Le projet CAPSULES

Faire connaître l’analyse conversationnelle, saisir les pratiques langagières en interaction

Le projet CAPSULES vise à promouvoir les approches théoriques et méthodologiques de l’analyse conversationnelle et de la linguistique interactionnelle pour un public francophone non-expert, sous la forme de vidéos pédagogiques. Il s’inscrit dans la continuité de différentes vulgarisations de l’AC, essentiellement destinées à un public anglophone.

L’analyse conversationnelle s’intéresse à l’étude de l’organisation de l’interaction et à la manière dont l’échange est co-construit par les participants. La linguistique interactionnelle se base sur les principes de l’AC et décrit plus particulièrement comment les structures linguistiques émergent dans l’interaction et répondent à des enjeux locaux de significations, sur les plans linguistiques, sociaux et culturels. Dans une interaction ordinaire, à la maison, en balade ou au travail, comment engageons-nous une conversation et comment clôturons-nous un échange ? Comment les accords ou les désaccords sont identifiés et traités par les participants ? Dans quelle mesure les interactions sociales et langagières répondent-elles de structures prédéterminées et fermées ou bien ouvertes et changeantes d’une situation à une autre ?

Une recherche appliquée pour l’enseignement, la valorisation et le partenariat

Dans une perspective pédagogique, ces capsules ont pour but de faire connaître les méthodologies et les théories de l’analyse conversationnelle à un large public francophone, non-expert d’étudiants ou d’autres académiques. Dans une perspective de recherche appliquée, elles visent également à valoriser des projets de recherche récents menés au sein du laboratoire et les éventuels partenariats affiliés avec d’autres structures académiques, des entreprises et des associations.

En donnant à voir des applications concrètes de l’analyse de la parole-en-interaction, le projet CAPSULES veut contribuer à une approche interdisciplinaire du langage, en dialogue avec la sociologie, la psychologie sociale, l’informatique. Il entend aussi montrer les apports de l’analyse des interactions au développement de dispositifs de communication innovants, à une meilleure prise en compte des freins et des leviers à l’intercompréhension, à la prise en compte des éventuelles asymétries sociales et culturelles en jeu dans les pratiques langagières.

Les fondements de l’analyse conversationnelle en 3 capsules

Quatre capsules répondent en partie à ces questions  et permettent de faire découvrir quatre notions aux fondements de l’analyse conversationnelle :

  • le tour de parole et l’allocution des tours
  • la séquence
  • la préférence

Membres du projet

  • Heike BALDAUF-QUILLIATRE
  • Isabel COLON DE CARVAJAL
  • Justine LASCAR
  • Julien THIBURCE
  • Louis MARITAUD
  • Quentin ANCAROLA
  • Sofiane DOULFAQUAR
  • Thomas FRANCO PINTO

Membres du comité scientifique

  • Bioagio URSI
  • Bruno BONU
  • Carole ETIENNE
  • Christian LICOPPE
  • Laurent FAURE
  • Luca GRECO
  • Lucien TISSERAND

Capsule 1 : la machinerie des tours de parole

Dans une interaction, même dans des groupes assez grands,, il est rare que tout le monde parle en même temps. De manière générale, les répliques s’enchaînent sans difficulté et  les chevauchements de paroles sont courts. Cette fluidité s’explique par le concept de machinerie des tours de parole. Un tour de parole commence lorsqu’une personne parle et se termine quand quelqu’un d’autre intervient pour prendre la parole.

En 1974, trois chercheurs américains ont décrit ce système d’alternance des tours (Sacks, Schegloff & Jefferson 1974). Ils ont montré comment cette alternance se déroule (p.ex. en pointant qu’un locuteur en cours peut sélectionner le locuteur suivent) et comment on identifie les moments où on peut intervenir (c’est-à-dire les moments où le tour peut être considéré comme complet).

Ces moments (appelés Transition Relevant Places ou TRP) sont marqués par des indices syntaxiques, prosodiques, actionnels ou multimodaux qui permettent aux interlocuteur d’identifier la complétude du tour. Il s’agit bien évidemment uniquement d’indices et ces indices peuvent être contradictoires (on peut p.ex. signaler une complétude au niveau syntaxique, mais une continuation au niveau prosodique). [rajouter une phrase sur les cesures].

