui préférer une autre émotion “Pierre n’est pas triste, il est accablé par tes façons de faire” ou refuser toute attribution d’émotion. Le cas échéant, on devra donc noter a, l’allocateur de l’émotion : < aE(y, S­) >.

 

4. Émotion nommée et attachée à l’expérienceur —
Reconstruction directe de l’énoncé d’émotion

 

Émotion impacte des termes considérés comme des “substantifs d’émotion” dans à peu près toutes les listes, et des émotions de base par les psychologues et les philosophes : peur, joie, colÈre, surprise (Tutin & al. 2006 ; Novakova, Tutin 2009). Nous ne chercherons pas à distinguer dans l’ensemble suivant des émotions de base et des émotions dérivées. Tous ces termes attribuent nécessairement une émotion à un y, permettent de reconstruire des énoncés d’émotion, et de localiser des points d’émotion dans un texte.

La FMS d’émotion EXALTER, EXALTÉ, exaltant, EXALTATION, complète et autonome montre bien en quoi l’émotion se distribue sur un micro-monde événementiel. Le PP-Adj EXALTÉ attache localement l’émotion à y ;  comme substantif, (un) exalté fait de l’exaltation un caractère permanent de y ; exaltant localise l’émotion sur un contexte S devenant ainsi une source d’émotion S (éclairage framing de la situation) ; le verbe EXALTER distribue l’émotion sur y et sur S ; le substantif EXALTATION réifie l’ensemble du processus. Dans tous ces cas, que l’émotion soit attachée à la situation, au locuteur, ou distribuée sur les deux, on reconstruit immédiatement l’énoncé d’émotion < EXALTÉ*(y, S)>.

La FMS d’émotion TROUBLE2, TROUBLER, TROUBLANT, troublé est complète et homonyme d’une série non émotionnelle. Le TLFi distingue trouble-1 et trouble-2, le premier étant considéré comme le sens propre et le second, figuré. On désambigüise facilement les deux séries les deux verbes n’ayant pas les mêmes relations de sélection sur leurs objets, respectivement (+Liquide) et (+Humain). Cette opération effectuée, on retrouve le cas précédent, où l’énoncé d’émotion est immédiatement reconstructible, < TROUBLE*(y, S)>.

Ø Liste 4, type EXALTÉ – TROUBLÉ — l’émotion est attachée à l’expérienceur

 

AFFOLÉ, AFFOLER1.
ATTENDRIR – ATTENDRISSEMENT
bouleversÉ -BOULEVERSEMENT -bouleversant – bouleverser
COLÈRE
doux
DÉCHIRANT – DÉCHIRER
ÉGARÉ
ENTHOUSIASME
ÉPOUVANTE
EXALTATION – EXALTÉ, EXALTER
FOLIE-1 – FOU-1 – FORCENÉ
GONFLÉ – GONFLANT, GONFLEMENT2
HÉBÉTUDE
HORRIPILATION
IRRITABLE
JOIE
MALAISE
PEUR
REMUANT – REMUÉ, REMUEMENT – REMUER – REMUEUR
RÉVULSER
STRESS
STUPEUR – STUPIDE
SURPRISE – surprendre
SYMPATHIE
TENDRE-2 – TENDRESSE
TERREUR
TERRIBLE
TIMIDITÉ
TOUCHER1 – TOUCHANT1,
TRAC
TRANQUILLEMENT
TRANSI
TROUBLE-2 – TROUBLER -TROUBLANT

 

5. L’émotion définit la situation —
Désignation et inférence émotionnelle

Il est souvent impossible d’associer linguistiquement une émotion à un énoncé. L’énoncé “il est rentré à 8h” ne permet aucune attribution d’émotion à “il” ou au locuteur Le contexte peut éventuellement permettre de leur attribuer une émotion, par exemple s’il s’agit d’une rentrée particulièrement tardive.

Émotion contribue à définir des situations, des actions, des objets comme ayant un contenu linguistique émotionnel, essentiel ou par défaut. Nous rassemblons ici un ensemble de termes impactés par émotion, et qui réfèrent à des situations auxquelles sont associées des émotions, soit de manière essentielle, soit de manière défaisable.

5.1 L’émotionnalité comme essence de la situation

POIGNANT est un adjectif d’émotion orphelin, qui renvoie à une S (une S émotionnelle). La seule différence avec la série précédente est un fait d’usage : l’absence de nom, de verbe ou de PP-Adj attachant directement l’émotion à l’expérienceur. En dépit de cet accident morphologique, l’éclairage d’une situation comme POIGNANTE est indissociable de l’attribution d’un état émotionnel à une personne, locuteur ou énonciateur. Cette association est un fait de langue ; si on ne la fait pas, on ne parle pas et on ne comprend pas le français. L’émotion est aussi présente dans “c’était poignant” que dans “quelle surprise !”.

Cette émotion n’a pas de nom en français. On peut la noter directement par catachrèse dans l’énoncé d’émotion bien formé, < POIGNANT (y, S)>, en considérant que l’émotion est une gestalt englobant situation et expérienceur. On peut aussi la noter par approximation une émotion intuitivement sentie comme de la même famille (les barres obliques notent que l’émotion est reconstruite : < /pitié, effroi/(y, S)>. Comme l’émotion est répandue sur une parole, on tiendra compte du contexte pour préciser l’émotion.

Si on a de la chance, on la trouvera dans le dictionnaire. BEAU, adj. et substantif, implique de façon essentielle une émotion, qu’on peut reconstruire par le dictionnaire : l’admiration

N : « a) [Le beau comme valeur esthétique] < Ce qui suscite une émotion, un plaisir esthétique. > »

Adj. : « [Exprime une appréciation positive et favorable] A. — Qui cause une vive impression capable de susciter l’admiration en raison de ses qualités supérieures dépassant la norme ou la moyenne. » (TLFi, je souligne)

Comme dans le cas précédent, la reconstruction des énoncés d’émotion est simple et directe.

5.2 Inférence émotionnelle par défaut

ALERTE2 est défini comme « < Menace précise et soudaine d’une situation critique et alarmante; émotion, inquiétude ressenties en présence de cette menace > » (soulignement TLFi ; mes italiques). L’inférence concluant de alerte à émotion et à inquiétude est une inférence définitionnelle, légitimée par le dictionnaire (sur la notion d’inférence émotionnelle, Ungerer, 1997 ; voir Plantin 2011). On peut donc reconstruire sur alerte deux énoncés d’émotion, l’énoncé général < émotion, (y, alerte) >,  et l’énoncé plus précis < inquiétude, (y, alerte). Notons que la recherche d’impact à partir de inquiétude trouvera également alerte et autorisera l’énoncé d’émotion < y [inquiétude] >.

En tant que situation S, l’alerte est vue comme la prise de conscience soudaine d’une menace, déclenchant un ensemble d’actions qui peuvent être codifiées dans une “procédure d’alerte”. Le TLFi associe à cette situation de l’inquiétude. Mais dans la réalité l’état d’alerte peut être associé à tout autre chose que de l’inquiétude, par exemple à l’excitation, le plaisir de passer à l’action et à la joie d’être enfin un héros, ou simplement le léger ennui d’avoir à se soumettre encore à un exercice de sécurité.  L’inférence de alerte à inquiétude est bien une inférence langagière, comme elle est annulable contextuellement, nous dirons l’inquiétude est l’émotion inférée par défaut à partir de alerte.

Les cas de ALERTE2 et de poignant se distinguent par l’usage de l’évaluatif “je trouve que”, qui n’est pas possible avec alerte “je trouve que c’est une alerte”. Le fait qu’on puisse dire “je trouve que c’est une situation poignante” montre bien que l’émotion est inscrite dans le sens même de l’énoncé.

Ø Liste 5 : l’émotion définit la situation

ADIEUX
AGRESSION
ALERTE-2
BEAU
DÉSORDRE
DRAMATIQUE
ÉLOQUENCE
ÉMEUTE,
EMPOIGNANT
INSOUTENABLE
LYRIQUE
ŒUVRE (D’ART)
PATHÉTIQUE, Pathétisme, PATHOS,
POÉTISER, Poétisable
POIGNANT
RÉVOLUTION- RÉVOLUTIONNER
ROMANTIQUE
SCANDALE
SÉDITION
SÉISME
SPECTACLE – SPECTACULAIRE – SPECTATEUR
SUBLIME
THRILLER
TRAGIQUE

 6. L‘émotion est inférée à partir d’une  performance sémiotique de l’expérienceur

RAVALER est impacté par [ÉMOTION*], dans l’expression “ RAVALER sa salive”. Ce fait légitime la reconstruction d’un énoncé d’émotion (émotion, y, S)> dont la spécificité reste à préciser.

L’acte de “ravaler sa salive” pourrait peut-être être conceptualisé comme renvoyant à l’effet physiologique d’une émotion biologiquement déterminée par une situation stimulus, dont l’étude relève de la physio-biologie. Dans ce cas, l’expression ravaler sa salive est dénotative, ravaler sa salive est un indice, faisant partie du procès émotionnel. Selon ce cadre de recherche, par exemple, l’expression “voir rouge” est également dénotative, et on peut le montrer en corrélant expérimentalement, l’état de colère à une perception accrue du rouge. Parallèlement, on s’attachera à montrer que celui qui est dépressif “voit tout en noir”, c’est-à-dire a une perception amortie des couleurs, ce qui n’est pas invraisemblable. Le programme a certainement des limites ; on dit que “la tension était palpable”, mais on ne voit pas pour l’instant s’élaborer la machine à palper la tension.

En contraste avec cette approche référentielle, nous adopterons une approche communicationnelle de ce type d’expression[10]. Nous traiterons cet acte, ravaler sa salive, comme un acte sémiotique, comme l’expression sémiotique de l’émotion, voire l’acte d’émotion lui-même et non pas non pas effet conditionné d’une émotion. Les ressources nécessaires à l’expression de l’émotion sont fournies par tout corps, et non plus, comme dans le cas précédent, par le seul appareil phonatoire (qui, par ailleurs est exploité de façon spécifique dans l’expression de l’émotion, voir infra). En d’autres termes, l’émotion est corporellement signifiée à l’interlocuteur. Frissonner est une énonciation corporelle signifiante dont le signifié est une classe d’émotions. D’une façon générale, nous adoptons cette approche pour les différentes expressions physiques de l’émotion, comportements, attitudes, activation du corps ou d’une partie du corps. Le critère de sélection pour les mots attachés à cette section est : “est-ce que ça peut se jouer ?” ; rappelons qu’il est possible de produire intentionnellement des larmes. Les performances sémiotiques émotionnelles sont plus ou moins complexes, le trouble (TROUBLER) est plus complexe que le fait d’ouvrir grand les yeux (AGRANDIR).

 

L’émotion peut ainsi de signifier linguistiquement comme peut se signifier la réalité en général, et elle peut se signifier en exploitant le corps comme ressource signifiante. L’existence de ce double système de signification est très caractéristique de l’émotion. L’émotion est ainsi doublement signifiée : par une performance physique émotionnelle (ravaler sa salive, lever les bras au ciel) et par un dire linguistique. “Notre héros leva les bras au ciel / ravala sa salive”), redoublant ce système sémiotique.

L’expression sémiotique n’étant pas doublement articulée, on ne peut envisager la description de ce “langage” que sous la forme d’un répertoire d’éléments.

