Langage et formation professionnelle. Vers une linguistique sociale de la formation ? (Laurent Filliettaz et Patricia Lambert (dir.), « Langage et société », vol. 168, n°3, 2019)

Le champ de la formation professionnelle ne constitue pas un courant dominant de la recherche en éducation. À ce jour, la sociolinguistique, l’analyse conversationnelle et l’analyse du discours ne se sont pas non plus fortement emparées des questions sociales en lien avec le champ de la formation professionnelle initiale et continue.

Pourtant, un ensemble de problématiques actuelles se déploient à l’intersection des sciences du langage et des pratiques de formation professionnelle : quelle est la part du langage dans les questions sociales qui se posent dans la formation professionnelle ? Quels effets, en retour, ces questions produisent-elles sur les cadres de référence des sciences du langage ?

En questionnant les spécificités à la fois théoriques, méthodologiques et empiriques de ce qu’on pourrait désigner comme une « linguistique sociale de la formation professionnelle », les contributions regroupées dans ce dossier thématique viennent éclairer un point aveugle de l’étude du langage sur un terrain à la croisée de l’éducation et du travail.

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« La définition du mot et des parties de la phrase dans la tradition grammaticale syriaque » (Georges Bohas, in « Parole de l’Orient », vol. 45, 2019)

Du fait qu’en syriaque certaines lettres ont une forme différente lorsqu’elles sont en fin de mot, une connaissance intuitive du mot et de ses limites est facile à saisir. Cela n’implique évidemment pas de disposer d’une définition explicite du mot. Au début de la réflexion grammaticale, c’est la définition de la Technè qui a été retenue selon laquelle, le mot est la plus petite partie de la phrase.

Ensuite, les divers traités se sont attachés à définir le nom et le verbe et il faut attendre Bar Hebraeus (1226-1286) pour une définition explicite du mot  inspirée par le grammairien arabe Zamakhsharî : « le mot est une voix qui indique un sens par convention »

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Les composantes du lexique de l’arabe entre motivé et non-motivé (Georges Bohas, Geuthner, 2019)

Résumé partiel : la majorité des arabisants, sémitisants et linguistes adoptent, pour organiser le lexique des langues sémitiques, le concept de « racine », élaboré voici une douzaine de siècles par Sîbawayhi et son « maître » al-Khalîl. Certains sont même allés jusqu’à prendre ce concept pour une réalité innée présente dans le cerveau des locuteurs de ces langues, alors qu’il a été démontré par les travaux antérieurs de l’auteur qu’il échappe totalement à la conscience spontanée des locuteurs natifs. De nombreuses études ont de surcroît prouvé qu’il s’agit d’un concept trop abstrait pour organiser la phonologie et insuffisamment abstrait pour organiser le lexique. L’organisation fondée sur la racine échoue en outre à expliquer les principales caractéristiques de l’arabe : son extraordinaire propension à la synonymie, à l’homonymie et à l’énantiosémie.

Alors pourquoi la majorité des savants s’obstine-telle à demeurer fidèle à ce concept ? La réponse tient au fait qu’elle se fonde sur des théories linguistiques qui, se limitant au niveau des phonèmes et des morphèmes, n’adoptent pas les postulats et cadres conceptuels adéquats, ni la démarche et les unités empiriques pertinentes, et échouent donc à identifier les principales composantes du lexique de l’arabe que masque justement l’organisation fondée sur la racine (tri- ou quadriconsonantique).

Or la recherche évolue, précisément au fil de la découverte des inadéquations des concepts et modèles (ainsi la phonologie structuraliste ne domine-t-elle plus le champ, et a-t-on vu naître la phonologie autosegmentale ou la théorie de l’optimalité…).

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Une organisation phonosémantique du lexique arabe (Georges Bohas, Publications de l’Institut d’Études et de Recherches pour l’Arabisation, 2019)

Cet ouvrage explicite dans un premier temps le concept d’organisation phonosémantique du lexique. Dans cette perspective est ensuite étudiée la matrice {[antérieur], [dorsal]} corrélée à l’invariant notionnel « la courbure ». Cette matrice se réalise dans 951 racines (au sens traditionnel du terme), ce qui correspond à plus d’un millier de radicaux dans l’organisation proposée. Il apparaît clairement que dans cette perspective le lexique n’est pas une simple liste de racines rangées alphabétiquement sans aucun lien les unes avec les autres. Au contraire, par le biais de l’organisation en matrices et étymons, toutes les relations croisées fondées à la fois sur le son et le sens sont explicitement formulées, ou, pour mieux dire, sur la relation motivée entre l’articulation du son (donc le rôle des organes dans cette articulation) et le sens auquel réfèrent les lexèmes constitués de ces sons ; lequel sens est mimétiquement lié aux positions des organes concernés par l’articulation en question.