L’organisation des conversations utilise toutes les ressources possibles : langage verbal, gestes, regard et l’environnement.  Le corps joue un rôle cruciale dans la gestion des tours de parole. On peut, par exemple, sélectionner le prochain locuteur par le regard, signaler par un geste que l’on est en train de prendre la parole ou exclure des interlocuteurs en se tournant vers une personne en particulier. Les ressources que l’on utilise dépendent de la situation d’interaction : en visioconférence, p.ex., c’est souvent uniquement la tête et le buste qui sont visible ; un chirurgien pendant l’opération ne peut pas utiliser ses mains et uniquement partiellement ses regards ; lorsqu’on est assis côté à côté, regarder l’autre est bien plus difficile que lorsqu’on est face à face etc. Les pratiques de prise de parole (ou turn taking) sont donc construites en fonction de la situation de l’interaction et des ressources disponibles.

  • Machinerie des tours de parole : Concept en linguistique interactionnelle/analyse conversationnelle qui décrit la façon dont les locuteurs prennent ou non la parole dans l’interaction.
  • Tour de parole : « le tour de parole correspond à la contribution d’un participant à l’intérieur d’un échange. C’est une unité dont la forme et les frontières sont le résultat d’ajustements continus entre les participants. Le tour se construit progressivement dans une succession “d’unités de composition du tour” » (“turn constructional unit”, TCU). » (Traverso, 2016 : 193).
  • Chevauchement : Prise de parole simultanée d’au moins deux participants. « Le traitement des chevauchements s’effectue de façon séquentielle avec une phase de résolution — un des participants s’arrête — suivie d’une phase de récupération — reprise ou non des paroles qui ont été chevauchées » (Traverso, 2016 : 190).
  • TRP (Transition Relevance Place ou moment pertinent de transition) : Moment dans la conversation où il peut se produire un changement de locuteur. Il s’agit de points auxquels les locuteurs peuvent considéré un tour comme complet .
  • Négociation : Dans l’interaction, ce n’est jamais qu’une seule personne qui décide. On dit que l’interaction est co-construite par tous les participants. Si différentes personnes ont des interprétations différentes (par exemple si un tour est complet ou non), elles « négocient » leurs interprétations. Ces négociations sont souvent très brèves et sous-jacentes. Une négociation est p.ex. en cours lors d’un chevauchement : les deux locuteurs se mettent d’accord pour définir qui continue et qui s’arrête.

Beaudouin, V., & Velkovska, J. (2010). Dialogues vocaux entre clients et automates ou comment l’homme et la machine s’entendent dans la réalisation d’un service. 10èmes journées internationales d’analyse statistique de données textuelles.

Clayman, S. (2012). Turn-Constructional Units and the Transition-Relevance Place. In: Stivers, T. & Sidnell, J. (eds.): Handbook of Conversation Analysis, 150-166.

Couper-Kuhlen, E. & Selting, M. (2018). Interactional Linguistics. Studying Language in Social Interaction. [Chapter 2: Turn construction and turn taking].

Hayashi, M. (2012). Turn Allocation and Turn Sharing. In: Stivers, T. & Sidnell, J. (eds.): Handbook of Conversation Analysis, 167-190.

Keevallik, L., & Ekström, A. (2019). How to take the floor as a couple: Turn-taking in lindy hop jam circles. Visual Anthropology, 32(5), 423–444.

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Sacks, H., Schegloff, E. A., & Jefferson, G. (1974). A Simplest Systematics for the Organization of Turn-Taking for Conversation. Language, 50(4), 696-735.

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Schegloff, E. A., Jefferson, G., & Sacks, H. (1977). The preference for self-correction in the organization of repair in conversation. Language, 53(2), 361-382.

Traverso, V. (2016). Décrire le français parlé en interaction. Paris: Ophrys Éditions.

Veyrier, C. A., & Licoppe, C. (2015). Faire apparaître un tiers à l’écran en visiocommunication. Réseaux, (6), 169-195.

Corpus « Repas entre ami(e)s KIWI », CLAPI http://clapi.ish-lyon.cnrs.fr/, Auteurs : E. Thevenon, I. Tommasini.

Présentation : Quentin ANCAROLA

Montage et conception graphique : Sofiane DOULFAQUAR

Écriture : Heike BALDAUF-QUILLIATRE, Isabel COLON DE CARVAJAL, Julien THIBURCE

 

Les auteurs remercient le LABEX ASLAN (ANR-10-LABX-0081) de l’Université de Lyon pour son soutien financier dans le cadre du programme « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) de l’Etat Français géré par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

 

Musique : Listen and Learn – Toby Tranter  ; Licence de diffusion Canva

Capsule 2 : la séquentialité

Dans une interaction, poser une question implique d’attendre une réponse, inviter quelqu’un nécessite une acceptation ou un refus et expliquer quelque chose demande un retour sur la compréhension. Chaque action appelle une réaction, formant ainsi la structure de l’interaction. Les actions et les tours de parole sont des unités de base essentielles pour comprendre cette dynamique.