 

Cette section rassemble des termes impactés par [Émotion*] renvoyant à une telle performance émotionnelle. Elle constitue un répertoire de comportements physiques signifiants.

Les listes suivantes correspondent à des traits, un même terme peut figurer dans plusieurs listes, c’est à dire cumuler plusieurs traits.

 

(i) Un CHOC, qui transforme l’ATTITUDE jusqu’au TRAUMATISME, à la SYNCOPE et au FIGEMENT

Dans l’ordre de la performance, la forme plus générale est de l’ordre du CHOC, ce qui correspond à la surprise dans l’ordre du dire.

  • Un CHOC, et ses conséquences TRAUMATIQUES; le corps lâche

 

(être) EN L’AIR
(se mettre) à l’envers
ALTÉRATION1 – ALTÉRÉ – ALTÉRER1
bondir
BOULEVERSEMENT
chambouler
CHOC
COMMOTION
ÉBRANLEMENT
Être hors de sens
HAUT-LE-CORPS
HEURT
REMUER
RÉVOLUTION
SÉDITION
SURSAUTER
TOUCHER1
TRAUMATIQUE – TRAUMATISER, TRAUMATISME
Trifouillis (art. TRIFOUILLER)

À la lecture de cette liste, on a le sentiment que l’émotion est plus de l’ordre de l’accident physique que de la maladie de l’âme.

  • vers la SYNCOPE

CHAVIRER

DÉFAILLIR – DÉFAILLANT

EFFONDRER

ÉPERDU

MOURANT

PÂMÉ – PÂMER -PÂMER (SE) – PÂMOISON

Perdre ses esprits

SYNCOPE

TOMBER-1

TRANSPORT

VERTIGE

 

 

  • ou le figement

 

CONTRACTÉ, CONTRACTION

FIGÉ – FIGER.

FROID – FROIDEMENT

GLACER,

IMMOBILE

PARALYTIQUE

PERCLUS-2.

PÉTRIFIÉ – PÉTRIFIER

SAISIR

SOMNAMBULE

SURDITÉ

 

 

(ii) La vibration, l’ONDE est un signifiant majeur de l’émotion, qui se lit globalement sur tout le corps, localement sur les membres, les organes, et qui affecte leur fonctionnement.

  • tout le corps VIBRE

CONVULSIF, CONVULSION
Frémir, trembler comme une (la) FEUILLE
FRÉMISSEMENT
FRISSON, FRISSONNANT, FRISSONNEMENT, FRISSONNER
PANTELANT
SPASME, SPASMODIQUE, SPASMOPHILIE
TORDRE
TREMBLANT, TREMBLEMENT, TREMBLER
TRESSAILLANT, TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR
TRESSAUTEMENT, TRESSAUTER
VIBRANT, VIBRATION, VIBRER

 

 

  • les jambes, les genoux : FLAGEOLER – FLAGEOLANT – Genoux fléchissants, jambes fléchissantes
  • le cœur : BATTRE – PALPITER, PALPITANT, PALPITATION –- CHAMADE
  • les yeux : CILLER – CLIGNER. CLIGNÉ, CLIGNEMENT – CLIGNOTER.
  • la voix : BAFOUILLER – BÈGUE — BÊLEMENT
  • la respiration : HALETER, HALETANT, HALÈTEMENT – PANTELANT

 (iii) L’émotion affecte les organes internes :

cœur (voir supra) – ENTRAILLES – TRIPES1 – ESTOMAC

(iv) Les humeurs : la SUEUR, le SANG, les LARMES — et la BAVE

  • le SANG: SANG, SANGUIN – INJECTER3 (de sang) (avoir les sangs) TOURNÉS – VEINE (n’avoir plus une goutte-1 de sang dans les veines, sur le visage)
  • la SUEUR : SUER, SUEUR, SUÉE,
  • les LARMES : LARME, LARMOYANT – PLEURER – PLEUR, PLEURARD – EMBUÉ, EMBUER
  • la salive : BAVER – RAVALER sa salive
  • la peau : SUER, SUÉE, SUEUR – ANSÉRIN

 (v) Le VISAGE s’ ALTÈRE et se COLORE

VISAGE – DÉCOMPOSER – DÉFAIRE – ALTÉRER1, ALTÉRATION ALTÉRÉ – MIMIQUE – MASQUE1

(v) Les couleurs

Les couleurs teintent l’émotion (colère noire), la perception (voir rouge), et surtout le visage. Émotion impacte le verbe COLORER, le BLEU le VERT et le ROUGE sous toutes diverses nuances :

(piquer un) FARD
BLEU
CERISE
COLORER
ENLUMINER, ENLUMINURE
INCARNAT
PIVOINE
POURPRE-1, POURPRE-2
ROUGE, ROUGEUR, , ROUGIR, ROUGISSANT
VERMEIL
VERT, VERDEUR

(vi) Les yeux, le regard, la vue

(avoir l’œil) sec
AGRANDIR
BRILLER
BRILLER
CILLER
CLIGNÉ, CLIGNEMENT, CLIGNER.
DANSER
DÉSERT (adj.)
EMBUÉ, EMBUER
HUMECTER
LARME, LARMOYANT
LUEUR
LUMIÈRE
MOUILLÉ (vs SEC)
PÉTILLER
PLEUR, PLEURARD, PLEURER
SOURCILLER
SOURCILLER1

(vii) Le cou, la gorge : ÉTRANGLEMENT, STRANGULATION, STRANGULER – NOEUD – gorge SERRÉE – boule dans la gorge, dans l’estomac

(viii) La respiration, le souffle : HALETER, HALETANT, HALÈTEMENT – SUFFOQUER, SUFFOCANT – PANTELANT – SOUPIR – SOUFFLE – HOQUET

(ix) La VOIX, les organes de la PAROLE, le RIRE1

L’émotion est signifiée par la VOIX, qui est ALTÉRÉE ; le langage va vers le CRI ou s’éclipse :

VOIX – PARLER1, PAROLE – EXPRESSION – RIRE1

ALTÉRER1, ALTÉRATION1, ALTÉRÉ – BAFOUILLER – BÈGUE – BÊLEMENT –ACCENT

CRIER, ÉCRIER (S’), CRI – EXCLAMATION – INTERJECTION – MUET

 

7. Autres dimensions : excitation, norme et contrôle de l’expressivité

 

(i) EXCITABLE : la dimension de l’excitation, de la tension, des hautes et basses l’intensité

La haute intensité est abondamment marquée sur les impacts relevant des paramètres de la signification corporelle et du comportement de y (CRI — HYSTÉRIE – AFFOLÉ – EXALTÉ — EFFERVESCENCE) ou sur la situation (DRAMATIQUE — insoutenable)

[ÉMOTION*] impacte une série de termes polaires, exprimant une variation d’intensité, notamment sur l’échelle du CHAUD / FROID :

CHALEUR, CHAUD, (s’échauffer dans (sous) son) HARNOIS – FIÈVRE

FROID, FROIDEMENT – GLACER – TRANSI

 

(ii) EXPRESSIF, EXPRESSION, EXPRIMER : Norme et contrôle

La FMS EXPRESSIF, EXPRESSION, EXPRIMER, est liée à une norme de contrôle de l’expression émotionnelle, que y peut transgresser par défaut ou par excès. On peut considérer que l’opposition Émotif « B. Qui est apte, prédisposé à éprouver des émotions » /vs/ inÉmotif « Qui n’est pas émotif » représente les deux pôles de cette échelle.[11] L’impact INCONTINENT est du côté de l’excès ; le côté de la rétention est beaucoup plus fourni :

 

BLASER

CALLIGRAPHIER

CARTÉSIANISME

CASSER

DUR

FLEGMATIQUE

IMPASSIBILITÉ, IMPASSIBLE

IMPERMÉABLE

INAFFECTÉ

INFLEXIBILITÉ

INSENSIBILISER, INSENSIBILITÉ, INSENSIBLE

INTELLECTUALISATION

MINIMAL

RAISONNER-1

RETENIR

 

 

(iii) Deux comportements sont orientés vers les émotions positives :
DANSER — RÊVEUR

 

(iv)  REVENIR : Forme de l’épisode

L’épisode émotionnel est ouvert par un CHOC ; l’impact REVENIR « retrouver ses esprits » signale la clôture de cet épisode. BAROMÈTRE caractérise l’émotion comme une « variation » ; REVIVISCENCE note l’épisode comme répétitif.

 

9. Conclusions

La méthode des impacts permet de quantifier le rayonnement lexicographique d’un mot et dans sa famille lexicale. Nous avons évalué le nombre d’impacts de [ÉMOTION*]  à 286 familles, réunissant environ 800 termes ou acceptions. Les regroupements proposés situent les mots impactés en relation avec les deux pôles de l’expérience émotionnelles, l’expérienceur et la situation ; une famille de signifiants corporels émerge de façon assez spectaculaire. D’une façon générale, la quantité et la cohérence des marériaux recueillis par cette méthode semblent tout de même intéressantes.

Comme nous l’avons déjà mentionné plusieurs fois, la liste des termes directement impactés par émotion n’est qu’un premier pas vers la constitution d’un lexique autorisant le repérage des points d’émotion et permettant ce contrôler le balisage émotionnel, manuel ou automatique, des discours, textes et interactions.

Ces mots peuvent tous être dits “termes d’émotion”, non pas au sens où tous désigneraient des entités psychiques de base ou dérivées, mais bien au sens où tous ces termes disent quelque chose sur la représentation langagière de l’émotion. Ils sont les pivots du “discours lexical sur l’émotion”, qui est loin de se borner à la désignation directe d’une combinatoire d’entités psychiques élémentaires. Ce discours, relativement structurable, constitue les bases d’une théorie de l’émotion construite par la langue et la culture au cours des siècles, et qui est maintenant donnée dans la sémantique du langage. C’est ce qui constitue notre savoir partagé sur l’émotion. Il s’ensuit qu’il est possible d’utiliser cette méthode pour la comparaison interlangue et interculturelle de l’émotion.

 

Références

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Plantin Christian 2011. Les bonnes raisons des émotions. Principes et méthode pour l’étude du discours émotionné. Berne, Peter Lang.

Plantin Christian 2015. “Paura, emozione, passione, sentimento : étude de la contagion émotionnelle d’après le Dizionario Combinatorio ItalnedLe Langage et l’Homme, vol. L, n° 2. 43-58.

Plantin Christian 2015. Emotion and Affect. In Tracy, Karen, Ilie, Cornelia & Sandel, Todd (eds.) (2015). The International Encyclopedia of Language and Social Interaction. Boston: John Wiley & Sons.

Ruwet Nicolas 1972.Théorie syntaxique et syntaxe du français, Paris, Éditions du Seuil.

Ruwet, Nicolas 1995. “Etre ou ne pas être un verbe de sentiment”, Langue française 103. 45-55.

Tutin Agnès, Novakova Iva, Grossman Francis, Cavalla Cristelle. 2006 Esquisse de typologie des noms d’affect à partir de leurs propriétés combinatoires. Langue française, 150, 2. 32-49.

Ungerer Friedrich 1997. “Emotions and emotional language in English and German news stories”, in Niemeyer Susanne, Dirven René (eds) (1997). The language of emotion. Amsterdam, John Benjamins. 307-328.