Cela n’est possible que parce que les constituants primitifs du lexique ne se composent pas de phonèmes mais de traits, ce qui permet de rassembler tous les mots présentant concomitamment un même trait phonétique et un même invariant notionnel, ce dernier étant motivé par l’articulation en jeu dans le premier (par exemple, la notion de « nez » pour le trait [+nasal], la « courbure » pour le trait [dorsal] etc.). La prise en compte du trait phonologique constitue bien un nouveau paradigme dans l’étude du lexique.

 

 

Les Valeurs dans l’argumentation. L’héritage de Chaïm Perelman (Jean-Claude Guerrini, Classiques Garnier, 2019)

Cet ouvrage restitue l’apport considérable du refondateur de la rhétorique Chaïm Perelman sur le point précis des valeurs en prenant la mesure exacte de son entreprise théorique et de la réception qui lui a été réservée dans les études contemporaines d’argumentation et de rhétorique.

 

 

 

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« Le trait [labial] et la motivation en arabe et en français » (Georges Bohas, in « Le français moderne », n°2, 2019)

L’objectif de cet article est de montrer que deux langues aussi différentes que le français et l’arabe font usage du même trait phonétique pour le même sens. On établit d’abord que, dans les deux langues, les termes désignant le nez, ses parties, ses maladies et leur traitement incluent le trait [±nasal]. On expose ensuite la théorie des matrices et des étymons au sein de laquelle s’effectue la démonstration.

On produit alors un nombre significatif de données qui font apparaître que dans les deux langues les termes tournant autour des lèvres manifestent la présence du trait [labial]. On résout quelques objections concernant particulièrement la motivation des termes abstraits et on cite des données qui suggèrent qu’il en va de même dans un grand nombre de langues fort diverses.

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Observer la multimodalité en situations éducatives : circulations entre recherche et formation (Véronique Rivière, Nathalie Blanc (dir.), ENS Éditions, 2019)

Si l’étude, déjà ancienne et dans différents champs scientifiques, des composantes multimodales de la communication fournit aujourd’hui des cadres pertinents pour l’analyse de la production des significations sociales, de l’organisation de l’interaction et du partage des connaissances, cet ouvrage propose de les traiter dans leur rapport à la formation des professionnels en éducation.

À partir d’études empiriques menées dans différents contextes éducatifs (milieu médico-éducatif, enseignement primaire et secondaire, formation professionnelle initiale et continue), et en s’appuyant sur la sémiotique sociale de G. Kress, il interroge les conditions méthodologiques dans lesquelles les pratiques éducatives mobilisant diverses ressources sémiotiques, comme le corps, l’espace, les objets et le langage, peuvent être observées et interprétées. Il questionne également la manière dont ces conditions d’observation et d’interprétation peuvent être réinvesties dans la formation aux métiers de l’éducation et appelle à une reconnaissance des pratiques multimodales dans la construction, la médiation ou l’appropriation des savoirs.

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La communication à l’épreuve du geste numérique (Pierluigi Basso Fossali, Marion Colas-Blaise, Maria Giulia Dondero (dir.), « Médiation et Information » n°47, 2019)

Ce numéro de M.E.I vise à rendre compte de la manière dont les technologies numériques ont transformé nos gestualités quotidiennes. Cette enquête s’inscrit dans la perspective de la théorie de l’énonciation, mais aussi des problématiques reconnues par l’analyse du discours, qui sont au cœur des Sciences de la Communication et de l’Information.

Les auteurs impliqués dans ce numéro se sont ainsi consacrés à relever un double défi : analyser l’ultra-contemporain de manière critique et réinterroger à nouveau frais les dimensions sensible, ergonomique et éthique des pratiques instrumentées.