Typiquement, chaque tour de parole inclut au moins une action. Le format question/réponse illustre bien ce concept : lorsqu’un locuteur demande à un autre s’il a eu le temps de regarder un compte rendu, il attend une réponse. Si l’autre répond « oui oui », cela complète l’unité appelée « séquence« . Une séquence typique est composée d’une paire adjacente, où deux actions se suivent, produites par deux locuteurs différents. La deuxième action répond à la première. Après avoir répondu, le second locuteur peut enchaîner avec une nouvelle action, créant une nouvelle séquence. Par exemple, après avoir répondu « oui oui », le locuteur pourrait évaluer le compte rendu, demandant à son tour une réponse évaluative. Ce jeu d’échanges montre comment les séquences s’enchaînent et parfois s’imbriquent, avec des actions initiales appelant des actions responsives.

Les séquences et les paires adjacentes peuvent varier, comprenant des schémas tels que offre/remerciement, salutation/salutation, ou invitation/acceptation. Elles ne sont pas toujours verbales. Par exemple, appuyer sur un bouton en réponse à une instruction ou aider quelqu’un en réponse à une requête sont des actions responsives. Une séquence peut aussi commencer par une action non verbale, comme un signe de la main suivi d’un « bonjour ».

Mais c’est plus complexe que cela, les séquences peuvent se dérouler en trois parties. En prenant l’échange suivant :

  • Question : « Quel compte rendu ? »
  • Réponse : « Celui de la réunion de la semaine dernière. »
  • Prise en compte de la réponse : Réaction indiquant la compréhension de l’information comme nouvelle ou rappelée.

Cette troisième partie est appelée « closing third » ou troisième tour, clôturant la séquence. Par exemple, le « ah oui » indique que le locuteur a finalement compris. Les séquences enchâssées, ou « side sequences », accomplissent des actions parallèles. Parfois, des séquences sont insérées avant que la séquence initiale soit complétée. Par exemple, une question intermédiaire (« quelle réunion ? ») peut être posée avant de répondre à la question initiale. Une fois cette nouvelle séquence complétée, la séquence initiale peut être clôturée. Ce processus de séquences enchâssées montre la complexité des interactions.

La notion de séquentialité permet de comprendre comment les actions s’enchaînent pour assurer la progression de l’interaction. Des pré-séquences peuvent préparer d’autres séquences, comme un échange de regards indiquant la disponibilité à interagir avant de poser une question.

En résumé, les interactions se structurent par un enchaînement et un emboîtement de séquences. Les chercheurs analysent ces séquences à différents niveaux, du micro-interactionnel au macro-interactionnel, pour comprendre comment les relations entre actions et séquences façonnent les conversations.

En conclusion l’objectif est de comprendre comment une séquence émerge, laisse place à d’autres séquences, ou peut être reprise plus tard dans un échange. La séquentialité permet de décrire les relations entre deux actions au sein d’une séquence, ainsi qu’entre plusieurs séquences, à différents niveaux d’une interaction.

Action : « La notion d’action a été depuis fort longtemps traitée en pragmatique à travers la notion d’acte de langage, exposée par Austin (1962, trad. 1970), et reprise par Searle (1969, trad. 1972), puis par de nombreux chercheurs en pragmatique. Pour décrire les actions effectuées par les participants, la linguistique interactionnelle ne recourt pas à cette théorie, notamment parce que ce qu’elle cherche à décrire relève de l’échange, c’est-à-dire de la co-construction des actions à travers les enchaînements des tours de parole de plusieurs participants » (Traverso, 2016 : 71). Aussi, dans cette perspective interactionnelle, les actions sont étudiées comme le moteur et le résultat d’une co-construction collectice et dynamique à partir de différentes ressources multimodales, verbales et non-verbales (gestes, postures, regards, mouvements, déplacements dans l’espace, utilisation d’objets). Elles sont également étudiées sur le plan des dynamiques spatiales et temporelles qui les sous-tendent, orientées vers une action future ou vers une action déjà effectuée.