 

Annexe : Les 408 impacts de émotion

Résumé

Christian PLANTIN, La dissémination de émotion dans le lexique

Cette étude porte sur les occurrences du mot émotion (et de ses dérivés) dans les définitions du TLFi. On définit d’abord les notions de terme impactant, de terme impacté et de domaine lexicographique d’un mot (§1). On établit ensuite le domaine lexicographique de la famille du mot émotion ; après toilettage, il réunit 408 mots ou acceptions (800 environ si l’on complète les 286 familles morpho-lexicales sémantiquement homogènes impactées). Chacun de ces termes peut être dit à la lettre “terme d’émotion”, et représente une donnée pertinente pour l’étude de l’émotion dans la langue et le discours (textes et interactions).

On propose ensuite quelques regroupements exploitant les notions d’énoncé d’émotion, de situation émotionnelle, d’expérienceur, et d’allocateur (§3) selon que (1) l’émotion est attachée à l’expérienceur (§4) ; (2) l’émotion définit la situation de façon a/ essentielle ou b/ défaisable (§5) ; (3) l’émotion est signifiée par une  performance sémiotique de l’expérienceur (§6). Dans les cas (2b) et (3) les énoncés d’émotion sont donnés ; dans les cas (2b) et (3), ils doivent être reconstruits par un processus inférenciel. Le § 7 porte sur les dimensions de l’excitation et du contrôle de l’expressivité.

 

Christian Plantin The dissemination of emotion in the lexicon

This study is about the use of the French word émotion in the definition of a dictionnary, the Trésor de la langue Française informatisé. The concepts of “impacting” term,“impacted” term and “lexicographical domain” of a word are defined (§1). The 408 words constituting the lexicographical domain of émotion  are listed (§2). Each of these terms (or acceptions) is litterally an “emotion term”, a relevant data for the study of emotion in language, texts and interactions.

Some clusters grouping impacted terms are tentatively proposed according to the following parameters (1) emotion is attached to the experiencer (§4) ; (2) emotion defines the situation as a/ an essential feature or b/ as a default emotion (§5) ; (3) emotion is signified through the experiencer’s body in a semiotic communicative process. In cases (1) and (2a) emotion sentences are given; in cases the (2b) and (3) they have to be reconstructed through an inference process. §7 deals with the question of intensity and control.

 

Bio-blurb

Christian Plantin, ancien Directeur de Recherche au CNRS (section 34, Sciences du langage), est maintenant Professeur Émérite à l’Université Lyon 2. Il est membre et ancien directeur de l’UMR ICAR http://icar.univ-lyon2.fr). Ses recherches portent sur l’argumentation et sur les émotions dans la langue et la parole.

Il a récemment publié Les bonnes raisons des émotions. Principes et méthodes pour l’étude du discours émotionné. Berne, Peter Lang, 2011. (Traduit en espagnol)

Á paraître, Dictionnaire de l’argumentation — Une introduction conceptuelle aux études d’argumentation. Lyon, ENS Éditions.

Autres informations, textes disponibles : http://icar.univ-lyon2.fr/Membres/cplantin/Index.htm

 

Mots clés

Émotion, dictionnaire, inférence émotionnelle, terme d’émotion, énoncé d’émotion, expérienceur, allocataire, situation émotionnelle

 

[1] Pour éviter des notations cabalistiques de racines ou de bases lexicales, les FMS seront notées par le mot complet le plus impactant, accompagné d’une astérisque < * >.

[2] http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/showp.exe?3;s=1504105515;p=assiste.htm

[3] Pour des raisons de commodité typographique, les démarcations du TLFi ont été remplacées par des chevrons ouvrants et fermant pour indiquer le segment de la définition où émotion a été détecté par la recherche automatique.

[4] Style est impacté non pas dans sa définition mais dans un exemple.

[5] Dans la suite de cet article, les mots provenant de la liste d’impacts sont en capitales, et les mots non impactés mais appartenant à la FMS d’un mot impacté seront notés en caractères ordinaires, si nécessaire.

[6] On trouvera les définitions qui, à notre sens, demandent des éclaircissements, sous forme de “Bonus” associé à cet article, à l’adresse http://icar.univ-lyon2.fr/Membres/cplantin/.

[7] Dans ces listes, les minuscules indiquent que le terme n’a pas d’entrée propre.

[8] La famille de humeur n’est pas impactée par [ÉMOTION*]

[9] Les chevrons sont utilisés ici pour délimiter l’expression.

[10] Les deux approches ne sont peut-être pas incompatibles.

[11] L’impact PERMÉABILITÉ exprime la même chose dans un langage technique de la psychologie PERMÉABILITÉ « (c) PSYCHOL. Perméabilité du moi. < Aptitude plus ou moins grande à changer d’humeur, d’émotion, de comportement > (d’apr. CARDON-MERMET 1982). Synon. labilité. »

ÉMO– PREUVE – PATHOS – ÉMOTION –V2

LE PATHOS, OU LA PREUVE PAR L’ÉMOTION

Ce module rappelle l’importance du concept rhétorique de pathos, qui fonde le premier traitement systématique de l’émotion en discours.

Dans la tradition de la Rhétorique d’Aristote, le pathos est constitué d’un ensemble de couples d’émotions opposées. Cette structuration inscrit de façon décisive l’analyse des émotions rhétoriques dans une structure Discours/ Contre-discours: si l’un met en colère, l’autre calme; si l’un en appelle à l’indignation, l’autre en appelle à la pitié.

Les traditions grecque et latine proposent  également des listes d’émotions rhétoriques que l’on peut rapprocher des passions élémentaires ou complexes des philosophes, comme des émotions de base des psychologues.

1. LOGOS, PATHOS, ÉTHOS :
PRIMAT DE L’ÉTHOS et du PATHOS

Logos, Pathos, Éthos 
Les théories logico-normatives de l’argumentationtren focalisent sur les objets du débat:
définition et catégorisation (arguments a pari, a contrario, etc); sur les relations causales, logiques ou analogiques qui lient les objets en discours; sur leurs environnements matériels et les indices circonstanciels.
Les théories rhétoriques de l’argumentation enchâssent en outre les objets dans leurs contextes interpersonnels et émotionnels (*)-. La théorie classique considère que la gestion
stratégique des émotions est essentielle dans l’orientation globale du discours vers la
persuasion et l’action.
(*) La rhétorique introduit le fait de juger dans les critères du jugement

Dans son application aux discours sociaux, la rhétorique est en effet une technique du discours visant à déclencher une action: faire penser, faire dire, faire éprouver et, finalement, faire faire.
C’est l’action accomplie qui fournit l’ultime critère de la persuasion réussie, qu’on réduirait indûment à un simple état mental, à une “adhésion de l’esprit” (Perelman & Olbrechts Tyteca). On ne peut pas dire que le juge rhétorique a été persuadé s’il ne se prononce pas en faveur de la partie qui l’a convaincu.2

Preuves rhétoriques
Pour atteindre ces buts – non seulement faire croire, mais aussi orienter la volonté et déterminer l’action – la technique rhétorique exploite trois types de moyens ou d’instruments, qu’on appelle parfois “preuves” (pistis). Le catéchisme rhétorique3 nous apprend ainsi que la persuasion complète est obtenue par la conjonction de trois opérations discursives: le discours doit enseigner, plaire, toucher (docere, delectare, movere). Il doit

1 L’argumentation a pari transfère à une espèce d’un genre ce qui est dit d’une autre espèce du même genre ; selon l’argumention a contrario, si quelque chose est affirmé des êtres appartenant à une certaine catégorie, le contraire est affirmé des êtres n’appartenant pas à cette catégorie.
2 Réponse attribuée à un parlementaire de la Troisième République, s’adressant à quelqu’un qui avait entrepris de le convaincre: “Vous pouvez tout à fait changer mon opinion, mais vous ne changerez pas mon vote”. Cette réponse exprime bien cette différence entre les déterminants de la représentation et ceux de l’acte.
3 Il y aurait beaucoup à dire sur la mise en ritournelle des concepts rhétoriques, et sur l’obstacle épistémologique que constitue l’effet d’évidence ainsi obtenu à bon marché.

d’abord enseigner par le logos, c’est-à-dire informer (raconter, narrer) et argumenter; cet enseignement emprunte la voie intellectuelle vers la persuasion, celle que tracent les preuves objectives.
Mais information et argumentation sont, d’une part, menacées par l’ennui, et d’autre part, ne suffisent pas à déclencher le passage à l’acte; il ne suffit pas de voir ce qu’il faut faire, il faut encore vouloir le faire, et s’y mettre. D’où la nécessité de fournir aux auditeurs des indices périphériques de vérité: ce sera la fonction des preuves liées à l’éthos (“aie confiance…”) et des stimuli émotionnels quasi physiques, qui constituent le pathos.
Tels sont en gros les termes dans lesquels la rhétorique s’auto-représente. Philosophes et psychologues auraient beaucoup à dire sur la théorie de l’esprit et de l’action sur laquelle s’appuie cette description.

Par opposition aux preuves dites “logiques (preuves objectales), on parle parfois de preuves subjectives pour désigner les moyens de pression et d’orientation éthotiques4 et pathétiques.
Seules les preuves logiques méritent ce nom de preuve, car, d’une part, elles seules répondent à la condition de propositionalité (elles s’appuient sur dans des propositions  examinable indépendamment de la conclusion qu’elles soutiennent).
D’autre part, elles traitent centralement du problème, alors qu’éthos et pathos sont des approches périphériques de la question.

2. LE PATHOS, UN FAISCEAU D’ÉMOTIONS

Les psychologues proposent différentes listes d’émotions de base, qui tournent autour de la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. En ce sens le premier d’entre eux, Aristote distingue dans l’Ethique à Nicomaque une douzaine d’émotions:

j’entends par états affectifs, l’appétit, la colère, la crainte, l’audace, l’envie, la joie, l’amitié, la haine, le regret de ce qui a plu, la jalousie, la pitié, bref toutes les inclinations accompagnées de plaisir et de peine.
(Eth. Nic. II, 4; trad. Tricot, p. 101).

Cette définition est typiquement aristotélicienne: l’émotion est définie d’abord en extension par une liste d’émotions typiques, puis, en intension, par son genre (inclination) et sa différence (accompagnée de plaisir et de peine).

Dans la Rhétorique, Aristote oppose entre elles une douzaine “d’émotions de base”, présentées sous forme de couples d’opposées, à l’exception de l’obligeance:

colère /calme
amitié / haine
peur / confiance
honte / impudence
obligeance
pitié /indignation
envie /émulation

À la différence de la précédente, cette liste ne mentionne pas la joie et le regret. D’autres émotions comme le chagrin, la fierté, l’amour, la nostalgie… ne figurent pas non plus dans la liste:

Aristotle neglects, as not relevant for his purpose, a number of emotions that a more general, independently conceived treatment of the emotions would presumably give prominence to. Thus, grief, pride (of family, ownership, accomplishment), (erotic) love, joy, and yearning for an absent or loved one (Greek pothos) … The same is true even for regret, which one would think would be of special importance for an ancient orator to know about, especially in judicial contexts» (Cooper 1996, p. 251).