 

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« Some theoretical and methodological challenges of transcribing touch in talk-in-interaction » (Luca Greco, Renata Galatolo, Anne Sylvie Horlacher, Vanessa Piccoli, Anna Claudia Ticca, Biagio Ursi, in « Social Interaction. Video-Based Studies of Human Sociality », vol. 2, n° 1, 2019)

In this paper, we deal with theoretical and analytical issues raised by the transcription of touching practices. We will focus on both transcription resources and on how these resources are suitable for representing relevant analytical issues in studying touch. In particular, we are faced with methodological and epistemological issues at work with the visual and iconic dimensions of transcription systems and their relation with sensorial modality – touch – that can be, according to the context, purely visual (touch for showing and mapping), tactile (touch for testing and diagnosing), and tactile and visual (touch for orienting and guiding).

 

À noter : Lorenza Mondada est l’auteure de l’article « Transcribing silent actions: a multimodal approach of sequence organization » dans le même numéro.

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Analyse des interactions en classe de physique. Le geste, la parole et l’écrit (Karine Bécu-Robinault, L’Harmattan, 2019)

 

Cet ouvrage offre une contribution originale dans le champ de la didactique de la physique. Des ancrages théoriques, relatifs à l’épistémologie et la sémiotique, ont été articulés pour constituer le cadre épistémosémiotique, mobilisé ensuite pour la conception et l’analyse de séances d’enseignement. Les hypothèses sous-jacentes à ce cadre reposent sur l’élaboration des savoirs en physique et leurs modes de communication.

 

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L’appropriation. L’interprétation de l’altérité et l’inscription de soi (Pierluigi Basso Fossali, Odile Le Guern (dir.), Lambert-Lucas, 2018)

Contributeurs : Juan Alonso Aldama, Bruno Bachimont, Sémir Badir, Pierluigi Basso Fossali, Denis Bertrand, Anne Beyaert-Geslin, Julia Bonaccorsi, Jean-François Bordron, Marion Colas-Blaise, Michela Deni, Jacques Fontanille, Nada Issa, Odile Le Guern, Audrey Moutat, François Provenzano, Pierre Sadoulet, Nathalie Simon Péron, Julien Thiburce

Premier volume de sémiotique consacré à la notion d’appropriation, ce recueil d’articles relève d’un projet unitaire visant à explorer les tensions entre les parcours d’appropriation des patrimoines linguistiques et textuels, les marques d’appropriation qu’on projette sur l’environnement culturel et la recherche de se rendre « propre » à ce dernier afin de respecter l’identité des objets et les témoignages des sujets. Ainsi, l’appropriation peut nous révéler les contradictions entre introjection de l’héritage culturel et sa mise à distance critique, entre les risques d’abuser et les soucis de respecter l’altérité. De telles contradictions reçoivent à la fois des solutions imparfaites selon les époques et les cultures (des incorporations ou des thésaurisations) et des formats temporels spécifiques visant à décaler ou à accélérer l’assimilation (du caractère progressif de la familiarisation à l’irruption ponctuelle de l’expropriation). L’appropriation trouve un ancrage spécifique dans les sciences du langage : du parcours d’interprétation jusqu’à la traduction, de l’apprentissage des langues à la créativité discursive, des formes polyphoniques de l’énonciation au plagiat.

Ouvrage publié avec le concours du laboratoire ICAR / LABEX ASLAN Université de Lyon

Les émoticônes et les interjections dans le tchat

Pierre Halté, Lambert-Lucas, 2018

L’apparition du tchat dans les années 1970 a rendu possible la communication écrite synchrone, non présentielle, avec un ou plusieurs interlocuteurs. Véritable « face à face à l’écrit », le tchat voit naître de nouvelles formes d’interjections (« lol », « mdr », « ptdr », « omg »…) et les émoticônes, pictogrammes qui ressemblent le plus souvent à des mimiques faciales et qui indiquent les émotions du locuteur. Ces émoticônes et ces interjections jouent, à l’écrit, le même rôle que la communication non verbale (gestes, mimiques, intonations, bruits vocaux) dans les interactions orales : elles portent un certain nombre d’instructions sémantiques et pragmatiques d’ordre indexical (ou modal), qui, combinées à la signification d’ordre symbolique, vériconditionnelle (ou dictale) des énoncés verbaux, construisent le sens des énoncés.
L’ouvrage analyse ces signes en termes sémiotiques, sémantiques et pragmatiques.
Il décrit la sémiotique des interjections et des émoticônes, emojis et autres pictogrammes dans un corpus de tchat. Il propose ensuite une typologie fonctionnelle, d’ordre sémantique et pragmatique, des émoticônes et des interjections, et de leurs fonctions en interaction, montrant que les émoticônes, signes non verbaux, sont très proches des interjections, signes verbaux.

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