Séquence : Une séquence est constituée par un enchaînement de tours de parole produits par plusieurs participants, sous la forme d’une « implication séquentielle » ou d’une « dépendance conditionnelle ». « Si une question initiale ouvre une attente telle que le silence de l’interlocuteur en deuxième position est interprété comme une absence officielle, justifiant la répétition ou diverses inférences par le premier locuteur, d’autres types d’actions en première position mettent moins fortement l’autre en demeure de produire un enchaînement. On peut de ce point de vue distinguer les questions, les requêtes, les offres ou les invitations par exemple qui créent une attente forte d’un (certain type de) deuxième tour, et les actions comme les commentaires ou les évaluations qui impliquent moins fortement un enchaînement séquentiel » (Traverso, 2016 : 72-73).

Paire adjacente : « La paire adjacente est la forme de base de l’interaction. C’est une unité constituée de deux tours de parole qui sont produits par des locuteurs différents et qui sont en relation de dépendance (ou d’implication). Les exemples prototypiques de la paire adjacente sont les salutations et la paire question / réponse » (Traverso, 2016 : 191). Aussi, « [le] fonctionnement de la paire adjacente repose sur une forme d’implication liée à l’organisation séquentielle. Différentes formulations sont proposées pour ce principe régissant les enchaînements : on peut dire que la première action est « orientée » vers une action suivante, qu’elle rend la seconde « pertinente », qu’elle l’implique, ou alors que la seconde est « attendue ». L’ordre des tours de la paire adjacente n’est ainsi pas seulement temporel (contrairement à ce que son nom pourrait suggérer), il est séquentiel » (Traverso, 2016 : 72).

Action initiale : L’action initiale est celle qui, dans une paire adjacente, implique une deuxième action dite responsive. Aussi appelée « première partie de paire », elle « fait peser des contraintes sur la contribution du second : contrainte de produire un énoncé et contrainte de produire une des actions rendues pertinentes par le premier tour » (Traverso, 2016 : 71-72).

Action responsive : L’action responsive est située en deuxième partie de paire adjacente, en “réaction” ou en “réponse” à la première action (action initiale). Elle peut être produite dans une relation d’implication ou de dépendance et « sa construction repose bien souvent sur des ressources linguistiques présente dans le premier, qu’il n’est pas nécessaire de reprendre ». « Les indicateurs de la construction séquentielle se concentrent en grande partie dans les débuts de tour, permettant de comprendre comment le tour qui débute s’articule séquentiellement avec ce qui le précède, ainsi que ce qu’il introduit et projette » (Traverso, 2016 : 76).

Closing third : Une sequence-closing third est une expansion minimale d’une séquence. Un tour supplémentaire est ajouté après la deuxième partie de la paire-adjacente, généralement utilisé pour enregistrer une information, accepter une action, ou offrir une évaluation. Ce dernier tour clôt définitivement la séquence, une nouvelle expansion n’est pas attendue (Schegloff, 2007 : 118 ; Marrese, 2023).

Deppermann, A., Schmitt, R. & Mondada, L. (2011). Agenda and emergence: Contingent and planned activities in a meeting. Journal of Pragmatics, 42, 1700-1712.

Heritage, J. (1984). A change-of-state token and aspects of its sequential placement. In J. M. Atkinson & J. Heritage (eds.), Structures of Social Action, Cambridge: Cambridge University Press, 299-345.

Jefferson, G. (1978). Sequential aspects of storytelling in conversation. In J. Schenkein (dir.) Studies in the organization of conversational interaction, New York: Academic Press, 219-248.

Kerbrat-Orecchioni, C. (2005). Le discours en interaction. Paris: Armand Colin.

Mondada, L. (2004). Temporalité, séquentialité et multimodalité au fondement de l’organisation de l’interaction : le pointage comme pratique de prise du tour. Cahiers de Linguistique Française, 26, 169-192.

Schegloff, E. A. (2007). Sequence organization in interaction: A primer in conversation analysis (Vol. 1). Cambridge: Cambridge University Press.

Watson, R. (1994). Catégories, séquentialité et ordre social. Raisons Pratiques, 151-185.

Corpus « Skyjo », Cellule Corpus Ingénierie Audiovisuelle, Responsable : J. Lascar

Présentation : Quentin ANCAROLA

Montage et conception graphique : Sofiane DOULFAQUAR

Écriture : Heike BALDAUF-QUILLIATRE, Isabel COLON DE CARVAJAL, Julien THIBURCE

 

Les auteurs remercient le LABEX ASLAN (ANR-10-LABX-0081) de l’Université de Lyon pour son soutien financier dans le cadre du programme « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) de l’Etat Français géré par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

 

Musique : Neonscapes – FSM Team & e s c p ; https://www.free-stock-music.com/fsm-team-escp-neonscapes.html