Il semble difficile de trouver des émotions qui n’aient pas d’impact direct sur le discours public, peut-être la tristesse? On pourrait tenter de distinguer les émotions politiques
des émotions judiciaires. La honte semble réservée à l’adversaire politique ou à l’accusé, ou aux citoyens qui ont mal agi; on imagine mal faire honte au juge, ce serait insulter le tribunal

Les théoriciens latins proposent des listes ouvertes de même inspiration:

les sentiments qu’il nous importe le plus de faire naître dans l’âme des juges, ou de nos auditeurs quels qu’ils soient, sont l’affection, la haine, la colère, l’envie, la pitié, l’espérance, la joie, la crainte, le mécontentement. (Cicéron, De Or., II, 206; trad. Courbaud, p. 91)

Quintilien abrège un peu la liste:

le pathos tourne presque tout entier autour de la colère, la haine, la crainte, l’envie, la pitié. (Inst. Or., VI, 2, 20; trad. Cousin, p. 28-9).

La liste de Cicéron comprend cinq émotions négatives (colère, haine, crainte, mécontentement, envie) et quatre émotions positives (espérance, affection, pitié, joie). La
honte et l’obligeance aristotéliciennes n’ont pas de correspondant direct chez Cicéron;
réciproquement, les émotions positives affection et joie de Cicéron n’ont pas de
correspondant évident dans la liste aristotélicienne. On pourrait admettre que les émotions
négatives représentent le couple émotion positive/négative: (colère/calme = colère;
haine/amitié = haine; indignation/pitié = indignation; envie/émulation = envie). Quoi qu’il en
soit, les divergences ne semblent pas très significatives.

Ce qui en revanche pourrait bien l’être, c’est la différence d’approche entre une approche
atomiste, réifiée, des émotions, qui s’exprime sous forme de listes d’items émotionnels d’une part, et d’autre part une approche controversiale, langagière, de l’émotion, où des discours opposés construisent des positions et des émotions antagonistes.

4. ÉTHOS ET PATHOS, DEUX TYPES D’AFFECTS?

La présentation trinitaire “éthos, logos, pathos” sépare chacune de ces composantes, en particulier éthos et pathos.

Dimensions de l’opposition éthos / pathos
Le tableau suivant récapitule les principales dimensions selon lesquelles la rhétorique oppose éthos et pathos. Plusieurs de ces oppositions sont discutables.

Éthos et pathos, deux types de sentiments

Quintilien comprend pathos et éthos comme deux types de sentiments.

Le [pathos] et [l’ethos] participent parfois de la même nature, sauf qu’il y a entre eux une différence de degré, le premier en plus, le second en moins ; l’amour par exemple est un pathos, l’affection un ethos » (I. O., VI, 2, 12 ; p. 26).

Or les sentiments, comme nous le savons selon l’antique tradition, se répartissent en deux classes : l’une est appelée par les Grecs pathos, terme que nous traduisons exactement et correctement par adfectus, l’autre, éthos, terme pour lequel, du moins à mon avis, le latin n’a pas d’équivalent : il est rendu par mores et, de là vient que la section de la philosophie nommée [éthique] a été dite moralis.
[…] Des écrivains plus prudents ont préféré exprimer l’idée plutôt que de traduire le mot en latin. Par conséquent, ils ont rendu ceux–ci par “émotions vives” et ceux-là par “émotions calmes et mesurées” : dans une catégorie, il s’agit d’un mouvement violent, dans l’autre doux; enfin, les premières commandent, les dernières persuadent; les unes prévalent pour provoquer un trouble, les autres pour incliner à la bienveillance.
Certains ajoutent que [l’éthos] est un état continu, le [pathos] un état momentané. » (Quintilien, I. O., VI, 2, 8-10 ; p. 25)

Ces citations sont très suggestives, dans la mesure où elles rappellent la relation humeur / émotion, qui s’opposent selon les dimensions suivantes:

— L’émotion est un éprouvé plus intense que l’humeur (« degré » de Quintilien)
— L’épisode émotionnel courant (petites émotions) est d’une durée relativement brève.
— L’émotion surgit en liaison avec un événement disruptif, alors que l’humeur a une origine interne indéterminée, qui la rattache à la famille des dispositions.
— Il s’ensuit que l’humeur est plus diffuse que l’émotion
— La conscience de l’émotion est attachée à l’émotion, la l’humeur est liée au caractère de l’expérienceur.

 

5. LA CONSTRUCTION RHÉTORIQUE DES ÉMOTIONS
LA MÉTHODE ARISTOTÉLICIENNE

Ces listes donnent une impression de familiarité qui paraîtra suspecte au philologue: la honte, la colère grecques sont-elles encore les nôtres? Quoi qu’il en soit de ce point, il est indéniable que le pathos est bien un complexe discursif, un trajet discursif où se construisent des émotions clés. Ce point étant posé, il faut voir que la Rhétorique n’est pas un ouvrage de psychologie sur les émotions de base et universelles, mais bien un traité sur ce que le discours peut faire avec les émotions: la parole ne peut pas faire tonner, mais elle peut faire peur.

Le Livre II de la Rhétorique définit les émotions à partir de scénarios types, activables par l’orateur. Les notes suivantes ne prétendent pas épuiser les complexités du texte aristotélicien, mais elles peuvent donner une idée des stratégies discursives de formatage des situations par lesquelles le locuteur est capable de produire de l’émotion, en la nommant ou sans la nommer.

 Colère
La colère de A contre B peut se décrire comme suit:

B méprise A injustement; il le brime, il l’outrage, il se moque de lui, il fait obstacle à ses désirs, et il y prend plaisir.
A souffre.
A cherche à se venger en faisant du tort à B.
A fantasme cette vengeance et en jouit.

Selon cette description, la colère n’est pas définie isolément, comme une réponse brute à la piqûre d’un stimulus. Elle apparaît comme la résultante d’un script émotionnel, où entrent d’autres émotions, comme l’humiliation ou le mépris.
Il s’ensuit que, pour mettre A en colère contre B, il faut construire un discours montrant à A que B le méprise, le brime, l’outrage, etc. Une fois qu’il a été mis en colère sur la base de cette schématisation de la situation, les mécanismes de la vengeance sont supposés se déclencher automatiquement. Je me mets en colère parce que “je vois bien” qu’on est
injuste à mon égard, qu’on me méprise, se moque de moi. En fait, on le voit à travers le jeu des facettes et des composantes cognitives de l’émotion, qui sont construites par le discours.

Peut-on parler ici de manipulation? Il faut d’abord souligner, à la suite de Grize, qu’on ne
saurait parler sans schématiser, c’est-à-dire sans jeter un éclairage, une lumière sur le
monde. En second lieu, si le discours peut mettre en colère, il peut aussi calmer.

Le discours rhétorique est double, non pas duplice: deux positions s’affrontent, incarnées dans deux personnes, tenant deux discours. En conséquence, pour calmer A, on parlera contre celui qui veut le mettre en colère en construisant une schématisation montrant que:
Le comportement de B n’est pas méprisant, moqueur, injurieux, outrageant; ou alors: B plaisantait; il a dû agir ainsi involontairement, ce n’était pas son intention, il ne faut pas voir les choses comme ça; d’ailleurs il se comporte ainsi vis-à-vis de tout le monde, de lui-même; il se repent, il a des remords; il a été puni; c’était il y a longtemps, et la situation a bien changé.
En bref, cette trame discursive est un tissu de topoï dont l’usage permet de calmer la colère.

Notons qu’on calme quelqu’un qui est en colère, mais aussi quelqu’un qui a du chagrin, qui fait une crise de honte ou de désespoir; calmer, c’est aussi consoler (von Moos 1971).

Faire honte / combattre, braver la honte
Le scénario de la honte est le suivant:

A a agi sous l’emprise d’un vice, il a commis des choses que sa communauté n’accepte pas: il s’est conduit comme un lâche, il n’a pas rempli ses engagements, il a commis une injustice, il a fait les poches d’un mort, il a copulé dans des lieux et avec des personnes inappropriés, il s’est enivré et il a vomi devant ses subordonnés; il s’est montré vantard, flagorneur; il s’est montré faible et a accepté son humiliation
B est au courant, il a tout vu.
B est une personne importante, de référence pour A; A admire, aime B.
A souffre parce qu’il fantasme (ou il vit) la perte de sa réputation devant B: «la honte est dans les yeux» (Rhét.,1384a35; trad. Chiron, p. 300).

Symétriquement, on rassérénera (calmera) le honteux en lui montrant que maintenant
personne n’a rien à faire de sa réputation, que sa conduite n’était pas si répréhensible, que personne ne l’a vu, etc.

L’utilité pratique de ces remarques est évidente: Les lieux spécifiques de la honte listés ici donnent les thèmes qui devront être amplifiés dans le discours destiné à faire honte (voir Étude 1).

Gratitude, reconnaissance / Ingratitude

A est obligeant (gentil, serviable…) vis-à-vis de B si A rend gratuitement service à B.
L’obligeance est proche de la charité; c’est un sentiment éminemment politique, puisqu’elle crée ou renforce le lien social, en produisant chez B comme sentiment complémentaire, la reconnaissance, la gratitude, le sentiment d’avoir une dette vis-à-vis de A. En retour,

Réciproquement,

il est possible de détruire l’image de l’obligeance et de peindre les gens sous des dehors désobligeants (Rhét. 1385a35; trad. Chiron, p. 307).

Le cas échéant, on doit pouvoir rompre le sentiment de reconnaissance sans créer pour autant chez B un sentiment de culpabilité, le sentiment d’être un ingrat. Pour cela, on expliquera à B
qu’il a déjà amplement payé sa dette envers A;
— qu’en fait A avait agi dans son propre intérêt, par hasard, parce qu’il était bien obligé.
— que A a agi pour asservir B.
— que B ne doit rien à A; c’est A qui était déjà l’obligé de B et que, par ce prétendu service, il n’a fait que s’acquitter d’une dette ancienne. Tout cela, le discours sait le faire.

Pitié

A a pitié de B s’il voit, près de lui, que B est victime d’un mal qu’il n’a pas mérité et si A a
bien conscience de pouvoir lui-même un jour souffrir du même mal (d’après Rhét. 1385b13; trad. Chiron, p. 309).
En conséquence, pour produire de la pitié en A, B doit montrer qu’il souffre, qu’il ne l’a pas mérité, etc, et amplifier toutes les facettes de sa peine.

Selon cette analyse, la pitié n’est pas un sentiment universel, ceux qui n’ont rien à craindre pour eux-mêmes seraient insensibles à la pitié: conformément à la théorie des caractères, la construction correcte d’une émotion dépend d’une bonne analyse de l’auditoire.

Il faut également que la distance entre A et B soit calibrée correctement: «on n’éprouve plus de pitié quand la chose terrible est proche de soi» (id.): on a pitié d’un enfant qui souffre, on est épouvanté s’il s’agit de sa fille. La proximité est une notion culturelle-anthropologique, accessible au langage (voir chapitre 9, l’importance de la dimension “distance” dans la construction de l’émotion).
Le travail du locuteur est de produire un sentiment de pitié chez A vis-à-vis de B, sachant
que le locuteur peut être B lui-même, qui tente de s’autopersuader, de justifier sa dureté,  son ingratitude.
La fortune littéraire des discours producteurs de pitié est immense.