Capsule 3 : la préférence

Lorsque nous réalisons une action, nous attendons une réponse, et plus particulièrement une réponse précise. Par exemple, si nous formulons une requête, nous attendons que l’autre réponde favorablement. Certaines réponses sont préférées, d’autres sont non préférées – on parle du concept de préférence. L’action préférée est l’action attendue au sein d’une séquence, celle qui fait progresser l’interaction. A l’inverse, l’action dispréférée est tout autre type de réponse possible qui peut ralentir, bloquer, compliquer la progression de l’interaction. L’action préférée demande peu d’effort verbal (un simple « oui » peut suffire). L’action dispréférée demande plus d’effort (par des mots ou par des regards, des mouvements ou une manipulation d’objets). La préférence concerne des actions responsives, mais aussi des actions initiales. Par exemple, au lieu de demander de l’aide, nous développons plutôt des stratégies pour inciter les autres à nous proposer de l’aide, notamment en évoquant ou en montrant un problème. La préférence s’applique « à des types d’actions dans des contextes donnés, et non à des catégories très générales d’actes (comme le désaccord ou la requête) » (Traverso, 2016).

  • Préférence : La préférence permet de décrire comment des participants placent et construisent leurs actions lorsqu’ils ont le choix entre différentes possibilités. (Pillet-Shore, 2023a)

 

  • Action préférée : On parle d’actions préférées lorsqu’une action est alignée à la trajectoire de l’action précédente. Elle sera dans ce cas formulée d’une manière simple et claire, ainsi que produite au premier moment possible. (Pillet-Shore, 2023b)

 

  • Action dispréférée : Une action est dite dispréferée lorsqu’elle n’est pas alignée à la trajectoire de l’action précédente. Elle sera formulée avec des marqueurs de disfluence et d’autres indices d’atténuation comme justifications ou des marqueurs d’incertitude (Pillet-Shore, 2023c).

 

  • Progression : La notion de progression est liée à l’organisation séquentielle de l’interaction. Elle permet d’expliquer la trajectoire d’une activité à travers l’enchaînement de différentes séquences et ainsi de différentes actions (Schegloff, 2007). Dans l’interaction, il y a toujours une préférence pour la progression, ce qui implique que les action

Pillet-Shore, Danielle. (2023a). Preference. In Alexandra Gubina, Elliott M. Hoey & Chase Wesley Raymond (Eds.), Encyclopedia of Terminology for Conversation Analysis and Interactional Linguistics. International Society for Conversation Analysis (ISCA). DOI: 10.17605/OSF.IO/BMWY3

Pillet-Shore, Danielle. (2023b). Preferred. In Alexandra Gubina, Elliott M. Hoey & Chase Wesley Raymond (Eds.), Encyclopedia of Terminology for Conversation Analysis and Interactional Linguistics. International Society for Conversation Analysis (ISCA). DOI: 10.17605/OSF.IO/7UTKH

Pillet-Shore, Danielle. (2023c). Dispreferred. In Alexandra Gubina, Elliott M. Hoey & Chase Wesley Raymond (Eds.), Encyclopedia of Terminology for Conversation Analysis and Interactional Linguistics. International Society for Conversation Analysis (ISCA). DOI: 10.17605/OSF.IO/HE4ZJ

Pomerantz, A. (1984). Agreeing and disagreeing with assessments: Some features of preferred/dispreferred turn shapes. In J. M. Atkinson & J. C. Heritage (Eds.), Structures of social action (pp. 57–101). Cambridge, UK: Cambridge University Press.

Pomerantz, A. & Heritage, J. (2013). Preference. In J. Sidnell & T. Stivers (Eds.), The handbook of conversation analysis (pp. 210-228). Oxford: John Wiley and Sons.

Schegloff, Emanuel A. (2007). A primer for conversation analysis: Sequence organization. Cambridge, England: Cambridge University Press.

Stivers, T. & Robinson, J. (2006). A preference for progressivity in interaction. Language in Society, 35, 367-392.

Corpus Réunion projet ANR MOBILES, Responsable : J.F. Grassin.

Présentation : Quentin ANCAROLA

Montage et conception graphique : Sofiane DOULFAQUAR

Écriture : Heike BALDAUF-QUILLIATRE, Isabel COLON DE CARVAJAL, Julien THIBURCE

 

Les auteurs remercient le LABEX ASLAN (ANR-10-LABX-0081) de l’Université de Lyon pour son soutien financier dans le cadre du programme « Investissements d’Avenir » (ANR-11-IDEX-0007) de l’Etat Français géré par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

 

Musique : Synthetic – FSM Team & e s c p ; https://www.free-stock-music.com/fsm-team-escp-neonscapes.html