En résumé

Il ne s’agit pas de faire œuvre de psychologue et de typifier les émotions dans toute leur finesse, ni de romancier, en spécifiant minutieusement les émotions dans leur contexte.
La rhétorique s’attache à construire ou à détruire par le discours une poussée émotionnelle, dans un groupe particulier. Il ne s’agit pas de dire ce que sont la colère ou le calme, mais de voir comment on construit un discours susceptible de mettre en colère ou de calmer. C’est pourquoi le point de vue rhétorique impose d’utiliser non pas des substantifs, comme nous l’avons fait au paragraphe précédent, mais des prédicats d’action pour parler des émotions dans une perspective discursive:

Mettre en colère VS calmer
Faire peur / rassurer
Faire honte / combattre, braver, la honte
Construire de la gratitude / prouver qu’on ne doit rien
Inspirer des sentiments d’amitié / rompre les liens de l’amitié,
Inspirer la colère et la haine / ramener au calme
Faire pitié / pousser à l’indifférence, au mépris et à l’indignation
Susciter de la rivalité, de la jalousie, de l’envie / inspirer un désir
de saine compétition (émulation)

On est entièrement dans le champ de l’action discursive.


 

ÉMO– SITUATION ET ÉMOTION – V2

SITUATION ET ÉMOTION

1. SITUATION

L’émotion est liée, associée à une situation. Dans son analyse des ‘verbes psychologiques’, Ruwet (1994: 45) parle de “source“ de l’émotion, sans développer la question de la relation de l’émotion à cette source.

Nous parlerons indifféremment de situation ou de source et de bonne raison de l’émotion en référence à la représentation de la situation qu’en donne l’expérienceur.

James : L’ours — la fuite — la peur

Dans un article fondateur, What is an emotion? (1884), James part de ce que, selon lui, le sens commun dit de l’émotion :

My thesis is that the bodily changes follow directly the perception of the exciting fact, and that our feeling of the same changes as they occur IS the emotion. Common sense says, we lose our fortune, are sorry and weep; we meet a bear, are frightened and run: we are insulted by a rival, are angry and strike. The hypothesis here to be defended says that this ordrer of sequence is incorrect, that the one mental state is not immediately induced by the other, that the bodily manifestations must first be interposed between, and that the more rational statement is that we feel sorry because we cry, angry because we strike, afraid because we tremble, and not that we cry, strike, or tremble because we are sorry, angry or fearful, as the case may be. Without the bodily states following the perception, the latter would be purely cognitive in form, pale, colourless, destitute of emotional warmth. We might then see the bear, and judge it best to run, receive the insult and deem it right to strike, but we could not actually feel afraid or angry.

James distingue trois composantes de l’émotion

  • Une situation:

we lose our fortune
we meet a bear
we are insulted by a rival

  • Un état mental:
[we] feel sorry
[we] are frightened
[we] are angry

  • Une action / attitude / manifestation V-MPG:
[we] weep
[we] run
[we] strike.

La thèse de James-Lange porte sur l’enchaînement de la composante corporelle et de la composante psychique de l’émotion ce qui est typiquement un problème de structure de syndrome. Comme le sens commun, James considère comme évident que ces deux manifestations se succèdent, la discussion portant sur l’ordre de succession.
On également supposer que < perception – état mental – état corporel  >sont simultanées, à la durée de transmission des l’influx nerveux près.
Dans tous les cas, le déclencheur de la réaction (émotion – expression) ou (expression – émotion) est la perception de la situation.

Dans ce schéma, la situation apparaît comme la cause externe de l’émotion, qu’elle agit comme un stimulus déclenchant une réponse corporelle – mentale.
James caractérise chacune des composantes de cettre réponse par une association d’éléments typiques :

sorry – weep ;   frightened – run ; angry – strike.

James décontextualise la situation émotionnante et ne distingue pas la situation matérielle et sa perception. Or la perception est un acte analytique, et c’est cette analyse de la situation qui détermine l’émotion.

En d’autre termes, ce n’est pas la situation mais son analyse qui agit causalement.

  • J’ai depuis longtemps un profond désir de me faire anachorète :

Je perds ma fortune — ma figure s’illumine — je ressens une grande joie

  • Je fais un séjour d’observation de la faune sauvage :

Je vois un ours — je l’observe — je suis émerveillé

  • Je suis un imposteur

Je  suis insulté par un rival — je tends l’autre joue — je ressens un  immense soulagement d’être enfin libéré de mon imposture.

Je vois des gens sales et mal et bizarrement vêtus  dans le métro

  • je vois des terroristes, j’ai peur, je sors du wagon
  • je vois un groupe d’exilés, je ressens de la compassion et je leur parle
  • je vois des sdf, je suis embarrassé, je baisse la tête.

Exercices

— Je rencontre un groupe de gens mendiant dans le métro.
Quelle description / perception pour quelle émotion ?

description1, [émotion1 = peur] description2, émotion2 = haine] description3, [émotion3 = pitié] description4, [émotion4 = indignation]

— “I meet a bear” — quelles émotions ?

2. SITUATION STIMULUS OU SITUATION REPRÉSENTÉE ?

Illusion du stimulus

Schématiquement, selon le modèle stimulus-réponse, l’émotion est un syndrome affectant un individu ayant sa source causale dans une situation extérieure.
L’émotion est subie ; elle est produite par le choc d’un événement sur une personne. La situation agit comme un stimulus ; l’émotion est la réponse à ce stimulus.
Il existe un certain nombre, restreint, d’émotions de base universelles
Le mécanisme de l’émotion, réactions physiques et ressentis psychiques sont  d’ordre physiologique.  Ces mécanismes sont innés, donc universels.
Le modèle de l’émotion passive calque le choc émotionnel sur le choc physique

je me heurte à la table, j’ai un hématome ; puis, je mets de l’arnica, et si tout se passe bien, l’hématome se résorbe.

je vois un ours, j’ai peur et je fuis, puis, si tout se passe bien, je trouve un refuge et je me calme ; ou quelqu’un me rattrape et me tranquillise.

Quiconque se heurtera à la table / verra un ours  aura un bleu / aura peur, et tout cela se résorbera dans les mêmes conditions organiques;

L’émotion est une condition individuelle. Si plusieurs personnes ressentent la même émotion dans les mêmes conditions, c’est que leur câblage physioogique est le même. La situation est émotionnante comme la pluie est mouillante.

Injonctions de faire, injonction d’éprouver

L’existence d’injonctions émotionnelles montre que la situation ne détermine pas causalement l’émotion à laquelle elle est liée:

Indignez-vous! (Stéphane Hessel)
Aimez-vous les uns les autres!
Redoutez ma colère!

Si l’expérienceur était causalement ému de telle émotion par la situation, on ne comprendrait pas ces injonctions. La pluie mouille causalement; l’injonction “soyez mouillés“ ne suffit pas à faire que quelqu’un soit mouillé, même s’il est sensible à l’injonction et essaie de toutes ses forces de l’être.

Si l’on peut enjoindre à quelqu’un d’aimer les autres, de s’indigner ou d’avoir peur, c’est parce que l’émotion se construit sur la base de bonnes raisons, qui sont fondamentalement des descriptions des situations dans lesquelles se trouve l’expérienceur potentiel sujet de l’injonction. On n’est pas dans du causal mais dans du sémiotique.

Désaccord sur les émotions

On parvient à la même conclusion à partir des situations d’antagonisme et de désaccord sur l’émotion appropriée:

L1: – Pleurons la mort du père de la patrie!
L2: – Réjouissons-nous de la mort du tyran!

L1: – Je n’ai pas peur des ours!
L2: – Pourtant tu devrais.

L1: — Arrête de faire la gueule
L2: — Je fais pas la gueule, je suis déprimé

L’émotion n’est pas attachée causalement à une situation donnée, mais à son formatage, repérable dans le matériau langagier. C’est en ce sens qu’on peut parler de construction argumentative de l’émotion et de la parole émotionnée comme d’une activité. Ce n’est pas la situation brute, s’il existe quelque chose de tel, qui détermine l’émotion, mais la situation sous une certaine perception – description de cette situation

À propos d’une émotion, on peut poser la question „pourquoi? (es-tu triste, en colère…)”, à laquelle on répond par l’énumération de bonnes raisons, qui ne sont autres que la description d’une situation, dont, par réification de ces bonnes raisons, on dit qu’elle est ‘la cause’ de l’émotion.

C’est la coorientations des formatages qui produit l’illusion du stimulus. Si un groupe de personne partage la même façon de voir le monde et les humains, alors plongés dans la même situation, ils l’analyseront spontanément et insconsciemment de la même façon et verront des sdf ou des terroristes ou des réfugiés.

La situation est dans l’émotion

L’émotion est inscrite dans la situation par l’expérienceur. L’expérienceur perçoit – formate la situation de telle façon, et ce formatage correspond à celui de telle ou telle émotion.

La source de l’émotion n’est pas la situation en soi, mais la situation sous une certaine description.

C’est cette description qui est activée si l’émotion doit être justifiée.

Les psychologues parlent de la composante d’évaluation cognitive de l’environnement (appraisal). Nous nous appuierons sur la description détaillée que donne Scherer de cette composante pour déterminer les règles qui organisent les descriptions de situation correspondant à telle émotion.

Estímulos simples, emociones complejas

El modelo estímulo-respuesta, aunque se amplíe, supone una buena definición de la respuesta. Sin embargo, estas respuestas no suelen ser ni estables ni inequívocas. Un modelo basado en la emoción instintiva tipo James (« oso -> miedo ») y, en general, los modelos que relacionan un acontecimiento con una emoción son demasiado simples, incluso cuando el acontecimiento que induce la emoción es un acontecimiento material externo elemental que afecta a un individuo aislado:

Es abril, estoy trabajando, miro hacia arriba y veo que está nevando. Estoy sorprendida, asombrada (¡la nieve es preciosa!), emocionada (¡esto es excepcional!), triste (la nieve me pone melancólica), irritada (¡mis plantas verdes!), preocupada (tenemos que ponernos en marcha), indignada/alegre (ya no hay estaciones, es culpa de la capa de ozono)

Esta misma ambigüedad emocional es la regla si el acontecimiento emocional afecta a un grupo; entonces es posible que los diferentes roles emocionales (el asombrado, el emocionado, el triste, el asustado, el indignado) sean asumidos por diferentes participantes en el acontecimiento, y que se produzcan verdaderos conflictos de representaciones emocionales, con la apariencia de negociaciones o discusiones emocionales.

3. L’ÉMOTION SANS TERME D’ÉMOTION

La description d’une situation peut n’expliciter aucune émotion (ne contenir aucun terme d’émotion) et cependant permettre d’inférer une émotion :

Notre héros se retrouva ainsi à la nuit tombée, perdu dans le fameux quartier mal famé de la Tarentule. Des ombres encapuchonnées l’entouraient

Cette description ne contient aucun terme d’émotion, mais chacun des éléments soulignés est orienté vers une émotion relevant de la zone couverte par le mot ‘peur’

[Loc (Notre héros, [peur], S)]

L’hypotypose, figure majeure de l’émotion

Terminó la esquina, y cayeron sobre ellos la soledad y la oscuridad del trasero del barrio de San Magín. Se vislumbraba contra la luna la silhueta de la iglesia. Llegaba la voz de Julio Iglesias de un juke-box cercano. Carvalho y Pedro Larios quedaron bajo la campana de luz de una lámpara mecida por la brisa en lo alto de un poste metálico. Pedro seguia con las manos en los bolsillos. Sonriente miró a la derecha e izquierda, de las sombras salieron otros dos muchachos y se situaron a cada lado de Carvalho.
— Es mejor hablar con compañía.
Manuel Vásquez Montalbán Los mares del Sur, 1979

Le narrateur fait émerger la peur par la description de l’action en cours et du  cadre dans lequel elle se déroule.
On remarque que, prise dans ce contexte, la voix du chanteur Julio Iglesias prend la même orientation.

Situation et situation décrite

L’émotion est liée à une situation langagièrement formatée pour cette émotion.  Il s’ensuit que tout conflit sur le formatage de la situation se traduit par un conflit d’émotions.
Le fait fondamental est que les mêmes choses ne font pas les mêmes impressions, c’est-à-dire ne déclenchent pas les mêmes émotions pour/ tout le monde.

Il faut distinguer situation donnée et situation décrite par l’expérienceur. C’est celle-ci qui est pertinente pour l’émotion.
Sous cette description, alors, elle est causale pour l’émotion.

Si le stimulus est défini comme la situation matérielle, alors, il est “hors émotion”; s’il est défini comme un point de vue sur la situation, il est une composante de l’émotion.

La situation formatée pour l’émotion est liée à l’émotion par les inférences émotionnelles.

 


Langage cognition et construction des affects

Toutes les opérations précédentes impliquent indissociablement langage et cognition.

Selon certaines approches, l’émotion perturbe le fonctionnement cognitif:

just as an emotion affects body processes and the perceptual process, so too it affects the person’s memory, thinking, and imagination. The “tunnel vision” effect in perception has a parallel in the realm of cognition. The frightened person has difficulty considering the whole field and examining various alternatives. In anger, the person is inclined to have only angry thoughts. (Izard 1977, p. 10).

D’autres approches adoptent une vision plus positive du rôle de la cognition dans l’émotion. D’une part, pour déclencher de l’émotion, les événements extérieurs doivent être perçus: la première forme de cognition impliquée dans l’émotion est donc de l’ordre de la perception. La nature de l’émotion dépend ensuite de l’interprétation de l’événement et de son évaluation, conditionnées par l’histoire du sujet, de son système de représentations, de valeurs. C’est un point fondamental.

La définition précise de ce qu’il faut entendre par cognition et évaluation est en débat. Zajonc remarque que

appraisal and affect are often uncorrelated and disjoint […] If cognitive appraisal is a necessary determinant of affect, then changing appraisal should result in a change of affect. This is most frequently not so, and persuasion is one of the weakest methods of attitude change» (Zajonc 1984, p. 264).

La relation entre cognition psychologique et processus rationnels conscients reste à établir:

the cognitive activity in appraisal does not imply anything about deliberate reflection, rationality, or awareness … Zajonc, like many others, also seems to erroneously equate cognition with rationality» (Lazarus 1984, p. 252)

Cognition cannot be equated with rationality. The cognitive appraisals that shape our emotional reactions can distort reality as well as reflect it realistically» (op. cit., p. 253).

Zajonc’s argument is only sensible if cognition is defined as conscious propositional thinking. All other cognition, such as perceptual categorization and nonconscious cognitive enrichment are, by his definition, non cognitive. (Leventhal 1984, p. 281).

ÉTUDES DE CAS :
Une si belle fille dans cette baraque toute seule à la campagne

Un paysage blessé

Preparándonos para la guerra asimétrica

EMO- POINT D’ÉMOTION – ÉNONCÉ D’ÉMOTION – RÔLES ÉMOTIONNELS

Module 9

POINTS D’ÉMOTION, ÉNONCÉS D’ÉMOTION,
RÔLES ÉMOTIONNELS

 

Les Modules précédents sont consacrés aux termes exprimant une émotion et aux termes orientant vers une émotion.
Ils montrent que ce lexique des termes liés à l’émotion est numériquement très large et permet d’envisager la construction d’un dictionnaire des termes d’émotion.

Module 5 — Termes d’émotion : une collection de listes,
Module 6 — Mots et Phrases d’émotion
Module 7 — Pour un dictionnaire des familles de termes d’émotion
Module 8 — Dissémination des mots d’émotion dans le lexique

1 — POINT D’ÉMOTION

Dans un texte ou une interaction, la présence d’un ou plusieurs termes d’émotion coorientés définit la présence d’un point d’émotion (nœud émotionnel).
Le présent module est consacré aux développements contextuels de l’analyse des points d’émotion. Ces précisions portent sur :
— l’émotion dont il s’agit
— l’être animé auquel elle est attachée, noté Ψ.
— la situation dans laquelle elle se développe.

L’objectif général de notre recherche sur les émotions est de construire une représentation des séquences discursives où se développe un épisode émotionnel.
La détermination de l’énoncé d’émotion définit le mode de participation d’un Ψ ou d’un ensemble de Ψ émotionnellement co-ordientés à un épisode émotionnel.

Nous nous situons dans la perspective d’une analyse non instrumentée de l’émotion dans des corpus de parole ordinaire. L’analyse instrumentée (informatisée) de l’émotion dans la parole (Quignard et al. 2016) rencontre cette tâche à titre de contrôle de ses résultats, lorsqu’il s’agit d’évaluer son adéquation à son objet.

 

1 — ÉNONCÉS D’ÉMOTION

Les points d’émotion étant repéré, à partir d’un indice quelconque,  on doit lui associer le plus précisément possible l’émotion dont il s’agit, son expérienceur et la situation dans laquelle elle se développe.

 L’énoncé d’émotion est défini comme une forme liant un terme d’émotion (verbe, substantif, adjectif) un expérienceur, et une source de l’émotion.

Émotion            QUOI ?              De quelle émotion s’agit-il ?
Expérienceur     QUI ?                 Qui est l’expérienceur de cette émotion ?
Situation           POURQUOI ?     Quelle est  la source, la raison… de cette émotion

L’énoncé d’émotion élémentaire synthétise  les réponses à ces trois questions :

Expérienceur, Émotion, Situation (Ψ, Ε, Σ)

L’énoncé d’émotion peut correspondre à une phrase d’émotion :

Pierre déteste les complications

Dans le cas général, les éléments qui le constituent ne sont pas donnés et articulés dans une même phrase simple, et doivent être retrouvés dans le contexte ou reconstruit  à partir de données contextuelles. En particulier, l’émotion peut être implicite, et doit souvent être reconstruite par inférence.

Ces remarques portent sur l’exploitation de données d’ordre lexical, substantifs, adjectifs, adverbes. Comme nous le verrons au Module 11, des phénomènes discursifs comme la construction des distances, des lieux,  de la temporalité, des quantités, de la causalité et de l’analogie  peuvent être utilisés pour produire des points d’émotion. La détermination des points d’émotion permet de ramener ces phénomènes à leur base émotionnelle.
De même, les énoncés d’émotion peuvent permettre de préciser la nature de l’émotion associée à une interjection.

Ces données sont également exploitables dans les interactions. Elles se combinent avec la communication fondée sur la sémiotisation des comportements VMPG des participants.

2 — RECONSTRUIRE L’ÉMOTION

MÉTHODES pour déterminer si un mot est un terme d'émotion, ou s'il est
orienté vers une émotion : 

—REGARDER S'ILS FIGURENT UNE LISTE DE TERMES D'ÉMOTION

— S'AIDER DES DICTIONNAIRES
=> Regarder si le mot est DÉFINI à l'aide d'un mot qui est incontestablement 
un terme d'émotion.
=> Regarder si le mot ADMET POUR SYNONYME un ou plusieurs termes 
d'émotion.

— PARTIR D'UNE DÉFINITION
Voir en particulier la définition des termes d'émotion selon leurs composantes
sémantiques.

Le point d’émotion peut correspondre à un terme d’émotion ; l’émotion est alors explicite, déclarée, affichée. Elle est reprise telle quelle dans l’énoncé d’émotion.

Le point d’émotion peut ne contenir aucun terme d’émotion mais un ou plusieurs mots orientés vers une émotion. L’émotion figurant dans l’énoncé d’émotion doit alors être reconstruite, sur la base de ces indices (traits d’émotion, marqueurs  d’orientation émotionnelle, pathèmes). Ces indices proviennent :

(i)    de la description des manières d’être et d’agir de l’expérienceur, c’est-à-dire les rapports sur les états physiques et les modes de comportements perceptibles caractéristiques d’une personne émotionnée (manifestations physiologiques, mimo-posturo-gestuelles ou comportementales). Ces signaux sont les vecteurs de l’empathie et fonctionnent selon différents codes sémio-linguistiques : “Pierre est devenu tout rouge”.

 (ii)   de la description de la situation dans laquelle se trouve l’expérienceur, c’est-à-dire des traits qui rapportent la situation sous un format narratif-descriptif propre à induire telle ou telle classe d’émotions : “une belle fille, toute seule, dans une baraque, à la campagne”.

3. TROIS RÔLES ÉMOTIONNELS

Outre, l’expérienceur de l’émotion, l’énoncé d’émotion complet doit mentionner l’attributeur de l’émotion et, le cas échéant, l’orchestrateur de l’émotion.

1 — L’EXPÉRIENCEUR de l’émotion

L’expérienceur de l’émotion est le “siège” de l’émotion, l’être animé auquel l’émotion est attachée.

2 — L’ATTRIBUTEUR de l’émotion

L’émotion est attachée à un expérienceur soit par cet expérienceur lui-même, soit par un tiers.
L’attributeur de l’émotion est la personne qui attribue un émotion É à un sujet psychologique Ψ en fonction d’une certaine situation Σ.

L’attributeur d’émotion dit que (Ψ, É, Σ)

Des attributeurs différents peuvent attribuer des émotions différentes à une même personne.

3 — L’ORCHESTRATEUR de l’émotion

L’orchestrateur de l’émotion est l’instance qui distribue les émotions sur différents expérienceurs participants à un même événement de langage interaction, et qui gère l’évolution de ce complexe émotionnel.

L’orchestrateur dit que (Ψ1, É1, Σ1) et que (Ψ2, É2, Σ2)

EMO- DISSÉMINATION DES MOTS D’ÉMOTION DANS LE LEXIQUE -V2

Module 7

DISSÉMINATION DES MOTS D’ÉMOTION DANS LE LEXIQUE

 

1 — DISSÉMINATION D’UN MOT DANS UN DICTIONNAIRE
Définition, Méthode

Le dictionnaire de langue monolingue définit les mots d’une langue avec d’autres mots de la même langue : les mots définisseurs ici sont définis ailleurs.
On appellera MOTS IMPACTANTS les mots utilisés dans la définition d’un autre mot, le mot IMPACTÉ.
Tous les mots ne sont pas impactants (certains n’entrent dans la définition d’aucun autre mot, tous les définis ne sont pas définisseurs).
Notre étude se limite aux termes d’émotions, sur la base de listes de mots que le consensus des bons auteurs considèrent comme des termes d’émotion.

— On regroupe les impacts des mots impactants appartenant à une même famille morpholexicale sémantiquement homogène (FMS): (honte.shonteux, honteuse.shonteusementéhonté.e).
Les mots impactants apparaissent dans les définitions avec la morphologie correspondante.
L’ensemble des mots impactés par un même mot impactant (noté[[m]), aux variations morphologiques près, constitue la famille lexicale de [m]

— Le domaine lexicographique associé à une famille lexicale incluant le mot racine [m] est constitué de la réunion des familles lexicales des membres de la FMS à laquelle il appartient. On le note D(M).

Les listes ainsi établies sont toilettées, notamment pour éliminer les doublons.


I I

On constitue ainsi des ensembles d’ensembles de mots d’émotion des mots influencés par l’émotion, avec tous leurs termes intermédiaires.

Ce dictionnaire peut être à la fois corrigé et augmenté par la considération systématique des antonymes et des antonymes des termes qu’il intègre.

On  contribue ainsi à la création d’un  “DICTIONNAIRE DES MOTS D’ÉMOTION”,
dont la réunion des listes classiques sont une première ébauche.


I I I

L’existence des DICTIONNAIRES INFORMATISÉS a ouvert la possibilité de faire l’inventaire des mots impactés par un autre mot. On constate par exemple, que :

— La FMS “émotion, émotionnel, …” impacte  408 familles de mots dans le Trésor de la Langue Française informatisé, TLFi.

— En cumulant les résultats du Petit Robert et du TLFi, la famille de mots “colère, colérique” impacte 170 familles de mots.


I V

Les corpus ainsi constitués apportent des enseignements systématiques sur les STÉRÉOTYPES associés aux mots:

— sur les termes d’émotion qui désignent une émotion
— sur les termes descriptifs orientés vers une émotion

• À partir de la description de l’expérienceur.
• À partir de la description de la situation.

Par exemple, le mot dégoût impacte 85 entrées du TLFi (chiffre brut). Les termes de cette liste peuvent s’organiser selon les dimensions suivantes ; tous ces termes sont orientés vers [dégoût]

— Termes relatifs à la situation, source du dégoût :

Objet du dégoût : fumier  —  immondice  — pourceau   — porcherie.

Qualité d’un objet quelconque O qui le rend dégoûtant :

O est abject — affreux — exécrable  — [horrible] — ignoble  — ignominieux —  immonde — infect — lamentable — odieux — ord — poisseux

— À la transformation corporelle de Ψ :

Ψ a le cœur au bord des lèvres — ça lui lève le cœur — ça se passe dans l’estomac —  il a la nausée — une indigestion

— Termes relatifs à des dispositions thymiques générales   de Ψ :

Ψ a le mal du siècle — souffre de la maladie de la vie — de mélancolie — Ψ est [nostalgique] — désabusé — [blasé] — Ψ éprouve du déplaisir (vis-à-vis d’une chose habituelle)

Cette méthode fournit une définition de l’orientation d’un mot :  un mot impacté est orienté vers le mot impactant sans en être un synonyme.
Le mot A est orienté vers le mot B si A figure dans la définition B (sans être un synonyme de B).

Poisseux est impacté par dégoûtant <=> Poisseux est orienté vers dégoûtant


V

Articles sur la dissémination des mots d’émotion dans le lexique

Ces articles
— présentent la méthode d’étude,
— établissent les domaines lexicographiques des termes considérés,
— proposent une première structuration de ces listes en termes de sémantique de l’émotion.

Ils portent sur les mots suivants:
           — Italiens: emozione, sentimento, paura (2018)
           — Espagnol: emoción (2018)
          — Français: émotion (2016) — colère (2017) – honte (2018)

2018 Lo que la lengua cuenta de sus emociones
En: Bein, Roberto; Bonnin, Juan Eduardo; di Stefano, Mariana; Lauria, Daniela; Pereira, María Cecilia (eds). Homenaje a Elvira Arnoux Tomo VI_interactivo Análisis del discurso. Buenos Aires, UBA.

2018 La dissémination de honte dans le Trésor de la Langue Française informatisé. Dans Hugues Constantin de Chanay, Steeve Ferron. (éd.). Les observables en Analyse du discours. Numéro offert à Catherine Kerbrat-Orecchioni. Le discours et la langue, 92. 61-74.

2017 La dissémination de colère dans le lexique français — Un exercice sur les termes et les expressions d’émotion
Myriades, 3: Impact des courants linguistiques d’inspiratiion francophone dans la recherche contemporaine

2016 La dissémination de émotion dans le lexique
Dans Krzyzanowsksa, Anna, Wolowska, Katarzyna. Les émotions et les valeurs dans la communication. Berne, Peter Lang. pp.109-133. ⟨halshs-01513016⟩

2015 Paura, emozione, passione, sentimento… : Étude de la contagion émotionnelle d’après le “Dizionario Combinatorio Italned
Le Langage et l’Homme , vol. L, n° 2. 43-58.

EMO- VERS UN DICTIONNAIRE DES TERMES D’ÉMOTION -V2

Module 7

DES LISTES DE TERMES D’ÉMOTION
AU DICTIONNAIRE DES FMS D’ÉMOTION

1 — NATURE DES ENTRÉES FIGURANT SUR LA LISTE DE MOTS-CONCEPTS D’ÉMOTION

L’émotion n’est pas attachée à une catégorie lexicale de mots pleins, mais à des familles de mots, les familles morpho-lexicales sémantiquement homogènes.

2 — FUSION DE LISTES DE FMS D’ÉMOTION

La fusion des listes de mots-concepts d’émotion complétée par la liste de mots d’émotion réunie par Galati & Sini produit une liste unique de 248 familles de termes d’émotion.

3 —DICTIONNAIRE DES FMS D’ÉMOTION – V0

En développant la liste précédente, on obtient la version V0 du Dictionnaire.
Dans son état actuel, il compte environ 320 FMS pour environ 900 mots

ÉMO-DTE TERMES COUVRANTS
ÉMOTION

4 —MÉTHODE POUR DÉTERMINER SI UN MOT M EST UN MOT D’ÉMOTION

Trois méthodes : Liste — Définition du dictionnaire — Définition de (l’)émotion.

EMO- NOMS ET VERBES D’ÉMOTION -V2

Module 6

NOMS ET VERBES D’ÉMOTION

 

1 — NOMS D’ÉMOTION

Nous prendrons comme point de départ la liste de 143 noms d’émotion proposée par Galati & Sini (2000)

2 — VERBES ET PHRASES D’ÉMOTION

Les termes d’émotion ne se réduisent pas aux substantifs. Il y a également des prédicats d’émotion, verbes d’émotion ou verbe support + adjectif d’émotion.
L’étude des phrases d’émotion demande que l’on prenne en compte l’expérienceur de l’émotion ainsi que la situation qui la motive.

3 — MÉTAPHORES DE L’ACTION DE L’ÉMOTION 

Le verbe qui lie l’expérienceur à la situation est un verbe d’action a priori quelconque :

la nouvelle remplit Paul d’allégresse

Modules pour l’étude de l’émotion parlée V2

MODULES POUR L’ÉTUDE DE L’ÉMOTION PARLÉE V2

MODULES FOR THE STUDY OF SPOKEN EMOTION
English version


Module 1 —L’émotion parlée : Approche, méthode d’étude V2
Compétences émotionnelles ordinaires et positions — Approches du langage de l’émotion — Biais ethnocentrique dans l’étude de l’émotion ?

Module 2 — Tension, Exclamation

Module 3Affect, Émotion, Humeur, Passion, Pathos, Sentiment
Comment différencier les termes généraux articulant le champ de l’émotion

Module 4 — Définir l’émotion et le mot “émotion
Angles d’approche de l’émotion:
— Une forme organisée de l’existence humaine
— Une réponse à un stimulus
— Un syndrome
— L’émotion, un phénomène phasique VS l’humeur, tension thymique
— Émotion émergente vs Émotion persistente

Définir le mot émotion : Les définitions des dictionnaires

Module 5 — Termes d’émotion : une collection de listes, V2
Ce module passe de la question de l’émotion à celle des émotions particulières.
On considère des listes d’émotions de base, telles qu’elles ont été établies par les philosophes les rhétoriciens, les théologiens, les psychologues et les linguistes.

Module 6 — Mots et Phrases d’émotion
— Noms d’émotion
— Prédicats d’émotion : Adjectifs d’émotion – Verbes d’émotion ou verbes psychologiques
— Phrases d’émotion
— Verbes d’émotion par métaphore

Module 7 — Pour un dictionnaire des familles de termes d’émotion 
L’unité lexicale de base pour l’étude de l’émotion dans la parole n’est pas le lexème mais la famille morpho-lexicale sémantiquement homogène.

Module 8 — Extension des listes de base : Dissémination des mots d’émotion dans le lexique
Termes d’émotion— Termes orientant vers une émotion
On trouve quelques centaines de mots désignant des émotions, plusieurs milliers de mots orientant vers une émotion. Le lexique, une ressource fondamentale pour l’étude de l’émotion.

Module 9 —Points d’émotion, Rôles émotionnels, Déclaration d’émotion
Pour reconstruire les déclarations d’émotion :
— Partir des points d’émotion où l’émotion est intuitivement saillante
— Lier l’émotion à une situation Σ
— Déterminer les rôles émotionnels : Expérienceur Ψ — Attributeur —  Orchestrateur.

Module 11— Signes et indices d’émotion exprimés / portés par la Voix, les Mimiques, les Postures et les Gestes (VMPG)

Module 10 — Formatage de la situation  par et pour l’émotion
L’émotion est liée à la situation sous le format cognitif que lui donne Ψ.
Cette représentation fait partie de l’émotion.

Module 12 — Axes d’engendrement de l’émotion dans et par la parole
Axes cognitifs orientant le discours vers une émotion

Module 13 Pathos : La « preuve » par l’émotion

1. Les preuves rhétoriques: Logos, Pathos, Éthos
2. Force relative des arguments tirés de l’éthos, du pathos et du logos
3. Le pathos, un faisceau d’émotions
4. Éthos et pathos, deux types d’affects?
5. Construction rhétorique des émotions: la méthode aristotélicienne

Module 14 — Rhétorique vs argumentation:
Attaque émotionnelle et défense critique

1. Rhétorique et manipulation émotionnelle
2. La preuve rhétorique devient une fallacie argumentative
3. Problème du discours alexithymique

Module 15 — Études de cas 

               1. Émotions et arguments dans le discours poliitique
Les raisons de la colère

 

 

Modules pour l’étude de l’émotion parlée V2

MODULES POUR L’ÉTUDE DE L’ÉMOTION PARLÉE V2

MODULES FOR THE STUDY OF SPOKEN EMOTION
English version


Module 1 — L’émotion parlée : Approche, méthode d’étude V2
Compétences émotionnelles ordinaires et positions — Approches du langage de l’émotion — Biais ethnocentrique dans l’étude de l’émotion ?

Module 2 — Tension, Exclamation

Module 3Affect, Émotion, Humeur, Passion, Pathos, Sentiment V2
Comment différencier les termes généraux articulant le champ de l’émotion

Module 4 — Définir l’émotion et le mot “émotion
Angles d’approche de l’émotion:
— Une forme organisée de l’existence humaine
— Une réponse à un stimulus
— Un syndrome
— L’émotion, un phénomène phasique VS l’humeur, tension thymique
— Émotion émergente vs Émotion persistente

Définir le mot émotion : Les définitions des dictionnaires

Module 5 — Termes d’émotion : une collection de listes, V2
Ce module passe de la question de l’émotion à celle des émotions particulières.
On considère des listes d’émotions de base, telles qu’elles ont été établies par les philosophes les rhétoriciens, les théologiens, les psychologues et les linguistes.
Note ICONOGRAPHIE DES PÉCHÉS CAPITAUX

Module 6 — Noms et verbes d’émotion V2 
— Prédicats d’émotion : Adjectifs d’émotion – Verbes d’émotion ou verbes psychologiques
— Phrases d’émotion
— Verbes d’émotion par métaphore

Module 7 — Pour un dictionnaire des familles de termes d’émotion V2
L’unité lexicale de base pour l’étude de l’émotion dans la parole n’est pas le lexème mais la famille morpho-lexicale sémantiquement homogène.

Module 8 — Extension des listes de base : Dissémination des mots d’émotion dans le lexique
Termes d’émotion— Termes orientant vers une émotion
On trouve quelques centaines de mots désignant des émotions, plusieurs milliers de mots orientant vers une émotion. Le lexique, une ressource fondamentale pour l’étude de l’émotion.

Module 9 —Points d’émotion – Déclaration d’émotion – Rôles émotionnels,
Pour reconstruire les déclarations d’émotion :
— Partir des points d’émotion où l’émotion est intuitivement saillante
— Lier l’émotion à une situation Σ
— Déterminer les rôles émotionnels : Expérienceur Ψ — Attributeur —  Orchestrateur.

Module 11— Signes et indices d’émotion exprimés / portés par la Voix, les Mimiques, les Postures et les Gestes (VMPG)

Module 10 — Formatage de la situation  par et pour l’émotion
L’émotion est liée à la situation sous le format cognitif que lui donne Ψ.
Cette représentation fait partie de l’émotion.

Module 12 — Axes d’engendrement de l’émotion dans et par la parole
Axes cognitifs orientant le discours vers une émotion

Module 13 Pathos : La « preuve » par l’émotion

1. Les preuves rhétoriques: Logos, Pathos, Éthos
2. Force relative des arguments tirés de l’éthos, du pathos et du logos
3. Le pathos, un faisceau d’émotions
4. Éthos et pathos, deux types d’affects?
5. Construction rhétorique des émotions: la méthode aristotélicienne

Module 14 — Rhétorique vs argumentation:
Attaque émotionnelle et défense critique

1. Rhétorique et manipulation émotionnelle
2. La preuve rhétorique devient une fallacie argumentative
3. Problème du discours alexithymique

Module 15 — Études de cas 

               1. Émotions et arguments dans le discours poliitique
Les raisons de la colère

 

 

EMO – UNE COLLECTION DE LISTES

Module 5

TERMES D’ÉMOTION :UNE COLLECTION DE LISTES

Cette section passe de la question de l’émotion à celle des émotions particulières et aborde la question des termes d’émotion.

On peut répondre à la question “Qu’est-ce que l’émotion ?” :
En renvoyant aux usages du mot émotion :
Une émotion, c’est
quelque chose que les gens appellent émotion”

en renvoyant à la tradition d’études de l’émotion :
Une émotion, c’est quelque chose que les auteurs ayant réfléchi sur l’émotion définissent comme une émotion et considèrent explicitement comme une émotion.
En pratique, cela revient à renvoyer aux diverses listes d’émotions établies par ces auteurs.

RHÉTORIQUE ARGUMENTATIVE ANCIENNE

Les premières listes d’émotions se trouvent dans Aristote

colère /calme                         obligeance
amitié / haine                         pitié /indignation
peur / assurance                    envie /émulation
honte / impudence

Cette liste tirée de la Rhétorique ressemble curieusement, peut-être trompeusement, aux listes d’émotions proposées de nos jours. Mais il y a une différence profonde. On peut opposer :

• Une approche atomiste, tendant à réifier tes émotions, qui s’exprime sous forme de listes de “noms d’émotion”.
Une approche controversiale, langagière, de l’émotion, où des discours opposés construisent des positions et des émotions antagonistes. Cette approche est caractéristique de la rhétorique. C’est celle d’Aristote et de Cicéron.

PHILOSOPHIE CLASSIQUE

Descartes (1596-1650)

admiration
allégresse
amitié
amour
bassesse*
colère
courage
crainte
dédain.
dégoût
désespoir
désir
émulation
ennui
envie
épouvante
espérance
estime
étonnement
faveur
générosité
gloire
haine
hardiesse
honte.
humilité
indignation
Irrésolution
Jalousie
Joie
lâcheté
magnanimité*
mépris
moquerie
orgueil*
pitié
reconnaissance
regret ­­
remords
repentir
satisfaction
sécurité
surprise
tristesse
vénération ­


Hume (1711-1776)

La philosohie classique, en quête d’un système organisant rationnellement les « passions », Hume a  développé  deux oppositions globales entre « passions » directes/indirectes et « passions » concupiscibles/irascibles. Globalement la liste considérées réunit 21 émotions-passions

ambition
amour
audace
aversion
chagrin
colère
crainte
désespoir
désir
envie
espoir
générosité
haine
joie
malveillance
orgueil
humilité
peur
pitié
sécurité
vanité

PSYCHOLOGIE

Ekman a développé une théorie de l’émotion comme réalité biologique universelle  (Ekman, Sorenson, Friesen, 1969). Cette théorie utilise la notion d’émotion de base, et propose plusieurs listes d’émotions de base. On peut retenir la liste suivante de 15 basic emotions. Nous les intégrons sous la forme de leurs synonymes.

fear
anger
disgust
sadness
enjoyment
contempt           

amusement      pride              satisfaction      relief                contentment    excitement        pleasure
embarrasment  shame
peur, crainte, terreur, frayeur
colère, irritation, énervement
dégoût, répugnance, écœurement
tristesse
plaisir, jouissance
mépris, dédain, outrage

divertissement, amusement, plaisir
orgueil, amour-propre, fierté, arrogance, vanité
satisfaction, rassasiement
soulagement, apaisement
contentement, satisfaction
excitation, enthousiasme
plaisir
gêne, embarras, honte
honte, pudeur, modestie

Les termes en majuscule constituent une très  short list d’émotions de base, qui admet  seulement cinq indiscutables «basic emotions» (Ekman 1993, p. 384)

LINGUISTIQUE – LEXICOGRAPHIE

Les listes des termes d’émotion fournies par les linguistes sont de dimension très variables. Galati & Sini extraient les termes d’émotion du dictionnaire Petit Robert sur la base des critères suivants :

A) les termes doivent se référer à des conditions intérieures et mentales.
B) Ils doivent impliquer un état mental transitoire.
C) Ils doivent se rapporter à des aspects affectifs, bien qu’ils puissent aussi se référer à la connaissance, au comportement, ou aux modifications physiologiques et expressives qui accompagnent les émotions.  (2000, p. 79)

Ce dernier critère fait écho aux définitions de l’émotion proposées par les psychologues :
respectivement, état affectif, état cognitif, modification du comportement et de la structure VMPG.

Sur cette base, Galati & Sini extraients143 termes d’émotion (2000, p. 79)

abasourdissement
abattement
accablement
admiration
affliction
affolement
affres
agacement
agitation
ahurissement
aise
alarme
allégresse
ambition
amour
amusement
anéantissement
angoisse
anxiété
apaisement
appréhension
arrachement
attendrissement
audace
autosatisfaction
aversion
béatitude
bien-être
bonheur
cafard
calme
chagrin
chiffonnement
colère
consolation
consternation
contentement
contrariété
courroux
crainte
crève-coeur
déception
déchaînement
déchirement
déconvenue
découragement
dédain
dégoût
délectation
délire
démoralisation
dépit
déplaisir
dépression
désappointement
désarroi
désenchantement
désespoir
désir
désolation

détente
détresse
douleur
ébahissement
éblouissement
écoeurement
effarement
effondrement
effroi
égarement
emballement
embarras
émerveillement
enchantement
énervement
engouement
ennui

espoir
étonnement
euphorie
exaltation
exaspération
excitation
extase
exultation
frayeur
frustration
fureur
furie
gaieté
gène
générosité
griserie

hargne
hébétement
hilarité
horreur
humiliation
indignation
inquiétude
insatisfaction
irritation
ivresse
joie
jubilation
langueur
lassitude
liesse
malaise
mécontentement
mélancolie
mépris
nervosité
oppression
paix
panique
peine
peur
plaisir
prostration
quiétude
rage
ravissement
réjouissance
répulsion
satisfaction
sérénité
souffrance
soulagement
spleen
stupéfaction
stupeur
surexcitation
surprise
tension
terreur
tourment
trac
tranquillité
transe
tremblement
triomphe
surexcitation
surprise
tension
terreur
tourment
trac
tranquillité
transe
tremblement
triomphe
tristesse
trouble
vague à l’âme
vertige

On remarque qu’à la différence de la liste précédente, cette liste, comme celle des psychologues et des philosophes, est uniquement composée de substantifs.

Fusion des listes Aristote – Descartes – Ekman – Hume – Galati-Sini.
Cette liste compte actuellement 368 mots

Abasourdissement
abattement
accablement
admiration 
affliction
affolement
affres
agacement
agitation
ahurissement
aise
alarme
allégresse 
amitié
ambition
amour

amour-propre
amusement

anéantissement
angoisse
anxiété
apaisement
appréhension
arrachement
arrogance

attendrissement
audace
autosatisfaction

aversionBassesse
béatitude
bienveillance
bien-être
bonheurCafard
calme
chagrin
chiffonnement
colère 
consolation
consternation
contentement
contrariété
courroux
courage
crainte 

crève-coeurDéception
déchaînement
déchirement
déconvenue
découragement
dédain 
dégoût 
délectation
délire
démoralisation
dépit
déplaisir
dépression
désappointement
désarroi
désenchantement
désespoir
désir
désolation
détente
détresse
divertissement
douleur

Ébahissement
éblouissement
écoeurement
effarement
effondrement
effroi
égarement
émulation
emballement
embarras
émerveillement
enchantement
énervement
engouement
ennui 
enthousiasme
envie
épatement
épouvante 
espoir
étonnement 

euphorie
exaltation
exaspération
excitation
extase
exultation

Faveur
fierté
frayeur

frustration
fureur
furie

Gaieté
gêne
générosité

gloire
griserie

Haine
hardiesse
honte

humiliation
humilité

Indignation 
inquiétude
insatisfaction
irrésolution
irritation
ivresse

Jalousie
joie
jouissance

jubilation

Lâcheté
langueur
lassitude
liesse

Magnanimité
malveillance

malaise
mécontentement
mélancolie
mépris
moquerie
modestie
NervositéOppression
orgueil
outrage
Paix
panique
peine
peur
pitié
plaisir
prostration
pudeur

Quiétude

Rage
rassasiement
ravissement

reconnaissance
regret 

réjouissance
remords
repentir

répulsion
répugnance

Satisfaction
sécurité 

sérénité
souffrance
soulagement
spleen
stupéfaction
stupeur
surexcitation
surprise 

Tension
terreur
tourment
trac
tranquillité
transe
tremblement
triomphe
tristesse 
trouble

Vague à l’âme
vanité

vertige
vénération


ANNEXE, THÉOLOGIE : Péchés capitaux 

EXPRESSION FACIALE des émotions et ICONOGRAPHIE des péchés capitaux

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